Les 7 et 8 octobre 2026, le Palais Neptune de Toulon a accueilli la cinquième édition des Rencontres Stratégiques de la Méditerranée. L’an dernier, nous étions au Kairos. Cette année, la météo n’est pas bonne. Un amiral et un ingénieur ont tiré le même fil. Reste à savoir s’il tiendra.

Le fil des Moires : bilan des Rencontres Stratégiques de la Méditerranée 2026

Prendre le temps

Il faut prendre le temps. Les RSMed se sont achevées jeudi et je n’ai pas voulu réagir tout de suite. Le temps du tweet frénétique n’est pas le mien. C’est ainsi.

J’ai laissé décanter ; il faut dire aussi que les troubles actuels dans nos établissements imposent leur tempo erratique. Les notes griffonnées dans l’amphithéâtre Trucy. Les phrases attrapées entre deux salles. Les visages de mes élèves à la sortie. Au bout de quelques jours, ce qui reste n’a rien d’un catalogue. C’est une image. Un fil tendu, tiré de deux côtés, et la crainte sourde qu’il casse.

Il suffit de regarder la couverture du programme. Une jeune femme, de profil. Face à elle, un officier de marine en casquette blanche. Ils se regardent. Au-dessus d’eux, la devise des Rencontres : « Croisons nos regards sur le Monde ». La FMES, qui se nomme désormais Fondation pour la Maîtrise des Enjeux Stratégiques, a résumé sans le vouloir ces deux journées. Une génération qui interroge. Une autre qui voit venir le gros temps et qui doit le lui dire.

L’an dernier, j’avais placé mon bilan sous le signe du Kairos. Le moment opportun des Grecs, ce jeune homme à la mèche fuyante qu’il faut saisir de face. Pascal Ausseur nous l’avait dit sans détour : c’était le moment ou jamais. Un an plus tard, la question a changé. Avons-nous saisi le moment ? Un peu. Pas assez. Et le Kairos ne repasse pas. Ce qui vient après lui, c’est la durée. Les Grecs avaient aussi des figures pour elle. J’y viendrai.

 

Avis de gros temps

Commençons par ce qui va bien. Les RSMed ont battu leur record d’inscrits. Le Palais Neptune a touché les limites de ses murs : quand une salle était pleine, on suivait les débats retransmis dans une autre. Pour la première fois, les échanges étaient aussi diffusés en direct dans une quarantaine de lycées de la Région Sud. Dans les couloirs, on croisait des retraités et des officiers, des industriels et des classes entières. Les intervenants étrangers, venus de l’Europe du Nord jusqu’à l’Asie, n’avaient jamais été aussi nombreux.

Même le Palais Neptune a donc buté sur ses limites. Retenez le mot. Il reviendra.

Pour le reste, la météo n’est pas bonne. Depuis octobre 2025, le monde ne s’est pas apaisé, loin s’en faut. Il s’est durci. La guerre en Ukraine s’étire. En février 2026, les États-Unis et Israël ont déclenché une guerre contre l’Iran. Téhéran a riposté en frappant une dizaine de pays proches de Washington et en bloquant le détroit d’Ormuz. Crise énergétique majeure. Le programme des Rencontres le rappelait noir sur blanc. Et voilà que Donald Trump achète du Diesel russe.

L’amiral Pierre Vandier a eu là-dessus une formule d’une justesse terrible. Si l’on avait écrit ce qui se passe aujourd’hui dans nos revues stratégiques d’il y a quelques années, a-t-il expliqué en substance, on aurait pris leurs rédacteurs pour des docteurs Folamour. Kubrick comme étalon du réalisme. Nous en sommes là.

 

 

Face à cela, Pascal Ausseur a ouvert les Rencontres comme chaque année, en convoquant le Gorgias de Platon. Pour discuter vraiment, il faut accepter d’être contredit. Il faut de la bienveillance, même quand on croit maîtriser son sujet. Ce rappel n’a rien d’une coquetterie. Il fonde l’esprit des RSMed. Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la Recherche Stratégique, en a donné le revers inquiétant : le temps du débat public est incompatible avec le temps des événements. Les démocraties délibèrent. Les crises n’attendent pas la fin de la délibération.

