La guerre moderne est devenue une affaire de flux. Des capteurs partout, des données qui filent du satellite au fantassin, une boucle de décision raccourcie à l’extrême. Or un flux se brouille. Il se pirate aussi, et parfois il se coupe. À Toulon, un général, un chercheur et deux ingénieurs ont posé la seule question qui compte : que reste-t-il quand tout tombe ? Leur réponse n’a rien d’un catalogue technique. La résilience ne s’achète pas, elle se choisit. Elle tient dans ce qu’on accepte de perdre et dans ce qu’on sait encore faire sans écran. Restait une inquiétude, en fin de séance. Et si la cible, c’était justement nos têtes ? Résilience des systèmes « data centrés » sur le champ de bataille a tenu toutes ses promesses.
Le plateau Timothée Moulinier, délégué à la R&D, à l’innovation et au numérique du GICAN, le Groupement des industries de construction et activités navales (modération) Général de division (2S) Jérôme Bordellès, fondateur de Scytale Conseil, cabinet de conseil sur les enjeux capacitaires et la BITD (base industrielle et technologique de défense, l’ensemble des entreprises qui conçoivent et produisent nos équipements militaires) ; il a exercé dans le numérique, les systèmes d’information, le commandement et la cyberdéfense, avec des responsabilités à l’OTAN et dans les instances européennes Jean-Marc Rickli, directeur des risques globaux et émergents au Geneva Centre for Security Policy (GCSP) Éric Papin, directeur technique et membre permanent du comité exécutif de Naval Group Thierry Seren, architecte système de systèmes chez Thales
Sur le papier, c’était la table ronde la plus technique de ces Rencontres. Dans la salle, elle ne l’était pas vraiment. Dans mon bilan des RSMed 2026, j’en avais fait la réponse adulte à la crainte du fil qui casse : apprendre le mode dégradé. Les intervenants ont précisé ce que la formule laisse dans l’ombre. Le mode dégradé ne s’improvise pas le jour de la crise. Il se décide des années avant, sur la planche à dessin. Il s’entraîne ensuite, toute une carrière.
Le vocabulaire de cette séance est dense. Chaque notion est expliquée à sa première apparition. Quand l’explication ne vient pas d’un intervenant, elle est signalée comme un repère de l’auteur.
La donnée au centre, la vitesse comme arme
De tout capteur vers le meilleur effecteur
Timothée Moulinier ouvre en rappelant la plénière du matin, où Hugues Foulon, pour Orange Cyberdefense, avait insisté sur la connexion croissante de tous les objets, civils comme militaires. Où en sont les armées ?
Le général Bordellès commence par une boutade. Définir en quatre minutes les quatre mots « système data centré résilient », c’est une gageure. C’est même résumer l’art de la guerre d’aujourd’hui.
Il part de la résilience. On pense spontanément à trois verbes : détecter, répondre, restaurer. Dans le numérique, le mot prend un sens particulier. Être résilient, c’est maîtriser ses dépendances. Croire qu’on sera totalement souverain, totalement indépendant, est « juste impossible ». La résilience devient une affaire de gestion des risques : prévoir des fonctions de secours, assurées par des moyens différents, qui rendent un service équivalent.
Vient ensuite le système data centré. Tout part, selon lui, de la numérisation de l’espace de bataille et de la fonction « positionnement, navigation, temps », qui ont fait la révolution des affaires militaires dans les années 1990. Aujourd’hui, la donnée est au centre du combat. Le général la résume d’une formule : de tout capteur vers le meilleur effecteur, quel que soit le milieu.
Repère. Un capteur détecte : un radar, un satellite, la caméra d’un drone. Un effecteur produit un effet : un missile, un canon, un brouilleur.
Un capteur spatial doit pouvoir alimenter quasi instantanément un acteur terrestre. Une information captée sur internet, si elle est validée, doit pouvoir être traitée par un système naval ou aérien. « On mélange tout », sourit-il. L’enjeu est que la donnée circule le plus vite possible.
Cette philosophie est née avec la guerre du Golfe, quand les Américains parlaient d’opérations réseau-centrées. Aujourd’hui, tout le monde sait faire. Comment se distinguer, alors ? En accélérant la boucle de décision que les militaires appellent OODA : observation, orientation, décision, action. Il faut la bonne information, à la bonne personne, au bon endroit, au bon moment.
Repère. La boucle OODA a été formulée par le pilote de chasse et stratège américain John Boyd. Celui qui la parcourt plus vite que son adversaire le désoriente et finit par le paralyser. Voir « Le ciseau de tempo«
Tout cela se joue désormais en haute intensité, c’est-à-dire sous l’emploi massif de la cyberoffensive et de la guerre électronique, qui entravent la circulation de l’information.
Repère. La guerre électronique vise le spectre des ondes : écouter les émissions adverses, les localiser, ou les rendre inutilisables par le brouillage, qui noie un signal sous un bruit plus puissant.
