Présentation par Sophie Bonin
SOPHIE BONIN enseigne la géographie aux paysagistes concepteurs à l’Ecole Nationale Supérieure de Paysage de Versailles et elle est directrice du laboratoire de recherche sur le projet de paysage (LAREP).
MAGALI REGHEZZA-ZITT est géographe normalienne, agrégée, spécialiste des risques. Elle a participé au haut conseil pour le climat. Elle travaille dans les questions aux interfaces entre la connaissance scientifique des risques et aux questions d’adaptations des sociétés face aux risques. des risques Magali REGHEZZA-ZITT a récemment publié une fiction scientifique, Bienvenue en 2055, en mai 2026.
THIERRY PAQUOT est philosophe de l’urbain. Il a travaillé et enseigné à l’institut de l’urbanisme de Paris et a écrit de nombreux ouvrages en lien avec le thème de la table ronde : Le paysage ; utopie et utopiste ; radicaliser l’écologie ; villes à venir. La troisième révolution urbaine.
PHILIPPE BUZZI quant à lui est magistrat financier, vice-président à la cour des comptes de la région Grand-Est.
Ce sont trois personnalités qui partagent ce souhait de pragmatisme par rapport à nos devenirs.
Quelle place occupe le paysage dans la réflexion de chacun, dans leurs travaux ?
THIERRY PAQUOT
Il a commencé à enseigner la philosophie du paysage il y a 35 ans. A cette époque, il partait avec une définition assez stricte du paysage : « ce que le regard embrasse d’un seul coup d’œil ». Puis il s’est aperçu que le paysage exigeait une relation polysensorielle et a donc défini le paysage comme étant le temps des sensations. Au fameux « je pense donc je suis » de Descartes, il faut selon Thierry Paquot ajoute « Je ressens donc j’existe ». En fait, sa conversion vers cette nouvelle approche du paysage est liée à la prise en considération de l’écologie dans ses autres ouvrages. Le philosophe s’est rendu compte qu’il y a des dysfonctionnements terribles dans la vielle, notamment la dégradation de la nature. Il a donc commencé à travailler sur la biologie, les plantes, les animaux et l’écologie.
MAGALI REGHEZZA-ZITT
Par sa formation
La géographe a rencontré le paysage de plein de manières. Déjà de par sa formation en Histoire, tout d’abord en Khâgne, dans des livres, en littérature et en peinture. Puis en Histoire, le paysage est un décor. Ensuite elle est passée en géographie de l’environnement, où l’on interroge le rapport nature – société, société – culture. Le paysage est à la fois le produit et ce qui permet de lire le tout. Ensuite, elle l’a rencontré à travers d’autres paradigmes : le paysage permet d’entrer dans l’espace géographique.
Dans l’enseignement, le paysage permet faire comprendre par la vue l’organisation de l’espace, l’appropriation. Le passage de la carte au paysage est fondamental. Puis elle a travaillé sur la question des territoires où le paysage est fondamental. Magali REGHEZZA-ZITT a aussi travaillé sur les catastrophes. Le paysage y est très important. C’est le moment où le paysage connaît des ruptures avec une matérialité, avec des absences, avec des couleurs, …
Par sa pratique
En réalité, sa pratique du paysage a aussi été l’évolution du réchauffement climatique et du futur. Pendant longtemps, le paysage était pour elle quelque chose de très abstrait. C’était une notion que l’on étudiait, un concept. Puis dans sa pratique, elle a appris à maitriser ce qu’est le paysage. Puis elle a fini par travailler sur le paysage. Et un jour, elle a vécu le paysage. Comme nous avons vécu cet été le changement climatique.
C’est très perturbant de passer de quelque chose d’abstrait que l’on enseigne, que l’on a construit en mettant à distance nos émotions et nos ressentis (dans le travail sur les catastrophes naturelles). Et tout à coup le paysage est ce qui nous fait rentrer dans le changement climatique : le paysage a changé : les bruits qui ne sont pas là (insectes), la lumière différente, le soleil différent, l’ambiance qui a changé, … Le paysage nous fait rentrer dans une réflexion, mais aussi dans ce corps vivant que nous sommes d’être au monde.
Le paysage est un magnifique support d’enseignement. Sur le paysage, on peut travailler avec les élèves. Par exemple, en classe, la fenêtre découpe un paysage. Regarder par ce cadre le paysage pour repenser la relation nature / culture, l’organisation, les fonctions … et pour le mettre à distance. Cela permet de ressentir, mais à distance. Il s’agit, à travers l’objet paysage, de penser notre futur, notre individualité et notre collectif.