D’où l’enjeu de ces deux jours. Débattre avant que la vague n’arrive. Pour ne pas avoir à débattre sous l’eau.

Initiative et limites : le même fil

Certains hasards de programmation n’en sont pas. Le mercredi après-midi, Jean-Marc Jancovici intervenait en grand témoin sous ce titre : « L’Europe face à ses limites : énergie, climat et ressource ». Le jeudi, l’amiral Vandier, commandant suprême allié Transformation de l’OTAN, prenait la parole sous cet autre : « Garder l’initiative : transformer l’OTAN au rythme de la guerre ».

Les limites d’un côté. L’initiative de l’autre. J’ai d’abord cru à une opposition. L’ingénieur qui freine, le marin qui accélère. Je me trompais. Les deux tirent le même fil.

L’amiral Vandier, d’abord. Son diagnostic est sans fard. La guerre a changé de caractère et nos modèles de forces sont menacés d’obsolescence. La guerre d’Ukraine dure désormais plus longtemps que la Grande Guerre. Or tout notre système occidental a été pensé pour la guerre courte. L’amiral a eu cette image de nageur : quand on traverse un bassin de vingt-cinq mètres sous l’eau, on sait qu’on n’a pas besoin de respirer. Sauf que le bassin s’allonge. La vraie question devient celle de la profondeur industrielle. Combien de temps pouvons-nous tenir ?

Sa réponse tient en deux mots anglais : get started. Commencer. Robotiser les forces, car « une force qui n’est pas robotisée est une force condamnée ». Prendre le virage numérique, où le décrochage européen crée selon lui un risque majeur pour notre souveraineté : « Il n’y a pas de souveraineté sans plateformiste. » Et cesser de confondre souveraineté et liberté d’action. L’amiral a pris un exemple qui fera grincer quelques dents. De Gaulle a libéré Paris avec des chars Sherman. Il n’a pas attendu le char sorti des usines Renault. Puis cette pique, qui mériterait d’être affichée dans quelques bureaux : « Plus on parle de souveraineté et moins on fait les choses. »

Jean-Marc Jancovici, ensuite. Il aura son article et je ne veux pas l’épuiser ici. Retenons l’essentiel : la physique ne négocie pas. Les réserves fossiles sont finies. L’électrification de nos sociétés est loin d’être accomplie et n’arrivera pas, selon lui, avant que l’épuisement ne se fasse sentir. L’Europe est face à ses limites. Ce n’est pas une opinion. C’est un bilan matière.

Posons maintenant les deux discours côte à côte. L’Amiral annonce une guerre longue, massive, dévoreuse. Sur le front ukrainien, des millions de drones produits et consommés chaque année, selon les ordres de grandeur qu’il a donnés. Une industrie à multiplier, pas seulement à moderniser. Des données, du calcul, un cloud de combat. Tout cela se fabrique. Tout cela se transporte et s’alimente. Tout cela a une facture en énergie et en matières premières. L’Ingénieur montre que cette facture devient intenable. Le premier tire le fil vers la puissance. Le second rappelle de quoi le fil est fait.

C’est Simon Engelkes, de la Fondation Konrad Adenauer, qui a donné la clé à la table ronde sur les modèles énergétiques européens. Une coupure de gaz frappe en quelques semaines. Une éolienne, une fois construite, continue de produire. L’une dépend d’un flux. L’autre repose sur un stock. Tout est là. La guerre prolongée est une guerre de flux : obus, drones, carburant, données. Elle se mène dans un monde où les stocks s’amenuisent et où les passages se ferment. Ormuz bloqué. La mer Rouge, où les Houthis n’ont même pas besoin de contrôler la mer pour détourner les navires, comme il le rappelait.

Alexandre Svetchine l’avait compris dans les années 1920. Une guerre d’usure se gagne aussi à l’arrière : dans l’économie, dans les réserves, dans la capacité d’une nation à durer. Un siècle plus tard, l’arrière a simplement changé de nom. Il s’appelle chaîne d’approvisionnement.

Les Grecs avaient une image pour cela. À la fin de La République, Platon raconte le mythe d’Er. Sur les genoux de la Nécessité, Ananké, tourne un fuseau. Autour d’elle siègent ses filles, les Moires. Lachésis chante le passé, Clotho le présent, Atropos l’avenir. La tradition a fixé leurs gestes : l’une file, l’autre mesure, la dernière coupe.

