Un sujet intéressant mais une conférence qui ne révèle pas la richesse des travaux sur le sujet.
Laurence Fontaine, directrice de recherche émérite au CNRS rattachée au Centre Maurice Halbwachs, n’a pas révélé toute la richesse de ses travaux lors de cette conférence. Le monologue a lassé quelques personnes non averties qui ont vainement attendu la définition des « regrattiers » (« Celui, celle qui vend en détail, et de seconde main, des marchandises de médiocre valeur. Anciennement, regrattiers, ceux qui vendaient du sel à petite mesure, dans les pays de gabelle. » extrait du littré )
Dans l’Ancien Régime, les salaires sont insuffisants pour permettre d’anticiper les crises en tous genres que les hommes et les femmes, qui vivent de leur travail, rencontreront immanquablement. Pour faire face aux multiples incertitudes, ils développent des stratégies complexes qui, à côté de l’entretien de réseaux sociaux, les font entrer dans le marché : des marchés alimentaires aux marchés financiers en passant par celui du logement et ceux de la revente et de la location où les produits ordinaires côtoient les produits de luxe.
Laurence Fontaine a montré l’ingéniosité des gens modestes pour survivre, au travers de différents exemples. Elle a cité les différents marché investis :
-agricoles : potager, bêtes (lait, beurre) pour l’alimentation ou la vente
-récupération des déchets (limaille de fer…)
-Prêts, crédits
-Utilisation de l’espace forestier : la forêt est essentielle; elle fournit compléments alimentaires, chauffage, espaces pour les porcs …Le pillage du bois vert est néanmoins fréquent.
-chapardage, petits vols
-le glanage, très vieille coutume qui contribue au maintien de l’économie familiale, a fortiori si le chef de famille est une femme
-couture, réalisation de vêtements à partir de fripes et revente
Les législations deviennent de plus en plus restrictives entre le XVIe et le XVIIIe siècle
La migration entre dans ces stratégies marchandes et certains villages excentrés se sont spécialisés dans le colportage à petite et longue distance (Voir, ci-dessous, le lien vers le podcast Des colporteurs aux VRP, sur la route toute la sainte journée)
Laurence Fontaine a exposé les différentes stratégies développées par les acteurs en mettant en exergue leurs difficultés, en particulier pour les femmes.
Sa conclusion suggère que ces mêmes stratégies d’entrée dans différents marchés se développent aujourd’hui : « Les stratégies économiques de l’Ancien Régime refont surface. » Elle a illustré cette affirmation par l’exemple du Bon Coin. Les stratégies des gens qui tentent de joindre les deux bouts se heurtent à ceux qui font profit.
Le lecteur pourra écouter les podcasts, ci-dessous, qui permettent de d’approfondir les travaux de Laurence Fontaine sur le sujet.
Laurence FONTAINE s’intéresse aux sociétés de montagne, aux économies populaires et aux aspects sociaux et culturels de l’économie dans un dialogue entre les sociétés européennes préindustrielles et le monde contemporain.
Elle a publié sur ces thèmes :
– Histoire du colportage en Europe, XVᵉ-XIXᵉ siècle, Albin Michel, 1993.
–Pouvoir, identités et migrations dans les hautes vallées des Alpes occidentales (XVIIᵉ-XVIIIᵉ siècles), Presses universitaires de Grenoble, 2003.
–L’Economie morale. Pauvreté, crédit et confiance dans l’Europe préindustrielle, Paris, Gallimard, 2008. Prix des rendez-vous de l’histoire de Blois 2009.
–Le Marché, Histoire et usages d’une conquête sociale, Paris, Gallimard, 2014.
–Vivre pauvre. Quelques enseignements tirés de l’Europe des Lumières, Paris, Gallimard, 2022.
Podcasts intéressants qui permettent de découvrir les travaux de Laurence Fontaine :
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Des colporteurs aux VRP, sur la route toute la sainte journée
Série : Commerce, quand l’histoire marchande
Le Cours de l’histoire Par Xavier Mauduit, Mercredi 7 octobre 2026
Avec Églantine Cussac, professeure agrégée d’histoire et ancienne élève de l’École normale supérieure. Elle travaille sur une thèse intitulée D’indispensables intermédiaires. Les voyageurs et représentants de commerce en France (années 1880-années 1930).
Le métier de colporteur – celui qui porte à col – remonte au 14ᵉ siècle et se maintient jusqu’au 19ᵉ siècle, avant de décliner peu à peu. Il est originellement lié aux régions de montagne, lieux de passage par excellence, où grandissent des dynasties familiales de colporteurs. Les colporteurs ne sont que rarement des marchands errants sans attache. Leur activité s’ancre dans un réseau serré de solidarités familiales, de relations commerciales et de liens de confiance et de crédit. Fournisseurs, vendeurs et clients sont ainsi étroitement connectés en une organisation spatiale, qui relie les villages d’origine des marchands, les villes où sont installées les boutiques, et les régions de tournée. Les colporteurs d’Ancien Régime et les VRP, voyageurs et représentants de commerce, ont en commun d’être des marchands itinérants. Sur les routes, au contact des clients, comment parviennent-ils à placer leurs produits ?