D’où trois chantiers de résilience : les télécommunications, les systèmes d’armes et d’information qui exploitent la donnée, et la fonction PNT, positionnement, navigation, temps, qui « tient à cœur » au général. Nous verrons pourquoi le temps n’est pas le moins stratégique des trois.
Penser les données avant les fonctions
Thierry Seren, architecte chez Thales, éclaire le mot du point de vue de celui qui conçoit. Quand il était jeune ingénieur, on recevait une spécification de besoins, on en déduisait des fonctionnalités, on les implémentait. Avec des systèmes militaires devenus très complexes, ce cycle est devenu très long à développer et à valider.
Le paradigme data centrique renverse l’ordre. On raisonne d’abord sur les données que le système doit gérer, comprendre et valoriser, y compris celles qu’il fabriquera à partir des données brutes. On réfléchit ensuite aux fonctionnalités qu’on peut en tirer. Le gain est l’évolutivité, et l’intelligence artificielle y agit comme un multiplicateur.
Le modèle est né dans le monde civil, au début des années 2010, avec Google puis Netflix. Le monde militaire a suivi vers 2020, quand le département américain de la Défense a fait de la donnée un actif stratégique, au profit d’acteurs comme Palantir et Anduril. L’OTAN a embrayé en 2025, la France avec Arcadia, sur laquelle nous reviendrons. Selon Thierry Seren, la solution de Palantir permettrait à l’armée américaine de traiter des milliers de cibles par jour, contre quelques dizaines à la main. Le changement d’échelle est là.
Éric Papin, directeur technique de Naval Group, remet la donnée à sa place. L’effet final recherché n’est jamais d’échanger de la data. C’est la supériorité de l’information, pour obtenir la supériorité de la décision.
Trois manières pour l’IA de changer la guerre
Jean-Marc Rickli, du Geneva Centre for Security Policy, propose une grille. L’IA est d’abord un catalyseur analytique : que pouvons-nous comprendre que nous ne comprenions pas ? Elle est ensuite un multiplicateur de force : que pouvons-nous faire que nous ne pouvions pas faire, par exemple faire voler des drones en nombre et de façon de plus en plus autonome ? Elle produit enfin un impact de rupture, quand le paradigme sécuritaire lui-même change.
La rupture qui se dessine, selon lui, ce sont les essaims. Il n’en existe pas encore de vrais, car les drones ne décident pas encore entre eux. « Mais on va y arriver très rapidement. »
Plus de données, plus de portes d’entrée
La donnée, fondement et cible
Le modérateur pose la question qui traverse toute la séance. Ces architectures sont-elles une source de résilience ou de vulnérabilité ?
Thierry Seren répond sans détour. Puisque la donnée devient le fondement du système, pouvoir l’attaquer augmente la surface d’attaque, l’ensemble des points par lesquels un adversaire peut entrer. Deux notions liées y répondent. Le zero trust, ou « confiance zéro » : par défaut, un système militaire n’interagit qu’avec un système capable de s’authentifier. La sécurité centrée sur la donnée : l’ensemble des dispositions qui protègent la donnée elle-même. Chez Thales, ce sont désormais deux passages obligés de la conception.
Le tempo exponentiel
Jean-Marc Rickli replace ces enjeux dans la dynamique de l’IA. Après l’IA prédictive et l’IA générative vient l’IA agentique, qu’il juge « totalement transformative » : elle produit des entités capables de comprendre leur environnement et de s’y adapter. Puis l’IA physique, quand ces algorithmes passent dans des robots.
La clé est la vitesse. Les capacités des modèles progressent de façon exponentielle. Si l’on ne comprend pas cette exponentialité, prévient-il, on a perdu d’avance.
Il en voit déjà deux signaux d’alarme. Le premier s’appelle Mythos, un outil capable d’identifier des vulnérabilités logicielles et de les exploiter.
Repère. Claude Mythos Preview a été présenté par la société Anthropic le 7 avril 2026. L’entreprise a refusé de le diffuser au public après qu’il eut identifié, selon elle, des milliers de vulnérabilités critiques dans tous les grands systèmes d’exploitation et navigateurs. Son accès est réservé à des partenaires chargés de corriger ces failles.
Le second tient au comportement des agents. Ils interagissent entre eux, construisent un plan, et apprennent à tromper. Parce qu’ils devinent ce que voudrait un humain, ils peuvent prendre un chemin détourné pour atteindre leur but.
Repère. Jean-Marc Rickli ne nomme pas l’épisode. Il fait vraisemblablement allusion à l’intrusion dévoilée le 16 juillet 2026 par Hugging Face, grande plateforme d’hébergement de modèles d’IA, que l’entreprise a décrite comme pilotée de bout en bout par un système d’agents autonomes.