L’an dernier, il fallait saisir le Kairos. Cette année, nous avons regardé le fil. Et nous avons aperçu les ciseaux.

Atropos n’a pas coupé. Mais elle les a sortis.

Loin, et pourtant chez nous

Un sentiment étrange m’a suivi pendant ces deux jours. Tout cela paraît encore loin. Et pourtant, tout indique que nous y sommes déjà, en pleine conflictualité.

Le programme l’avait mis en titre. Jeudi matin, la plénière s’intitulait « Guerres conventionnelles au loin, guerre hybride chez nous : sommes-nous prêts ? ». Sa présentation précisait que pour les outre-mer, le « loin » est parfois tout proche. L’Amiral Vandier, lui, a décrit une image qui l’avait frappé. Une vague de plus de cinquante mètres dévale une vallée du Népal. Des gens la filment. Ils ne savent pas encore qu’elle va les emporter.

Nous filmons beaucoup.

La menace russe a été nommée sans détour. Et elle l’a été par ceux qui la bordent, ce qui lui donne du corps. À la table ronde « Rivalités de puissances : la France face au grand jeu », animée par Christine Ockrent, une Suédoise, Carolina Vendil Pallin, de l’Agence suédoise de recherche pour la défense. Un Lituanien, l’ambassadeur Eitvydas Bajarūnas. À la table ronde sur la Baltique, autour d’Anastasiya Shapochkina, une Estonienne, une Lettone, un Lituanien. Quand ces voix parlent de la Russie de Poutine, elles ne commentent pas une hypothèse. Elles décrivent leur voisin.

Le mercredi soir, la plénière « Défendre les flancs de l’Europe » réunissait Guillaume Ollagnier, directeur général des relations internationales et de la stratégie du ministère des Armées, et son homologue lituanien Vaidotas Urbelis. Urbelis a manié l’autodérision avec talent. Oui, les Lituaniens allaient encore passer pour des paranoïaques. Puis il a répété une phrase simple : les Russes respectent la force. Encore faut-il pouvoir l’alimenter. Le fil, toujours.

L’Amiral Vandier a prolongé ce constat par une expérience de pensée glaçante. Imaginons un cessez-le-feu ce soir en Ukraine. Un an plus tard, la Russie aura produit une quantité considérable de drones, de missiles et de chars. Et l’Europe ? Sa pente de remontée, a-t-il reconnu, est difficile.

Le Moyen-Orient s’est imposé, parce que l’actualité l’impose. La table ronde animée par Théophile Simon réunissait Pierre Razoux, Léa Landman, Dalia Ghanem et Loulouwa Al-Rachid. Une étudiante de master d’Aix-Marseille a témoigné ensuite de la maîtrise de ces deux dernières, au point d’y trouver une raison de poursuivre dans cette voie. C’est aussi à cela que servent les RSMed. Vandier, interrogé sur la guerre contre l’Iran, a dressé un constat en demi-teinte. Le trafic pétrolier à Ormuz a presque retrouvé son niveau d’avant-guerre. Mais les buts affichés ont trop évolué pour permettre une sortie rapide du conflit.

Les États-Unis aussi, à quelques semaines des élections de mi-mandat de début novembre. Autour de Marie-Caroline Debray, Thibault Muzergues, Célia Belin, Karin von Hippel et Katja Greeson ont décortiqué un pays fracturé. Le programme posait une question qui résonne loin : quelle influence pour les géants de la tech américaine ? Thibault Muzergues s’est même offert une imitation de Donald Trump qui a détendu l’amphithéâtre. Il en fallait.

L’Amital Vandier, de son côté, a pris à rebours un lieu commun très français. Les Américains quittent le navire ? Ce n’est pas ce qu’il voit. Il résume leur posture d’une formule : « moins de présence, plus de contrôle ». Moins de forces données, plus de sécurité reçue. Et il ajoute que les Américains ne peuvent plus assurer seuls la sécurité de l’Europe. Ils ont besoin des Européens. Le vrai changement de paradigme est là.

