LES CLIONAUTES : UN PROJET PÉDAGOGIQUE GLOBAL

L’association des Clionautes a été fondée en 1998, avec comme intitulé :
« historiens et géographes de l’avenir ». Les Clionautes sont issus des balbutiements de l’Internet au milieu des années 90, et ont été fondés à partir du regroupement d’abonnés et de contributeurs à une liste de diffusion. « liste-Clio ».

Ils se sont ensuite constitués en association, dotés de statuts, et, surtout depuis novembre 2012, d’une visibilité administrative, comptable et fiscale.

L’association des Clionautes dispose d’une implantation territoriale nationale par la répartition de son nombre d’adhérents sur l’ensemble des académies, ainsi que sur les territoires ultra-marins, et le réseau des établissements français à l’étranger.

La liste de diffusion H–G–Clionautes@clionautes.fr réunit 2000 abonnés. Les annuaires de fréquentation des visites des différents sites de la galaxie des Clionautes réunissent plus de 5 millions de lecteurs par an.

À l’origine, l’association des Clionautes avait mis l’accent sur la diffusion des pratiques numériques dans l’enseignement de l’histoire et de la géographie. Les Clionautes ont été des pionniers dans ce domaine. L’association des Clionautes conserve cette spécificité en intégrant simultanément aux techniques de l’information et de la communication dans l’enseignement, (TICE) « la défense et la promotion de l’histoire, de la géographie, de l’éducation civique juridique et sociale, comme disciplines scientifiques et de formation ». (Article deux de nos statuts.)

Association de spécialistes, « Les Clionautes » sont pleinement engagés dans les débats sur l’enseignement : c’est un lien que nous revendiquons, qui participe de nos expériences, de nos compréhensions de ce qui se joue là, dans le présent ou bien l’avenir proche : ce qui se nomme en fait, au sens propre, dialogue.

Le projet pédagogique des Clionautes se conçoit comme une approche globale. Chaque élément est pensé dans un tout indissociable, dans une dynamique dont le résultat pourrait être comparé à un « nœud borroméen ». [1]

  1. L’anneau pédagogique et disciplinaire
  2. L’anneau numérique
  3. L’anneau citoyen et territorial

 

I. L’ANNEAU PÉDAGOGIQUE ET DISCIPLINAIRE :

Si l’on prend la galaxie des Clionautes telle qu’elle apparaît sur internet, on comprend comment s’articule le projet pédagogique global. Outre le fait que le portail donne accès à des « étoiles » dont la présentation sémiotique est mise à jour pour que les modes d’accès et de lecture coïncident avec la modernité et les avancées en terme de visuel et d’ergonomie, la répartition desdites « étoiles » de la galaxie des Clionautes met en œuvre une interactivité constante.

Chacun des sites déclinés par la galaxie, et désigné par le nom « étoile », est en fait dépendant des autres. Et cependant, chacune des étoiles peut être consultée pour soi : c’est le principe même des anneaux borroméens définis par Lacan pour signifier l’interdépendance des différentes facettes du psychisme.

Dans cette sphère pédagogique, les expériences se partagent selon des interactions complexes. Des professeurs mettent en ligne des progressions, des séquences pédagogiques, qui sont discutées sur « la liste de diffusion professionnelle». Les élèves et étudiants, du primaire à l’Université en passant par tous les échelons du collège, du lycée, des classes préparatoires aux grandes écoles, ou de l’enseignement technique et professionnel, sont invités (ou leurs parents s’ils s’agit d’élèves du primaire) à venir consulter des contenus, à se les approprier, à comprendre les démarches de l’apprentissage.

Les différents sites de la galaxie proposent des contenus qui ont un double objectif :

  • servir de ressource aux professeurs, mais aussi aux élèves et aux étudiants,
  • servir de ressource aux formateurs d’enseignants, ainsi qu’aux parents et au delà à toute personne curieuse de ces questions.

Les démarches d’apprentissage sont précisées, ou bien volontairement laissées à l’appréhension du visiteur, de façon à l’inciter à la réflexion, à en faire une ressource pour soi-même et à la partager. Ainsi, des techniques pédagogiques sont testées, qu’elles soient fondées sur des analyses sémiologiques (tableaux, vidéos, photos, cinéma) ou sur des modes de transmission (pédagogie inversée, MOOCS…).

Des fiches plus synthétiques peuvent aussi être proposées, notamment pour les élèves de classes préparatoires. Dans ce cas, la transmission est plus pyramidale et a pour objectif de donner un corpus de synthèses à des étudiants qui pourraient rapidement être déstabilisés par les exigences des études supérieures.