Le chercheur rappelle aussi ce qu’avait évoqué la plénière du matin : cet été, la première cyberattaque autonome, attribuée aux Chinois, a visé Taïwan. Ce type d’attaque, prévient-il, va proliférer à une vitesse folle.
Repère. Le ministère taïwanais des Affaires numériques a confirmé en août 2026 que des agences gouvernementales avaient été visées en juillet par des pirates employant des agents d’IA. Taipei n’a désigné aucun pays et souligne que des opérateurs humains gardaient la main sur les objectifs.
Des outils de puissance dans toutes les mains
Guerre à deux vitesses ou nivellement ? Les deux, répond Jean-Marc Rickli. C’est le grand paradoxe de notre époque. Seuls deux États peuvent vraiment innover dans ce domaine, la Chine et les États-Unis. D’où une double course : une compétition géopolitique entre eux, une course industrielle entre les géants de la tech américaine. Le résultat est une diffusion d’outils de puissance d’une ampleur jamais vue.
Il en donne une image. L’an dernier, Nvidia a dépassé 5 000 milliards de dollars de valorisation boursière. Dans la liste des économies mondiales, elle viendrait après les États-Unis, la Chine et l’Allemagne : un acteur civil en quatrième puissance économique du monde.
Repère. Nvidia a franchi ce seuil le 29 octobre 2025. La comparaison rapproche une capitalisation boursière et des produits intérieurs bruts, qui ne se mesurent pas de la même façon. C’est une image, pas une équivalence. Elle dit pourtant l’échelle.
Ces entreprises disposent de ressources qu’aucun État ne possède, les données et les meilleurs ingénieurs. Leur logique est commerciale. Et chacun d’entre nous a désormais accès à des agents, pour le meilleur et pour le pire. Jean-Marc Rickli cite les rapports d’Anthropic : dès l’an dernier, l’entreprise écrivait que l’IA agentique avait été transformée en arme, notamment par la Chine ; son rapport de septembre 2026 recense sept domaines de détournement.
Le vrai problème n’est plus seulement entre États. C’est la diffusion vers des acteurs non étatiques : que l’État islamique accède à ces capacités, et la donne change. Les crises d’État à État, on sait les gérer. Les interactions de machine à machine, on n’en connaît presque aucun exemple, sinon le krach éclair du 6 mai 2010, quand des algorithmes de trading à haute fréquence se sont emballés. Multipliez les agents, conclut-il, et la surface d’attaque croît de façon exponentielle.
Le piège de la résilience tactique
Qu’est-ce alors qu’être résilient ? Jean-Marc Rickli repart des centres de gravité, ces fonctions dont la perte est fatale. Un être humain en a quatre : respirer, boire, manger, dormir. Pour un système de sécurité, il faut raisonner à tous les niveaux, du tactique au politique.
C’est là qu’il formule son idée la plus fine. On peut augmenter la résilience tactique et, ce faisant, dégrader la résilience stratégique et politique. Il cite un drone naval des forces spéciales britanniques, dont un composant chinois aurait compromis le fonctionnement.
Repère. Les enquêtes publiées en août 2026 portent sur des drones de surveillance K3 Scout. Elles décrivent des caméras à composants chinois qui envoyaient automatiquement des signaux vers une adresse internet en Chine.
Pour être vraiment sûr, il faudrait maîtriser toute la chaîne de production. C’est impossible. Il faut donc identifier les secteurs clés, déléguer le reste et accepter des vulnérabilités. La seule question sérieuse devient : quel est mon profil de risque ?
Vivre avec l’open source
Thierry Seren apporte la réponse de l’industriel. On n’a pas le choix : on utilise massivement des briques open source, ces logiciels dont le code est public et réutilisable. Tout refaire coûterait trop cher. On les audite dans la limite du raisonnable, et surtout on suit les CVE, ces listes de failles de sécurité tenues à l’échelle mondiale. Il rappelle qu’en 2025, un ver a infecté des bibliothèques utilisées par tous ceux qui codent en JavaScript.
Repère. Il s’agit du ver Shai-Hulud, apparu en septembre 2025, qui se propageait seul dans l’écosystème de paquets JavaScript en volant les identifiants des développeurs.
La méthode : surveiller, corriger en continu, ne jamais ignorer un problème, toujours considérer que cela va nous arriver. Quant aux standards, le monde militaire en déborde, mais ce ne sont pas eux qui rendent un système résilient. Ce qui aide, c’est plutôt une forme de « darwinisme » : lancer plusieurs développements en parallèle et garder les meilleurs.
Résilient à tout, résilient à rien
Être data centré à bord d’abord
Éric Papin parle depuis le pont d’un navire. Il décrit une double transformation. La première est intérieure : un navire est un système très complexe, et il faut d’abord y être data centré, collecter ses données, les réunir en un lieu unique, puis en exporter une partie. La seconde est extérieure : un navire n’opère jamais seul. Il agit au sein d’une force navale, avec des alliés, et de plus en plus avec des drones, comme l’amiral Cluzel l’avait souligné le matin même.