 

Le mot qui me gêne

Les échanges les plus vifs ont tourné autour de la guerre hybride. Jeudi matin, la plénière réunissait l’amiral Christophe Cluzel, chef d’état-major de la Marine, le général André Petillot, major général de la Gendarmerie nationale, qui s’exprimait aussi au nom du SGDSN, Patrick Pailloux, délégué général pour l’armement, et Hugues Foulon, directeur général d’Orange Cyberdefense. Le public n’avait pas face à lui des responsables tétanisés. Il avait des gens stimulés par la gravité des choses.

Hugues Foulon a posé un constat que chacun devrait méditer : aucun acteur ne peut protéger seul nos infrastructures critiques. Les câbles sous-marins assurent l’essentiel des communications intercontinentales. Les data centers, le cloud, les satellites sont devenus des cibles. La menace cyber, accélérée par l’intelligence artificielle, va plus vite que nos coopérations. Vandier, de son côté, a décrit une Russie qui cherche à sortir de son impasse par l’escalade, et cette escalade passe d’abord par l’intensification de la guerre hybride.

J’ai beaucoup aimé ces joutes. Je l’avoue pourtant : le mot me gêne. Il range sous une même étiquette le sabotage d’un câble, une cyberattaque et une campagne de désinformation. C’est commode pour nommer. Moins pour penser. Le programme avait d’ailleurs glissé, sans doute sans y songer, une ironie savoureuse. La table ronde sur l’intelligence économique, animée par Frédéric Pierucci, s’intitulait « Gagner sans combattre ». C’est Sun Tzu. Ce que nous appelons hybride a donc vingt-cinq siècles. J’y reviendrai une nouvelle fois dans un article dédié.

 

Apprendre le mode dégradé

S’il fallait garder une table ronde pour répondre à la crainte du fil qui casse, ce serait celle-ci : « Résilience des systèmes « data centrés » sur le champ de bataille ». Autour de Timothée Moulinier, du GICAN, le général Jérôme Bordellès, Jean-Marc Rickli, Éric Papin et Thierry Seren. Technique ? Sur le papier, oui. Dans la salle, pas vraiment. Car la question posée dépasse de loin les architectures numériques.

Un mot du programme mérite qu’on s’y arrête. La présentation de cette table ronde citait parmi les exigences majeures « la capacité à fonctionner en mode dégradé ». Celle de la table ronde sur le combat aéroterrestre dans la profondeur, animée par le général Bertrand Toujouse, faisait reposer la survie des forces sur la capacité à « opérer en mode dégradé ». Deux fois dans le même programme. Je ne crois pas au hasard de rédaction.

Le mode dégradé, c’est la réponse adulte à la crainte du fil rompu. Le fil cassera peut-être, par endroits. La seule question sérieuse est de savoir ce que nous saurons faire avec un fil cassé. Fonctionner sans le réseau. Commander sans le satellite. Produire sans le fournisseur unique. Diversifier les fournisseurs, mais aussi les corridors, disait Simon Engelkes. S’entraîner en acceptant de perdre, disait l’Amiral, plutôt que d’organiser des exercices de parade pour rassurer les décideurs.

Cela suppose une qualité rare : la lucidité. Le Commandant Suprême allié transformation de l’OTAN a parlé d’« extra-lucidité » et regretté que l’on préfère trop souvent mettre la tête dans le sable. Marc Bloch l’avait écrit dans L’Étrange Défaite : en 1940, une partie du commandement français n’avait pas su penser une autre guerre que celle qu’il avait préparée. La lucidité de l’amiral, la physique de l’ingénieur : deux manières de sortir la tête du sable.

Et le mode dégradé ne concerne pas que les armées. Il concerne nos sociétés. Nos élèves aussi, qui vivront dans ce monde-là.

Les lycéens par gros temps

Ce qui me ramène à eux.