PHILIPPE BUZZI
Le compte dit beaucoup de choses. Derrière le compte se cache le paysage en ce sens qu’il traduit des choix politiques. Le paysage oblige, dans une politique publique, à se mettre dans le temps long. Le paysage ne se marie pas nécessairement avec le temps du mandat, mais avec la durée. Déjà, on regarde si l’argent public a été utilisé correctement, si cette dépense a répondu à un besoin. Est-ce que les objectifs fixés ont été atteints ou non. Et il faut aussi lire le paysage dans ce qu’il ne fait pas apparaitre il nous dit aussi ce que l’on ne voit pas.
Par exemple, ils viennent de sortir une synthèse sur les friches industrielles dans le Grand-Est. On y lit que les sols sont pollués. Donc entretenir ou non le paysage aura une incidence directe sur d’autres politiques. Le paysage est le quotidien pour les magistrats financiers. Un choix public affecte notre paysage. Les paysages ce sont des infrastructures, des équipements, des bâtiments.
Le paysage est à la fois que l’on voit, et un héritage du passé. Mais c’est aussi être en capacité de construire un futur frugal.
Quels enjeux sont les plus importants aujourd’hui ? Y compris pour la région Grand-Est ?
PHILIPPE BUZZI
Il répond que certains enjeux sont directement liés à la situation du Grand-Est. Par exemple les friches. La reconversion des friches est complétement différente en fonction du paysage. Bien sûr, le changement climatique est un enjeu essentiel. Par exemple concernant les stations de skis vosgiennes. Il y a ainsi des risques de surtourisme sur certaines zones. Demain, la vie en collectif va supposer de partager un diagnostic pour confronter des scénarios.
MAGALI REGHEZZA-ZITT
Temps long / temps court
Le paysage est aussi une construction d’un rapport très long entre les sociétés et l’environnement : c’est la coévolution. Avec la vitesse du réchauffement climatique (il ne s’accélère pas, mais chaque degré en plus a des effets beaucoup plus importants, c’est systémique, il y a des rétroactions), le paysage change maintenant à une vitesse qui n’est plus celle des sociétés humaines ni celle des écosystèmes. Cela arrive brusquement. Le paysage change d’un coup. C’est le cas dans les catastrophes (crue dévastatrice, glissement de terrain …).
Premièrement, ce qui devrait être très lent, avec le paysage perçu de façon fixe, dans un changement lent, accélère. Le paysage témoigne de cela. Là, on voit des changements irréversibles à l’échelle d’une vie humaine en quelques années. C’est très perturbant.
Deuxièmement, c’est aussi le paysage dans l’année. On a souvent une vision du paysage à un temps T (exemple : la neige). Aujourd’hui, les saisons sont perturbées par le changement climatique. Les paysages ne coïncident plus avec notre manière de nous projeter dans le temps des saisons (en été, on trouve des paysages d’automne). On ne se projette plus dans les saisons.
Troisièmement, les paysages reflètent en effet des politiques publiques et des héritages collectifs dont on n’a pas conscience. Nous sommes dans un paysage carboné. On est tellement dans cette société, on n’a jamais connu que cette société carbonée, qui a transformé les paysages depuis 150 ans grâce aux énergies fossiles. Le paysage est carboné et on n’en a plus conscience. Il est carboné par les matériaux (plastique, béton), par les infrastructures, pas les équipements, par l’homme (vêtements) …
Vers la décarbonation
À quoi ressemble un paysage décarboné ? Nous allons décarboner car sinon le changement climatique va se poursuivre. Il s’agit d’aller à la fenêtre imaginaire. Fermer les yeux. Imaginer les odeurs, les couleurs, les bruits. Que reste-t-il du passé ? Quelles sont les nouvelles infrastructures. C’est ce travail là aussi que le paysage peut nous permettre de faire. Ce travail de projection raconte la décarbonation. Il raconte l’énergie, la manière de se nourrir, l’école, le travail, la famille, la ville, la campagne…
On voit que l’on peut repenser intégralement une société par ce prisme du paysage. C’est un excellent médiant pour comprendre l’impact de nos actions collectives et individuelles à travers les politiques publiques, à travers des réflexions, …
Magali REGHEZZA-ZITT soulève le fait qu’il y a une continuité géniale entre les métiers des intervenants qui pratiquent tous le paysage. On pratique tous le paysage, le paysage nous permet de réfléchir.