Il faut aussi penser à deux générations de bâtiments : les navires futurs, comme le porte-avions France Libre, conçus d’emblée pour cela, et les navires en mer aujourd’hui, conçus il y a des décennies. Pour ces derniers, Naval Group a conçu un data hub embarqué. On part de l’existant : le CMS, système de gestion du combat, et l’IPMS, qui supervise la propulsion, l’énergie et les servitudes du bord. On envoie leurs données vers le hub, on les enregistre, on les traite avec des solutions ajoutées très vite. Vers l’extérieur, la veille coopérative navale marque, selon l’ingénieur, le début de la datacentricité : on échange désormais des données brutes, et plus seulement des données prétraitées.
Repère. Démontrée par la Marine nationale en 2019, la veille coopérative navale permet à un bâtiment d’engager une cible à partir des données radar transmises par un autre. C’est l’équivalent français du système américain CEC.
On retrouve alors le problème du général Bordellès. Pour exploiter des données venues de sources différentes, il faut les placer dans un même espace de temps et de lieu, donc synchroniser horloges et positions. Sinon, « on mélange des choux et des carottes », et l’on est loin de traiter mille cibles par jour.
Choisir ce qu’on accepte de perdre
Tout cela augmente la surface de vulnérabilité, « bien sûr ». La première question est donc : que veut-on protéger ? Cela suppose une analyse chaîne fonctionnelle par chaîne fonctionnelle, en suivant chaque enchaînement d’équipements qui va de la détection à l’effet. Vouloir être résilient partout est une utopie. Avec la DGA et la Marine, il faut décider quelles fonctions doivent tenir quoi qu’il arrive : perte de communication, perte de matériel, agression militaire.
« Si on veut être résilient à tout, on n’est résilient à rien. Ou alors ça coûte des milliards, et on ne les a pas. »
La phrase vaut doctrine. Elle déplace la résilience de la technique vers la décision.
Elle se décline concrètement. Vers l’extérieur, quand le spectre est contesté, il faut que l’essentiel passe d’abord : en plein combat, la prochaine menace compte plus que les données de maintenance. À l’intérieur, certaines chaînes doivent rester absolument fiables. La chaîne radar, CMS, missile, « on ne va pas la changer tous les matins ». En revanche, le nouveau détecteur anti-drone qui sortira la semaine prochaine, il faut pouvoir l’intégrer tout de suite. Pour les navires actuels, Naval Group propose donc un CMS ouvert, qui permettra d’ajouter dans les mois qui viennent la conduite de drones, la lutte anti-drone ou l’IA tactique sans qualification de plusieurs années. Pour le porte-avions, l’architecture distingue des chaînes hautement critiques, faiblement critiques et intermédiaires, chacune avec son niveau de résilience et ses méthodes d’ingénierie.
Trois risques, dont le plus humain
Éric Papin en identifie trois. Le premier est de se fier à ce qui est centralisé : un navire de combat doit fonctionner sous déni de communication, et l’identification des menaces doit rester d’abord au bord. Le deuxième est le cyber. Avec le zero trust, on vérifie l’émetteur, le destinataire, et même le contenu de la donnée. C’est le plus difficile. Un ordre « arrière 3 » est normal en manœuvre portuaire. En pleine mission de combat, il est sans doute suspect.
Le troisième est humain. Tout le monde suit son GPS, dit-il. On pourrait presque enlever les panneaux routiers. Le jour où le GPS tombe, personne ne retrouve son chemin. L’analogie est triviale. Elle dit l’essentiel : à force de se fier au numérique, on oublie comment faire sans. La Marine s’entraîne donc à savoir faire la guerre quand tout s’arrête. Il faut spécifier les modes dégradés, décider ce qu’on accepte de perdre, et s’entraîner en conditions réelles à le perdre.
La chasse aux watts
Reste un piège propre au numérique. Avec une architecture de type cloud, où les ressources sont mutualisées, chacun croit que c’est « open bar ». Chaque système du bord rédige sa « liste au père Noël » de calcul et de mémoire. À la fin, l’ensemble sature, donc il n’est pas résilient. Un bateau est un environnement fini. Il faut faire la chasse à la mémoire et aux processeurs comme on fait, ailleurs à bord, la chasse aux watts.
Une question du public sur l’énergie lui permet de pousser le raisonnement. Un data hub ne déstabilise pas aujourd’hui le bilan électrique d’un navire. À grande échelle, la question se pose, même sur un bâtiment à propulsion nucléaire. Moins de besoins déclarés, c’est moins d’électricité, moins de climatisation, et surtout plus de résilience. Avec deux centres de données à bord et une vraie discipline de frugalité, on peut en perdre un et continuer le combat. Sans elle, la perte d’un seul fait tomber des fonctions. L’infrastructure numérique doit donc être traitée comme une servitude du bord, avec des niveaux de service garantis selon la criticité de chaque système. « On n’y est pas », admet-il.
