Cette table-ronde s’interroge sur la façon de construire collectivement le paysage agro-pastoral du massif des Vosges face à plusieurs défis environnementaux et sociaux : déprise agricole, fermeture des paysages, vieillissement des exploitants, mais aussi relocalisation des circuits alimentaires et réduction de la consommation de viande. 

Elle présente plusieurs intérêts pour l’enseignant : donner à voir les particularités du massif vosgien, illustrer des conflits d’usage, et présenter divers instruments juridiques aptes à faire cohabiter différentes fonctions et représentations du paysage. Même si le terme n’a pas été mentionné, la conférence est finalement un bon exemple de la géopolitique locale chère à Yves Lacoste. 

Panorama des paysages vosgiens 

Après un panorama chiffré sur l’importance de l’activité agro-pastorale dans les Vosges (65% de la SAU dédiés à la production fourragère et 1 700 exploitations agricoles), les intervenants rappellent les multiples fonctions de l’espace pastoral (nourricière, récréative, patrimoniale, environnementale). Il a également un caractère politique, en ce qu’il est une ressource partagée dont la gestion a des impacts multiscalaires et façonne les paysages de demain. 

Les intervenants insistent aussi sur la pluralité et la complémentarité des paysages : pâturages de fonds de vallée et Hautes Chaumes vosgiennes (pâturage extensif d’altitude et landes ouvertes de l’espace subalpin) sont différents, mais l’un n’existe pas sans l’autre. Il faut donc avoir une démarche prospective et globale qui intègre l’ensemble des acteurs. Pour embarquer les agriculteurs, il faut mettre en avant les valeurs associées à la préservation des paysages et leur fournir un accompagnement financier. 

L’aménagement d’un paysage en commun

La table-ronde passe ensuite en revue différents instruments institutionnels ou juridiques qui permettent d’aménager collectivement le paysage. 

  • Le Parc naturel régional des Ballons des Vosges (présenté par son directeur Laurent Seguin) regroupe plus de 200 communes de la partie sud du Massif des Vosges. Le pastoralisme y est un patrimoine à préserver, qui découle de la tradition spécifique des ouvriers-paysans des vallées industrielles vosgiennes, pratiquant le pastoralisme comme moyen de subsistance. 
  • Le Plan Herbe mis en place avec l’agence de l’eau permet d’inventer le paysage de demain en s’émancipant de la nostalgie du paysage ouvert et en inventant de nouvelles solutions pour optimiser la gestion hydrique. Il s’agit notamment de préserver les prairies, qui rendent d’importants services aux sociétés : elles alimentent les captages d’eau potable, filtrent les polluants, régulent à la fois les étiages et les inondations, et limitent le risque de coulées de boue.
  • Un plan d’adaptation au changement climatique a été élaboré par le Commissariat de Massif. Cette équipe de fonctionnaires d’État vise à doter les acteurs du territoire d’une gouvernance et d’un espace de débat. Elle est aussi garante de l’équilibre agro-sylvo pastoral et de la cohabitation avec les activités touristiques.
    Sa mission première est de définir collectivement ce qu’on attend du paysage pour éviter les conflits d’usage et créer une forme de consensus et un espace pour partager des représentations partagées. Elle a abouti à trois orientations communes, partagées par plus de 200 acteurs : réaffirmer le caractère cohabité du massif (partagé entre habitants, espèces naturelles et touristes), l’importance fondamentale du paysage et sa complexité, et la préservation du pastoralisme comme patrimoine partagé. 
  • Un autre outil important est le Plan de paysage animé par les élus pour créer du débat et fédérer diverses préoccupations locales : conservation des sols, prévention des risques naturels… Le paysage reste transpartisan du fait de son caractère sensoriel, local et partagé. Il dépasse donc les clivages politiques nationaux, bien que traversé par des tensions sur le foncier ou les mutations agricoles, difficiles à gérer sur le court terme. 
  • Le Plan Pastoral Territorial (PPT) permet enfin de reterritorialiser des enjeux globaux et propose à la région un engagement contractuel avec un budget prévisionnel valable pendant 5 ans. Il propose un accompagnement économique pour les éleveurs, l’amélioration des abris et des pistes d’accès aux estives, la lutte contre le morcellement des terrains pastoraux, ainsi que des diagnostics pastoraux.