Pour que les Clionautes et les abonnés de leur liste de diffusion, ou de leurs réseaux sociaux, (Twitter, Facebook, Linkedin) puissent être au cœur de ce qui se fait, des banques de données existent et sont constamment mises à jour. En tête de ce constant renouvellement des savoirs, la Cliothèque, riche de plusieurs milliers de références, suit, grâce aux relations de grande confiance entretenues avec plus de 160 éditeurs et avec l’aide d’une cinquantaine de Clionautes rédacteurs (et souvent auteurs) l’actualité éditoriale en matière d’histoire, de géographie et de sciences humaines. Ce suivi englobe tout : de la thèse d’état, en passant par l’essai, l’épistémologie, les romans historiques, la BD ainsi que la littérature jeunesse. Tout ce qu’il est possible de proposer en termes de veille éditoriale est mis à disposition des professeurs, des parents, des élèves, des étudiants, des curieux.

Un moyen de transmission, en l’occurrence numérique, ne présente d’intérêt que s’il véhicule des contenus. C’est la raison pour laquelle l’approche disciplinaire est au cœur de la démarche de projet des Clionautes.

Il est essentiel que les élèves, quel que soit leur âge ou leur statut, aient une connaissance spatio-temporelle et critique que seuls les professeurs d’histoire et de géographie sont en mesure de transmettre. Pour que l’élève puisse échafauder une réflexion, il est avant tout nécessaire de lui apporter les connaissances et les méthodes nécessaires à son apprentissage. L’histoire et la géographie, par leur aspect aussi bien scientifique que polémique, ont besoin d’une légitimité profonde.

Dans le monde qui est le nôtre, où la communication n’est souvent que le masque du vide ou des idéologies les plus extrémistes, voire des fantasmes du complot, les disciplines que sont l’histoire et la géographie, et toutes les sciences qui se rattachent peu ou prou à ces sciences « humaines » ont besoin d’être soutenues et validées dans leur démarche d’acquisition des connaissances.

Les Clionautes, dans leur diversité d’approche, qu’elle soit disciplinaire ou de pensée, ce qui fonde par ailleurs leur richesse et la fertilité de leurs débats, se rejoignent sur un point cardinal :

Pour que l’élève construise ses connaissances, son esprit critique, sa personnalité, il faut lui « donner à savoir ».

Ce « donner à savoir » doit être pétri en amont par des préparations rigoureuses, des progressions et des séquences dans lesquelles tous les aspects disciplinaires soient posés comme préalables à l’apprentissage. Le temps, l’espace, la culture, la méthode ne vont pas de soi. Et en cela, les nouvelles technologies sont un outil essentiel, mais restent un outil. Le professeur doit faire apprendre. L’élève est présent pour apprendre. Les nouvelles technologies, utilisées avec un esprit devenu armé en termes de critique, feront le reste.

Il n’y a dans ce constat aucune velléité « anti-moderne ». L’enjeu de la modernité, ou de la post-modernité, c’est, précisément de ne pas perdre de vue ce que le temps et l’espace nous donnent à comprendre.

L’enjeu de l’histoire et de la géographie au sens large, n’est pas de contraindre, mais plutôt de donner les outils qui libèrent de la contrainte. Ni relativisme total, ni supériorité d’un discours pédagogique, ou théologique sur la recherche des faits, ni théories in abstracto de l’histoire (c’est la raison pour laquelle les Clionautes mettent aussi l’accent sur la recherche historiographique et géographique).

II. L’ANNEAU NUMÉRIQUE :

Sans entrer dans des considérations très techniques, pourtant indispensables si l’on veut progresser en matière de numérique, il faut rappeler que les Clionautes ont eu, au départ, pour raison d’être la naissance et le développement des technologies numériques, autrement désignées par l’acronyme TICE (Technologies pour l’Information et la Communication dans l’Enseignement).

Nous tenons à ce que ces trois termes de l’acronyme soient retenus à égalité de traitement.

Un projet pédagogique et éducatif global doit s’appuyer sur la compréhension, l’usage et la diffusion de moyens technologiques au service de la communauté éducative dans son ensemble, de la communauté d’enseignement dans son aspect pédagogique et disciplinaire, de la communauté des élèves en tant qu’acteurs de leur formation. Le sens du mot communauté, connoté négativement bien souvent, recouvre en fait des dialectiques, des régulations, des rencontres et pas l’inverse.