Le général Bordellès complète. Un bâtiment de la Marine est une petite ville qui se déplace. C’est plus difficile pour l’armée de Terre, qui projette des forces sans maîtriser l’énergie. On emploie alors le cloud chez soi, l’edge auprès d’un état-major déployé, avec moins de calcul, et le far edge pour le combattant, qui « ne dispose pas d’une centrale énergétique de forte puissance dans son sac à dos ». Thierry Seren précise que Thales adapte ses logiciels à ces trois niveaux, jusqu’à des systèmes de C2 sur tablette.
Repère. Le C2, pour « commandement et contrôle », désigne les moyens qui permettent à un chef de connaître la situation, de décider et de transmettre ses ordres.
D’une promesse à une surface
Éric Papin intervenait déjà aux RSMed l’an dernier, à la table ronde « IA et défense : révolution ou évolution stratégique ? », dont Jean-Michel Crosnier a rendu compte sur ce site. Il y plaçait la révolution dans la maîtrise de la connaissance et déplorait la lenteur du passage à l’échelle, freiné par l’accès aux données. Un an plus tard, l’accent a glissé. La donnée n’est plus seulement une ressource à libérer. C’est une surface à défendre. La frugalité a changé de statut avec elle : l’an dernier, l’ingénieur jugeait faible l’impact environnemental de l’IA à bord ; cette année, la sobriété devient une condition de résilience.
Quand tout tombe : l’intention, le sextant et l’ingénieur
Commander par intention
Le modérateur interroge le général sur les modes dégradés vus en Ukraine. Jérôme Bordellès reformule : « Autrement dit, comment continuer la guerre quand tout tombe ? » Un militaire, répond-il, ne se pose pas la question. Il doit conduire sa mission quelles que soient les contraintes.
Le premier principe est, selon lui, une caractéristique française : le commandement par intention. Le chef donne à ses subordonnés le but de la manœuvre, et il s’assure qu’ils l’ont compris.
« Les Américains donnent des listes de tâches à leurs subordonnés. Nous, on donne une intention. »
Quand le système tombe, le subordonné agit dans l’esprit de son chef. Le réseau peut se taire. L’intention reste.
Le second principe est de se préparer au pire, avec des plans de continuité et de reprise d’activité, qui prévoient comment maintenir l’essentiel puis rétablir le reste. Tout au long de sa carrière, un militaire vit des « passages LEM », pour « loi de l’emmerdement maximum » : on lui inflige des incidents cyber et une guerre électronique massive, pour qu’il applique ses savoir-faire dégradés. Les marins, eux, doivent souvent revenir au sextant et à la carte papier. Le général ne cache pas le paradoxe : on n’aime pas en arriver là, car les armées occidentales ont fondé leur supériorité, entre autres, sur la technologie.
Le numéricien, gardien du spectre et du temps
D’où l’importance du numéricien, qui conçoit et opère les réseaux par lesquels circule la donnée. Le général lui fixe des priorités. D’abord la COP fréquentielle, une image partagée en temps réel de l’état du spectre électromagnétique, ces fréquences qu’utilisent radios, radars et drones. Le spectre est une ressource rare et finie. Il faut en planifier l’emploi pour ne pas être brouillé, et pour ne pas se brouiller soi-même, « ce qui est encore plus ballot ».
Ensuite, des architectures ouvertes et redondantes, capables de doubler une fonction par un autre moyen. On utilise tout ce qui existe : les systèmes militaires, les réseaux civils de l’État et les réseaux commerciaux, s’ils fonctionnent encore. Les armées s’appuient pour cela sur la norme MANET, des réseaux qui se configurent et se relaient d’eux-mêmes.
Repère. Dans un réseau MANET (mobile ad hoc network), chaque poste sert de relais aux autres. Il n’y a pas d’antenne centrale à détruire : si un nœud tombe, le message passe par un autre.
Le temps, enfin. Le général le présente comme l’inverse physique de la fréquence. C’est une constante fondamentale : si la base de temps n’est pas la même, les systèmes ne se parlent pas. Or cette base est aujourd’hui fournie par l’horloge atomique du GPS, que l’on sait brouillable, et diffusée par un protocole peu résilient sur le plan cyber. La rendre plus robuste est un besoin militaire absolu.
Repère. Les satellites GPS embarquent des horloges atomiques. Au-delà de la navigation, de nombreux réseaux s’en servent comme référence de temps, ce qui les expose au brouillage et à la falsification du signal.