THIERRY PAQUOT (la même question concernant les villes )
Le paysage, terme polysémique
Le paysage est un terme polysémique et compliqué. Souvent on l’associe au milieu, à l’environnement … En réalité le paysage est subjectif, il y autant de paysage que d’individus dans cette salle. Qui fait le paysage dans lequel on vit ? il y a les grandes infrastructures (autoroutes, …), les agriculteurs, mais aussi les oiseaux qui transportent les graines, Gilles Clément parle de « jardin planétaire ».
On a une approche du paysage qui a considérablement changé indépendamment du dérèglement climatique. Il y a des périodes caniculaires et aussi des périodes très froides sur Terre : on a une approche trop occidentale. Qu’est-ce que le paysage pour 1 milliard de bidonvillois ? Il faut tout prendre en considération. On ne peut pas avoir une image dessinée du paysage sans prendre en considération l’incroyable diversité des modalités de l’urbanisation planétaire.
Des exemples urbains
Par exemple, si l’on prend en considération des non-villes comme Dubaï. On y trouve des gratte-ciel énergivores (métaux couteux à fabriquer), ascenseur (c’est le premier moyen de transport au monde). Si le futur veut être écologique, pour Thierry Paquot, il n’y a plus de tour. Mais cela ne signifie pas non plus étalement urbain. Il y a d’autres formes d’habitations humaines qui sont préférables à ces gratte-ciel, à ces autoroutes, à ces aéroports.
Sa position est qu’il n’y a plus de ville et qu’il n’y a plus de campagne. Nous sommes est dans une urbanisation généralisée : il y a une urbanisation des mœurs qui se faufile partout et en même temps la perte des qualités urbaines : urbanité, diversité et altérité. Une de ces qualités vient à manquer, l’esprit de la ville disparaît.
Par exemple, les « gated communauties » (enclaves résidentielles sécurisées) qui sont le premier produit immobilier au monde aujourd’hui sont une non-ville. C’est le refus de la diversité : c’est très grave, c’est un dérèglement sociétal qui entrave la nature avec ses murs, … Le paysage est à un degré un peu moins général que les deux autres intervenants : pour Thierry Paquot, c’est une relation individuelle, charnelle, émotionnelle et existentielle.
PHILIPPE BUZZI
En effet, le paysage touche à l’intime. Ne pas faire attention à ceux qui y vivent, ceux qui connaissent les usages des bâtiments, les flux, c’est remettre en cause l’existence d’un territoire. Il faut écouter celui qui y vit et essayer de répondre à ses besoins. Il faut également Avoir en tête que les besoins ont énormément évolué.
Question : exemple d’une situation concrète ?
PHILIPPE BUZZI
Il pense à l’exemple de la friche de Wesserling. C’était une industrie textile (eau et bois présents). C’était une économie particulière où on était ouvrier et paysan, avec une bi-activité. Lors de la fermeture du site, on laisse sur place une génération d’individus. C’est un territoire où les moyens mobilisables sont limités. On a fait appel à la main d’œuvre locale : au lieu de raser la friche, on l’a transformé. On n’abat pas les bâtiments pour donner un autre usage à la friche. Il a fallu dépolluer le site. Aujourd’hui, sur le site, il y a plus de 100 petites entreprises. Ce modèle a fonctionné. Il faut faire en fonction de chaque territoire. L’intime est très important, il ne faut pas demander du jour au lendemain à des gens de changer d’univers.
THIERRY PAQUOT
La question de l’intime, c’est celle de l’individu. Nous sommes dans une société qui produit du « dividu ». Si on construit un logement à un individu, il a un chez soi. Mais on oublie la question fondamentale qui est de quel soi s’agit-il ? Pour qu’il y ait du « je », il faut qu’il y ait de « l’autre ». La philosophie c’est l’étonnement. Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien.
MAGALI REGHEZZA-ZITT
Une commune après une catastrophe
Elle était à l’inauguration d’un nouveau quartier de Trèbes dans l’Aude. Elle a subi des inondations épouvantables, qui ont causé 15 morts dont 9 sur la commune.