Informer reste le métier essentiel du professeur, dans le sens polysémique que ce mot contient.

  • Informer, c’est transmettre des contenus, leur donner forme, et l’enseignement de l’histoire, de la géographie et de l’éducation civique et morale s’y prête particulièrement, par la rigueur et le « jeu » (comme on dirait d’une pièce de mécanisme qui « joue ») des interactions.
  • Informer c’est donner forme aux contenus qui sont, dans un même mouvement pédagogique, découverts par les élèves et révélés par le professeur.
  • Informer, c’est communiquer un savoir aux autres dans une relation tout autant dialogique que dialectique.

Communiquer, mot si vilipendé de nos jours, est un acte commun que les nouvelles technologies dans leur conception même véhiculent. Il n’y a pas d’information sans communication de celle-ci à d’autres pour qu’ils se l’approprient, l’enrichissent et la relaient.

Le mot doit reprendre de la valeur, et cette valeur, c’est l’enseignement qui la porte. Parce que la communication permet d’appréhender des façons de penser hétérogènes qui ont toutes, une fois dépassé le relativisme ambiant, quelque chose à dire du présent et du passé, des structures et des sens, des littéralités et des symboles. Cela explique l’intérêt des Clionautes pour l’histoire globale.

Enseigner enfin : faire signe par le relais d’une communication virtuelle. Et donc transmettre des savoirs, en l’occurrence disciplinaires. L’enseignement de spécialité, par des professeurs, de l’histoire, de la géographie et de tout un pan immense du savoir (de la littérature au symbolique en passant par l’art et les techniques de discrimination analytique et synthétique), est au cœur de la réflexion des Clionautes.

L’esprit critique auquel les professeurs sont attachés dans leur enseignement implique que les élèves puissent apprendre les moyens d’utiliser les nouvelles technologies à des fins de connaissance. L’esprit critique, c’est aussi une dynamique entre les professeurs qui partagent des séquences, des expériences, des informations sur le site, et des élèves, des parents, des personnes intéressées par les contenus qui sont invités à s’approprier des savoirs, des techniques, des méthodes et des attentes. Et à les partager.

C’est pourquoi, les Clionautes se remettent à chaque moment en question. Ils partagent des techniques numériques, les expérimentent, les commentent, exercent leur sens critique pour comprendre si des moyens neufs mis en œuvre ont une quelconque chance de parvenir à des effets autres que d’annonce sur les élèves. Les débats sur ces questions sont parfois vifs, mais toujours constructifs.

III. L’ANNEAU CITOYEN ET TERRITORIAL :

La démarche des Clionautes est double : être partenaires des manifestations disciplinaires les plus importantes sur le plan national ; s’ancrer peu à peu territorialement.

Les Clionautes font converger de tout le territoire métropolitain, voire ultra-marin, les professeurs de tous niveaux, grades et degrés pour des partenariats fructueux dans le cadre des Rendez-Vous de l’Histoire de Blois, du Festival de Géographie de Saint-Dié, du Festival de Géopolitique de Grenoble (liste non exhaustive). Ces rencontres en partenariat, durant lesquelles les Clionautes proposent des ateliers pédagogiques centrés sur un thème ou sur l’usage des nouvelles technologies, permettent à des professeurs qui souvent ne se « connaissent » que par le site, la liste des adhérents ou la liste des abonnés, de se rencontrer et d’échanger.

Ces moments intenses et conviviaux, sont  essentiels pour la formation continue des professeurs qui s’y inscrivent. Ils donnent lieu à la mise en ligne de synthèses de centaines de conférences et tables rondes. Pour ce qui est de Blois, les Clionautes, en plus de leur participation active et reconnue par le comité scientifique, se sont vu confier la diffusion vidéo de panels de conférences et d’entretiens avec des historiens. Des professeurs, jeunes et moins jeunes, aguerris à la captation, au montage et à la mise en ligne de vidéos, s’investissent dans ces manifestations nationales et tous les participants (30 venus de toute la France à Blois en 2014, une dizaine à Saint-Dié et Grenoble à développer) retirent pour leur métier, et donc au bénéfice des élèves, une satisfaction professionnelle forte. Les bases documentaires des Clionautes s’en trouvent aussi enrichies.

Les Clionautes sont majoritairement des enseignants en activité, toutefois les Clionautes « retraités » sont potentiellement des acteurs de la réserve citoyenne. Ils peuvent ainsi mettre à disposition leurs compétences dans des ateliers de remédiation ou de soutien à la communauté éducative. D’où l’importance que nous attachons à notre dossier de demande d’agrément. Cette demande nationale sera également déposée au niveau de chaque académie.