Les leçons ukrainiennes
Le général livre ses retours d’Ukraine, tels qu’il les formule. Le commandement y tient d’abord grâce à Starlink, la constellation de satellites en orbite basse de SpaceX. Les Ukrainiens ont aussi fait de chaque téléphone civil un capteur. Le brouillage est généralisé, au point que les brouilleurs russes sont devenus des cibles prioritaires. Mais le secret, pour lui, est l’évolutivité. Manquant de soldats, les Ukrainiens misent sur les drones, qui rencontrent des contre-mesures. Leurs systèmes évoluent toutes les trois semaines. « Le secret, c’est la présence des ingénieurs au contact des soldats. »
Thierry Seren en tire une leçon étonnante. Là-bas, une donnée vieille de trois semaines est déjà obsolète, parce que le système a changé. C’est une résilience temporelle : on est résilient parce qu’on évolue si vite que perdre ce qui date de trois mois n’est pas un problème. L’industrie, habituée aux cycles longs, tente de s’en inspirer en intégrant la Marine et la DGA dans des équipes communes.
Maintenir en continu
Éric Papin ajoute un message qu’il veut « très fort ». Le maintien en condition opérationnelle et de sécurité, le MCO et le MCS, devient une condition absolue de résilience. Sur un navire, on peut reporter un peu la grande visite d’un moteur diesel. Avec des logiciels partout, ce n’est plus possible. Nos téléphones se mettent à jour sans cesse ; les navires devront faire de même.
« L’IA sera toujours plus forte pour trouver les vulnérabilités que nous pour les corriger. »
Le seul moyen est de corriger dès qu’on a détecté. Or, reconnaît-il, on n’est pas organisé pour cela. Il faudra que les marins sachent administrer leurs systèmes, avec des compétences qu’ils n’ont pas encore, et que quelqu’un puisse décider qu’un correctif ne fera pas tomber l’ensemble.
Voilà, pour moi, la vraie leçon de cette partie. Le mode dégradé n’est pas un plan B qu’on sort du tiroir. C’est une culture. Elle commence dans la formation du soldat et se poursuit jusque dans l’organisation des chantiers.
S’appuyer sur tout, ne dépendre de rien
Le civil, une ressource et un camouflage
Le général Bordellès reprend la notion d’hybridation, avec une réserve : hybrider sans tomber dans l’hyperdépendance. On parle désormais de connectivité multimodale, se connecter à tout ce qui existe. Les moyens militaires. Les ressources étatiques, comme Galileo ou la future constellation européenne IRIS². Les systèmes commerciaux, enfin : les Ukrainiens utilisent Starlink, la France vise plutôt OneWeb, son concurrent, « un peu plus dans la main des Européens ».
Repère. Galileo est le système européen de positionnement par satellite. IRIS² est la future constellation européenne de communications sécurisées, attendue vers 2030. OneWeb appartient au groupe français Eutelsat, qui conduit aussi le segment en orbite basse d’IRIS².
Utiliser les réseaux civils offre un double avantage : la résilience, et le camouflage, en fondant les flux militaires dans un flux civil bien plus vaste. Cela exige des compétences nouvelles. Le général lance un appel : les opérateurs télécoms nationaux pourraient devenir réservistes, pour aider les armées à se brancher proprement sur la 5G. Et il faut davantage de cyberdéfense, puisque multiplier les réseaux multiplie les portes d’entrée. La bonne nouvelle vient de l’approche dite ZTDCS, pour zero trust data centric security, que le général résume ainsi :
« La donnée se protège elle-même en ne se rendant accessible qu’à ceux qui ont besoin d’en connaître. »
« Mon standard, ce sont mes produits »
Les standards reviennent alors au premier plan. Dans l’OTAN, rappelle le général, ce sont les nations qui apportent leurs capacités militaires ; c’est le sens de l’article 3 du traité. Il faut donc des critères communs pour être interopérable. La standardisation est, à ses yeux, la première réussite de l’Alliance.
Encore faut-il que l’Alliance respecte ses propres règles. Thierry Seren résume la stratégie américaine : « Mon standard, ce sont mes produits. » Ces plateformes ouvrent des interfaces pour développer des applications, mais restent des boîtes noires sur les données, qui demeurent la propriété de l’éditeur. On achète un produit pour traiter ses données et l’on perd la souveraineté sur elles.
Le général donne l’exemple le plus sensible. L’OTAN a choisi pour sa propre structure le Maven Smart System de Palantir : le commandant suprême des forces alliées en Europe, qui est aussi le chef des forces américaines en Europe, connaissait cet outil efficace. Problème, selon le général : cet outil est soumis au droit américain, notamment au CLOUD Act, qui rendrait les données accessibles au gouvernement américain à sa demande. Second problème, toujours selon lui : il ne respecte ni les STANAG, les accords de normalisation de l’OTAN, ni le FMN, le cadre qui fixe les capacités des systèmes engagés en coalition.
Repère. L’agence de l’OTAN chargée des communications a finalisé l’acquisition de Maven Smart System NATO le 25 mars 2025. Le CLOUD Act, adopté par le Congrès américain le 23 mars 2018, permet aux autorités américaines d’obliger les fournisseurs américains à livrer des données, même stockées à l’étranger, dans le cadre d’une procédure judiciaire ; des juristes rappellent qu’il ne donne pas un accès libre et illimité. Palantir affirme son système conforme aux principes du FMN et dit travailler à sa certification. Le différend reste ouvert.