Il y a toute l’histoire dans ce petit paysage, c’est extraordinaire pour un géographe. On y retrouve la carte postale de l’archétype de ce paysage. On y trouvait des lotissements, des maisons individuelles construites dans le cadre de la périurbanisation, le paysage classique méditerranéen a été remplacé. Puis on a un paysage terrible avec des ruines : c’est un cimetière. Le lit majeur du fleuve s’est transformé en cimetière. La première réaction des gens a été de dire « enlevez nous ça ».
Comment reconstruire ?
La question est de savoir comment l’on reconstruit ces territoires. Un architecte, Éric Daniel Lacombe (connu car il a fait le quartier de Romorantin, le 1er quartier résilient). Il va devoir convaincre qu’on ne peut pas reconstruire à l’identique et qu’il va falloir supprimer 52 maisons. La première réaction c’était de construire une digue. Faire un investissement qui se voit. Très vite, les élus traumatisés ont une prise de conscience que le changement climatique va arriver, que ces épisodes méditerranéens vont être de plus en plus intenses et violents. De plus, on voit aussi des arbres malades, des sols trop secs, une agriculture en difficulté. Il y a aussi des politiques européennes dans ce territoire.
Les élus décident de ne pas reconstruire : cela nécessite un travail de gouvernance avec des consultations.
Des décisions à prendre
Par exemple, il y a un lac artificiel où les locaux vont pécher depuis des décennies. Les gens ont la sensation que le lac fait partie du paysage, qu’il est naturel. Il y a tout un travail mené autour de ce lac. 8 ans plus tard (c’est très rapide pour un projet de politique publique), un nouveau projet est mis en place, qui est l’ouverture de l’espace. Le village change : les enrobés sont blancs. Les arbres sont aussi peints en blanc pour les protéger de la chaleur. Il n’y a plus le lac, mais de nouveaux arbres sont plantés, une nouvelle forme de végétation, un arboretum collaboratif est mis en place. Aussi, l’école et l’Ehpad sont déplacés avec une nouvelle architecture, de nouveaux matériaux, de nouvelles couleurs.
Dans ce nouveau paysage, au sol, il y a la trace de l’ancienne digue. Il y a aussi un rectangle en fer rouillé avec marqué « vivre avec le fleuve Aude » : c’est un prédécoupage, une carte postale dans le paysage. Derrière, c’est le monde de demain décarboné.
C’est un paysage dans lequel on vit mieux, où les identités sont conservées, y compris la mémoire des morts, où les enfants reviennent, où il va y avoir des associations autour de la nature qui n’est pas naturelle (associations de pécheurs par exemple) …
Une action collective
Ce qui est fascinant, c’est que les acteurs de ce territoire ont vécu la transformation tout en gardant l’essentiel. La transition, c’est de faire le choix d’un monde plus sûr, tout aussi beau voire être plus beau car là on ré entend les oiseaux, les insectes. Une vie qui revenait déjà. C’est une transition vers un monde où on ne vit pas moins bien : on vit différemment, et dans un monde où l’essentiel est préservé. L’essentiel, c’est cet attachement intime à ce village, l’intergénérationnel, une petite ville, la notion de lieu. Ce qui est très touchant, c’est qu’il y avait eu beaucoup de débats, de désaccords : les gens ont participé à transformer ce paysage, ce lieu, ils ont été des acteurs.
Nous sommes en train de vivre nous-même une catastrophe : nous allons devoir, par nos actions aussi, transformer à l’échelle de nos vies, d’une génération, nos paysages. Le paysage est un marqueur, derrière cela nous renvoie à nous-même, à notre place, à l’humain, au non-humain, aux autres générations …
PHILIPPE BUZZI
Le paysage nous oblige à sortir de nos couloirs de nage. Il oblige les politiques publiques à se croiser. Le paysage doit amener au débat.
Il faut écouter celui qui y vit, l’expert et le politique.
MAGALI REGHEZZA-ZITT
Ce qui a été marquant sur ce territoire, c’est de s’appuyer d’abord sur la science. Avant de débattre. C’est très important
THIERRY PAQUOT
On ne fait pas contre l’eau, on fait avec. C’est indispensable au niveau des politiques. Tous les membres des gouvernements doivent être écologistes. Il faut travailler dans la transversalité et la collégialité. On en est loin ! Il faut la « trinité vertueuse » : le cas par cas ; le « sur-mesure » ; le « avec les habitants ».