Le second volet de cet ancrage territorial, voulu par le président et approuvé par l’assemblée générale des Clionautes, est le déploiement in situ du concept « historiens et géographes dans la cité ».

L’objectif est d’amener des citoyens de tous horizons, dans une démarche d’éducation populaire à s’approprier les connaissances et les outils critiques sur le monde qui les entoure. En dehors du travail des érudits locaux, que les Clionautes respectent totalement, il est question de mettre en perspective des enjeux historiques, antiques ou contemporains, géographiques, géopolitiques, sociétaux.

Pour ce faire, les Clionautes s’appuient sur un réseau de professeurs spécialistes, de chercheurs, et sur leurs propres troupes. L’enjeu est de taille : il est question, là, de remonter le courant du flux des informations médiatiques, de trouver une « île sur la Loire » et de s’y amarrer pour que les connaissances circulent, le dialogue se noue, dans la perspective de création de lien social.

Les Clionautes travaillent avec les collectivités territoriales, communautés de communes, communautés d’agglomérations, conseils départementaux, leurs réseaux de médiathèques et leurs « cafés historiques ».

L’agrément du ministère donnerait un élan considérable à ces initiatives que les Clionautes développent depuis deux ans avec succès, mais aussi en y dépensant une grande énergie et beaucoup de temps, bien entendu sans préjudice pour le cœur du métier : les élèves, les étudiants.

Pour conclure, ce type de démarche, cet élan peut-on dire, ne serait envisageable ni possible sans une organisation rigoureuse de l’association. Un pôle logistique et communication travaille à la réalisation des projets ; les relations service de presse et veille éditoriale sont très suivies, avec des retours et des diffusions sur les réseaux sociaux.

L’association, dont le label est déposé à l’INPI, ainsi que son intitulé « Le mouvement des professeurs d’histoire-géographie » suit des règles de comptabilité publique simples et transparentes, transmets les PV et les actes administratifs au contrôle de légalité de son siège social ainsi que les comptes de résultat et les projets de budgets votés, elle tient un registre spécial dans lequel toutes les pièces sont cotées sur un serveur informatique indépendant, ce qui permet de monter des dossiers rapidement et de les présenter aux interlocuteurs institutionnels qui y voient un gage de fiabilité incontournable.

En l’état actuel, l’association repose exclusivement sur l’engagement bénévole.

Elle finance à partir des cotisations de ses adhérents et des partenariats noués avec des éditeurs, des collectivités territoriales, la maintenance ininterrompue depuis 1998 des sites de la galaxie, la location de ses serveurs de listes de diffusion, de ses serveurs d’hébergement, de ses noms de domaines.

L’ensemble des démarches de l’association des Clionautes ne pourra atteindre son plein développement et contribuer que dans la mesure où elle sera associée comme cercle de réflexion, incubateur d’idées, espace d’expérimentation. C’est ce qui se met en place et qui a déjà trouvé sa traduction, au delà des projets, dans les faits.

La poursuite de ces objectifs repose aujourd’hui sur plusieurs changements d’échelle :

En terme de reconnaissance institutionnelle :

– d’où la démarche de demande d’agrément- national et académie par académie.

– d’où la démarche de rescrit fiscal comme association d’intérêt culturel et éducatifLe dépôt  de dossiers de subventions auprès de notre ministère de tutelle

– le dépôt de dossiers de subventions auprès du ministère de l’Éducation nationale, des collectivités territoriales.

En terme de reconnaissance disciplinaire comme association de spécialistes.  

– Les Clionautes entendent siéger à la conférence des Présidents d’associations de spécialistes.

– Les Clionautes ont participé et participent aux commissions et groupes de travail sur les programmes et participent  ( Conseil supérieur des programmes,mission programme de la DGESCO, dialogue avec l’Inspection générale).

En terme de capacités d’actions :  

– La volonté de passer des conventions assorties d’une dimension économique, permettant d’inscrire cette démarche dans la durée.

– Subventions d’État – mécénat – décharges de services pour les personnels éducation nationale, prestations de services auprès des collectivités territoriales.

[1] Le nœud borroméen est constitué d’anneaux inter solidaires et inter sectionnels : ôter l’un d’eux, c’est mettre en péril l’architecture du tout. Il tire son nom d’une famille d’aristocrates italiens de la renaissance qui ont fait de ce nœud leur blason.