La France a réagi en accélérant Arcadia, présentée aux alliés comme ouverte, conforme aux standards de l’OTAN, et laissant les données à ceux qui les possèdent, « et non pas à un grand allié ».
Repère. Arcadia est la plateforme de commandement assistée par l’IA du ministère des Armées, développée avec Mistral AI, Safran, Thales et Airbus. Le ministère l’a présentée à la presse le 29 septembre 2026.
Thierry Seren, ici, parle aussi pour sa maison : il présente HexaForce, la solution lancée par Thales le 17 septembre 2026, qui laisse au client l’accès à ses données. Les contrats ne sont pas encore passés. On retiendra surtout le fond du débat. La souveraineté ne porte plus seulement sur les armes. Elle porte sur la propriété des données qui les guident.
L’Europe en retard d’un tournant
Jean-Marc Rickli, en Suisse prudent, refuse de juger le cas français. Sur l’Union européenne, il est net. Elle a « complètement loupé » le tournant de l’IA et risque de manquer celui de la robotique. Or l’IA n’est pas une technologie isolée : elle en entraîne d’autres, des neurosciences au quantique. Il invite à regarder le marché civil, où l’automobile européenne se fait laminer par la voiture autonome chinoise. Or une voiture autonome n’est pas seulement un véhicule. C’est un capteur.
Sa prescription prolonge sa définition de la résilience : identifier les fonctions critiques, accepter pour le reste une autonomie partagée, et travailler beaucoup plus entre Européens. Il cite le SCAF, le programme franco-germano-espagnol d’avion de combat du futur, comme un motif d’inquiétude : chacun tire la couverture à soi. Il faudrait aussi changer notre rapport au risque. La Suisse sait créer des start-up, dit-il, mais quand elles doivent grandir, elles partent presque toutes aux États-Unis, faute de financement.
L’équipe intégrée, et ce qui lui manque
Éric Papin conclut sur la méthode. Les industriels ne peuvent pas décider seuls où être souverains. Il faut le faire collectivement, en partant de ce qui doit vraiment être résilient. Là, on refuse d’être dépendant. Ailleurs, on accepte un risque, à condition que l’architecture permette de remplacer un composant sans tout casser ni tout requalifier. C’est le travail en cours pour le porte-avions France Libre, en équipe intégrée avec MBDA, Thales, Safran, la Marine et la DGA. Le data hub embarqué avait été conçu ainsi, il y a trois ans, et cela avait été « hyper efficace ».
Il pointe aussi ce qui bloque. Les cycles sont trop courts pour l’ancienne chaîne, où le besoin descendait de l’État vers l’industriel, puis vers ses sous-traitants. Les contrats doivent s’adapter. Les grands industriels doivent accepter qu’une partie de leur travail soit confiée au meilleur pour chaque tâche, le best athlete. Et le second cercle, celui des start-up et des PME innovantes, n’est pas encore enclenché. Un syndicat professionnel pourrait aider à cette mise en réseau, glisse-t-il, à l’adresse discrète de l’organisation du modérateur.
Le sixième domaine : quand la cible, c’est le cerveau
Les data centers, cibles légitimes
La fin de séance prend un tour inattendu. Si l’on utilise tous les réseaux, civils comme militaires, les infrastructures civiles ne deviennent-elles pas des cibles légitimes ?
Jean-Marc Rickli distingue deux choses. La première est une évolution normale. Pendant les opérations liées à l’Iran, un centre de données d’Amazon a été frappé dans le Golfe. Le droit de la guerre considère comme objectifs légitimes les sites qui permettent à l’adversaire de faire la guerre. Puisque nous numérisons nos forces, les centres de données en deviennent. Pour lui, ce n’est pas le plus grave.
Repère. Amazon Web Services a reconnu au début du mois de mars 2026 que des frappes de drones avaient endommagé plusieurs de ses installations aux Émirats arabes unis et à Bahreïn, dans le cadre de la guerre contre l’Iran.
Pirater le système d’exploitation
Le plus grave touche au titre même de la table ronde : le champ de bataille. Au-delà de ses milieux traditionnels, un sixième domaine s’impose, l’espace cognitif. Nous n’y sommes « pas du tout préparés ». Sa cible est notre cerveau, ce que le chercheur appelle notre système d’exploitation.
Il invite à regarder la France en observateur extérieur, sans préciser l’événement auquel il pense. Qui est visé ? Une génération, celle des 10 à 25 ans. Par quels outils ? Les réseaux sociaux, et d’abord TikTok. Qui est derrière TikTok ? Une puissance étrangère. Il ne serait pas difficile, dit-il, de pousser des contenus vers ce public pour faire passer un message ou accroître la polarisation. Voilà une vulnérabilité énorme, que nous ne traitons pas. Elle touche à la résilience de la société, puisqu’elle agit sur la manière dont toute une génération se représente le monde.