Avec Les Clionautes, le magazine Diplomatie et Thomas Delage, avec le soutien de la FMES, nous avons proposé une nouvelle fois un parcours pédagogique aux lycéens. Vingt panneaux répartis en quatre zones, adossées aux thèmes de la spécialité HGGSP : l’avenir de la guerre, le contrôle des mers, les formes indirectes de la puissance, l’information et les élections. Chaque panneau renvoyait à une table ronde. Chaque zone proposait des prolongements : films et séries analysés sur Clio Ciné, ouvrages recensés par la Cliothèque, comptes rendus des éditions précédentes. Celui consacré au Levant en 2025 invitait les élèves à relire ce que les experts annonçaient l’an dernier avant d’aller les écouter cette année. Nous nous étions engagés à poursuivre ce parcours. C’est fait. Il y a même, dans la zone consacrée à la puissance, un panneau sur la souveraineté alimentaire et un autre adossé à l’intervention de Jean-Marc Jancovici. Pour l’énergie, nous avions glissé Snowpiercer parmi les recommandations. Un train lancé dans un monde gelé, où l’on rationne tout. Le fil, encore.

L’actualité s’en est mêlée. Le mouvement de manifestations lycéennes qui traverse la France en ce moment a empêché plusieurs classes de venir. Le contexte politique et social est implacable. Mes propres élèves, qui venaient pourtant de loin, ont été bloqués ce jeudi matin. Certains sont venus quand même, par leurs propres moyens, pour assister à la seconde journée.

Ils en sont sortis impressionnés. Et grandis. Ils ont touché du doigt ce que le meilleur de la recherche et le regard des spécialistes peuvent apporter à de jeunes citoyens en formation.

Ils ont aussi entendu Patrick Pailloux lancer aux jeunes de la salle et à ceux qui suivaient derrière les écrans : « Faites des sciences ! » L’appel a porté. Il faisait écho à la table ronde « La jeunesse, actrice de la souveraineté industrielle », animée par Mathilde Raymond, où il était question de valoriser les parcours techniques et scientifiques. L’enseignant d’histoire-géographie que je suis l’a entendu sans amertume. Les ingénieurs construiront les drones et les centrales. Il faudra aussi des citoyens capables de comprendre pourquoi, et à quel prix.

Le reste de la couverture du programme prend ici tout son sens. La jeune femme regarde l’officier. Elle n’a pas l’air intimidée. Elle a l’air de poser une question.

 

Ce qui vient

On pense déjà aux RSMed de 2027, annoncées les 6 et 7 octobre. Moi, non. Pas encore.

Je crois au temps qui cristallise. Avec mon ami Jean-Michel Crosnier, nous allons prolonger cette cinquième édition sur le site des Clionautes, comme les années précédentes. Chaque table ronde, chaque intervention aura son compte rendu. Jean-Marc Jancovici aura le sien. L’Amiral Vandier aussi. La guerre hybride aura droit à un nouvel article que je lui dois. Nous partagerons les liens des captations dès qu’elles seront en ligne.

Ce n’est pas un exercice de mémoire. Il importe que ce qui a été dit à Toulon infuse et rayonne au-delà des murs du Palais Neptune. Ces intervenants n’étaient pas toujours d’accord entre eux. Ils étaient pourtant capables de s’écouter. À l’heure où le spectacle de notre vie politique a parfois quelque chose d’affligeant, c’est presque un luxe. Ce que chacune de ces personnes a dit importe.

 

 

Tenir le fil

Une phrase de marin du commandant suprême allié Transformation de l’OTAN : « Je pense qu’effectivement la météo est très mauvaise. Le pire n’est jamais certain. » Puis cette autre, qui pourrait servir de devise à toute l’édition : « Il vaut mieux être prêt pour le très gros temps et pour ça il faut commencer à se bouger dès aujourd’hui. »

Le gros temps est là. Le fil est tendu. Une main le tire vers la puissance, une autre rappelle de quoi il est fait. Atropos a sorti ses ciseaux, mais Clotho file encore. Le présent nous appartient. C’est peu. C’est assez pour agir.

Nous, Clionautes, ne sommes ni amiraux ni ingénieurs. Nous sommes des enseignants, des passeurs. Notre part du fil, c’est la classe. C’est là que se forment ceux qui devront le tenir quand il nous aura échappé. C’est là que s’apprend la lucidité. Et peut-être aussi le mode dégradé.

L’an dernier, il fallait saisir l’instant. Cette année, il faut tenir le fil.

Prenons le temps de la réflexion. Puis agissons.

À bientôt, pour les comptes rendus de cette cinquième édition. Les vidéos des tables rondes seront disponibles sur la chaîne YouTube de la FMES. La réflexion stratégique ne s’arrête pas aux portes du Palais Neptune. Elle continue dans nos classes.