Les colporteurs puis les VRP – voyageur, représentant et placier – parcourent le pays avec une hotte sur le dos ou dans une grosse berline. Ils vont d’hôtel en hôtel, de restaurant en restaurant, chez les particuliers pour vendre quelques encyclopédies ou des bidules qui, jusqu’alors, étaient inutiles, mais qui deviennent indispensables. Qui sont ces colporteurs et VRP, qui vont « sur la route toute la sainte journée » ?
Le colportage, une activité connectée
Les colporteurs se déplacent à pied, en charrette, ou, sur la fin de la période, en chemin de fer. Ils transportent leurs produits dans des paniers ou dans une balle, une grande caisse de bois. Tissus, colifichets, articles de quincaillerie ou de mercerie, imprimés, almanachs, les colporteurs proposent une grande diversité de marchandises, en fonction des opportunités qui se présentent et du goût de leurs clients. Ils cherchent à s’adapter à la demande et à suivre les dernières modes. Ils contribuent ainsi à diffuser les biens de consommation dans les campagnes. Outre les produits de première nécessité, ils peuvent vendre des objets de luxe, sur lesquels ils font leurs plus gros bénéfices, explique l’historienne Laurence Fontaine, autrice de Vivre pauvre. Quelques enseignements tirés de l’Europe des Lumières (Gallimard, 2022). Ils introduisent « les produits coloniaux : le tabac et les dentelles au 17ᵉ siècle, le thé et le café au 18ᵉ siècle. Ils apportent tout ce qui fait rêver. » De très pauvres colporteurs, qui n’ont pas les moyens d’acheter des marchandises, vont vendre de la distraction par leurs propres chants et leurs histoires. À cet égard, Laurence Fontaine lie l’histoire du colportage à l’histoire du théâtre.
L’apparition des VRP
Le voyageur, représentant et placier (VRP) semble un héritier ou un cousin peu éloigné du colporteur. Il en diffère dans la mesure où il ne s’adresse pas directement au consommateur, mais joue un rôle d’intermédiaire entre une maison qui cherche à placer ses produits et un revendeur (épiceries, quincailleries, merceries, grands magasins…). Le VRP évolue donc dans le monde du petit commerce, où il démarche des revendeurs de détail ou de semi-gros. La figure du voyageur et représentant de commerce émerge au 19ᵉ siècle, où il est encore appelé commis voyageur. « Très peu de colporteurs [deviennent] des représentants de commerce, remarque Laurence Fontaine. Ils part[ent] plutôt dans la petite administration. »
L’activité de VRP s’organise, se structure et se professionnalise peu à peu, notamment par l’action de sociétés de secours mutuel et de syndicats, jusqu’à la loi de 1937 qui réglemente le statut juridique des VRP. Les VRP répondent à une transformation profonde du monde du commerce, explique l’historienne Églantine Cussac : « Avec l’affaiblissement des foires et des marchés, [il n’y] a plus de moments de regroupement où l’on pouvait faire valoir ses articles. »
Des VRP en pardessus
Tout comme les colporteurs, les VRP peuvent vendre une grande diversité de produits : confection, alcools et spiritueux, produits alimentaires, quincaillerie, mercerie, chaussures, chapellerie, machines-outils, produits pharmaceutiques, parfums, tissus… Un même VRP peut tout à fait diversifier son portefeuille et représenter plusieurs maisons dans différents domaines. Les voyageurs et représentants de commerce, dans la lignée des colporteurs, disposent d’une vaste palette de techniques de vente, qui vont de la politesse la plus étudiée à des manipulations psychologiques supposées convaincre les clients d’acheter leur marchandise. Ils apportent un soin particulier à leur apparence et revêtent un pardessus, d’inspiration britannique, afin de se protéger de la poussière des routes. Ils soulignent ainsi qu’ils appartiennent à une nouvelle génération « sérieuse, qui revendique une honorabilité et une respectabilité en affaires », loin du temps « du commis voyageur de Balzac », décrit Églantine Cussac. « Ce souci de distinction passe par l’apparence. »
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Au 18e siècle, le trafic ne manque pas de sel
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Au 18e siècle, un important trafic de sel a lieu dans les Alpes. Ces flux illégaux de marchandises, qui gonflent au gré des crises économiques, s’établissent en réaction à une fiscalité ressentie comme injuste et donnent aux femmes une place de choix.
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Vivre ou survivre dans la rue ? Une histoire de la pauvreté
Série : La rue, une histoire Mardi 24 janvier 2023
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Si nulle nation n’a jamais banni la pauvreté, le regard jeté sur elle est marqué par bien des variations. Laurence Fontaine revient sur un temps où la pauvreté fut endémique et où les Lumières et les autorités royales firent de celle-ci un sujet d’indignation ou d’inquiétude.
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L’extraordinaire enquête historique qu’a menée Laurence Fontaine sur la pauvreté dans l’Europe des Lumières résonne fortement au présent. Elle rejoint en seconde partie d’émission par Ervé, écrivain sans toit.
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Argent, morale, fiscalité : entre résistances et consentement
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Consentement à l’impôt, antifiscalisme et économie morale, comment ces notions entrent-elles en résonance avec le conflit des Gilets Jaunes ? Emmanuel Laurentin et Victor Macé de Lépinay s’entretiennent avec Frédéric Tristram, Samuel Hayat, Laurence Fontaine, Rachel Renault et Christopher Clark.