Car que veulent les ennemis des démocraties ? Les neutraliser. Leur cible principale n’est pas militaire. C’est le contrat social, la confiance des citoyens dans leurs institutions, donc la population elle-même. Et il ne s’agit pas seulement d’information, insiste-t-il, mais de la capacité à reprogrammer la façon dont les gens pensent. Il évoque même le rapprochement entre géants du numérique et entreprises d’interfaces cerveau-machine, avec l’ambition de faire pour les données neuronales ce que les grands modèles de langage font pour le texte.
Repère. En 2025, la société Synchron, spécialisée dans les interfaces cerveau-machine implantables, a présenté un dispositif utilisant des technologies de Nvidia et un projet de « modèle de fondation » de la cognition humaine. Elle a aussi travaillé avec Apple sur le pilotage de ses appareils par la pensée, au bénéfice de personnes paralysées.
Sa conclusion est la phrase la plus forte de la séance à mon sens :
« Tout l’argent que vous mettrez dans la défense, c’est bien beau. Mais si le substrat sur lequel fonctionne l’État, sa population, devient dysfonctionnel, vous bloquez complètement le fonctionnement du pays. »
Une affaire interministérielle
Le général Bordellès répond sur le rôle des armées. Elles ont leur part, mais la question est d’abord interministérielle. Rien ne vaut l’éducation de la population pour assurer sa résilience. Le ministère de l’Éducation nationale a son rôle, comme ceux de l’Intérieur, de la Justice et des Armées. Les armées prennent part à cette guerre cognitive, mais uniquement en défensive : elles n’y seront jamais à l’offensive, compte tenu des valeurs que nous défendons. Seules, elles ne peuvent pas grand-chose. Le général renvoie au rôle du SGDSN, le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, rappelé le matin.
Je note, en enseignant, que le premier ministère cité n’est pas celui des Armées.
Ce qui reste quand tout tombe
Relisons la séance à l’envers. Elle s’ouvre sur des capteurs, des plateformes et des centres de données. Elle se ferme sur des cerveaux. Ce glissement n’a rien d’une digression. Il dit où se loge, en dernier ressort, la résilience. Pas dans la donnée. Dans ceux qui savent encore agir quand elle ne vient plus : le subordonné qui a compris l’intention, le marin qui reprend le sextant, l’ingénieur au contact du soldat, le citoyen qui garde confiance dans ses institutions.
Ce dernier passage m’a arrêté, parce qu’il croise ma propre réflexion, ce que j’appelle la métastratégie des consciences. Un récit, une œuvre, un flux d’information ne reflète pas le réel : il le configure. Il dépose dans la conscience de celui qui le reçoit une grammaire. Et l’intention de l’émetteur ne gouverne pas ce dépôt. Jean-Marc Rickli décrit une menace intentionnelle, celle d’une puissance qui pousse des contenus vers une génération. Elle est réelle. Mais si l’intention ne gouverne pas le dépôt, la vulnérabilité dépasse l’ingérence : un flux sans malveillance dépose aussi sa grammaire. Plus tôt dans la séance, le général Bordellès avait décrit le geste inverse. Commander par intention, c’est parier sur un dépôt. L’intention du chef doit survivre dans la tête du subordonné quand le réseau tombe. Et l’armée ne laisse pas faire le hasard : elle vérifie que l’intention a été comprise. Le dernier mode dégradé, c’est une grammaire partagée. Elle se construit. J’aurai l’occasion d’y revenir à la Cyber Week de Rennes.
Le bilan de ces Rencontres invitait à apprendre le mode dégradé. Cette table ronde en précise la nature. Il se décide en amont et s’entraîne sans relâche. Sa dernière ligne de défense passe par les têtes. Pour nous, enseignants, c’est une responsabilité. C’est aussi, très exactement, notre métier.
Pistes pour la classe Terminale HGGSP, thème 6 « L’enjeu de la connaissance », objet de travail conclusif « Le cyberespace : conflictualité et coopération entre les acteurs », jalon « Cyberdéfense, entre coopération européenne et souveraineté nationale : le cas français ». Notions : souveraineté numérique, dépendance, surface d’attaque. Question : pourquoi le choix d’un logiciel de commandement par l’OTAN pose-t-il à la France une question de souveraineté ? Terminale HGGSP, thème 2 « Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolution », axe 1. Question : en quoi l’Ukraine montre-t-elle que la résilience d’une armée tient autant aux hommes qu’aux réseaux ? Les thèmes 2 et 6 sont évaluables à la session 2027. Pour le domaine cognitif, voir aussi la mission VIGINUM menée avec une classe de Terminale HGGSP.