Question : a-t-on besoin de nouvelles expertises, de nouvelles formations ?
PHILIPPE BUZZI
Objectivement, il faut solliciter de l’expertise. Des géographes locaux, de l’expertise, … il faut associer la science aux travaux de politique publique.
MAGALI REGHEZZA-ZITT
Croiser les compétences
Elle est géographe de formation. La géographie lui a appris un questionnement scientifique. Elle a exercé plusieurs métiers : elle a été enseignante, chercheur, a fait de l’expertise (en administration centrale), a été magistrate financière. Elle a pu apprendre et construire sur cette base de géographie. Chacun a une approche différente qui permet de partager des choses. Cela remet l’école au centre du jeu. L’école c’est aussi des métiers, ça a du sens. Dans son ouvrage, il y a un passage sur l’école car c’est essentiel. Aujourd’hui, dans cette transition, il faut des compétences et des savoirs faire. On entend à longueur de journée que c’est complexe, qu’on doit penser global, systémique, qu’il faut décloisonner : cela n’a aucun sens. Au contraire, l’action est spécialisée et même territorialisée. Il faut des spécialistes, il faut localiser, il faut des compétences.
Il faut se poser la question de comment on prépare ces métiers de demain. Nous n’avons jamais vécu dans cette société décarbonée, il faut préparer les futurs métiers. C’est vertigineux pour l’éducation nationale. Il faut préparer des jeunes, qui sont déjà aujourd’hui victimes du changement climatique, dont l’accès à l’éducation est déjà difficile, dans des bâtiments inadaptés. Aucun bâtiment n’est adapté au réchauffement. On attend 50° à l’ombre ! Ce n’est pas un dérèglement climatique, bien au contraire, le climat est réglé comme du papier à musique : telle tonne de carbone correspond à tel réchauffement.
Anticiper l’avenir
Comment va-t-on anticiper ces métiers de demain. C’est un débat qu’on devrait avoir. Comment on parle de ces sujets, comment on lutte contre la désinformation ? De quelle façon les enseignants (de géographie, de biologie, d’histoire, de mathématiques, de physique …) préparent aux nouveaux métiers qui vont apparaître ? Comment va-t-on reconvertir ? Il faut de nouveaux métiers autour de l’eau, du jardinage … Des métiers qui aient davantage de sens, avec un retour de compétences et des nouvelles compétences.
On a besoin de tous. On n’a pas juste besoin d’ingénieur, d’architecte …On est dans une évolution. Mettons les choses au bon endroit. Pouvoir réapprendre un métier à 45 ans, et revenir au point de départ, c’est génial. Les jeunes seront obligés de le faire car les métiers seront contraints d’évoluer par rapports aux besoins de nos sociétés qui vont se transformer très vite. Nous sommes à l’aube d’un changement sur 30 ans, d’une révolution qui se traduira dans tous les domaines, dans les paysages et dans les métiers.
Nous devrions avoir un débat démocratique sur la question de la formation, la compétence, la spécialisation, le besoin d’innovation et la transmission.
THIERRY PAQUOT
Il est quant à lui sceptique sur la scientificité de la science. Pour lui, il faut des équipes. Par exemple, en ce qui concerne les trames bleue, verte, blanche, noire … chacun s’occupe de sa trame mais il faudrait faire de la transdisciplinarité car chaque trame est impactée par l’autre. Il faut de la méthode et le gai savoir : pour cela il faut quitter l’école et créer des maisons de la connaissance. Pour Thierry Paquot il n’y aura plus d’école en 2060. Il n’aimait pas l’école car il n’y avait pas de loisirs. Il pense qu’il faut sortir de l’école. Idem pour l’université : il trouve que l’on est dans des stéréotypes et n’aime pas les notes. Il pense qu’il faut éprouver et il pense que les professeurs nous disent ce que l’on doit penser.
Quelle image de ce paysage peut-on avoir quand on ferme les yeux ? En 2055 ou 2100 ?
PHILIPPE BUZZI
Il voit un fond de vallée avec du vert. Il faut réussir collectivement à construire du beau. Le projet doit être désirable, par un collectif. Le paysage doit s’inscrire dans le temps long et répondre aux besoins de ceux qui arriveront ensuite.
THIERRY PAQUOT
Ce n’est pas une bonne question. La philosophie ne prend en considération l’avenir que depuis peu, depuis Sartre et le courant existentialiste. La Futurologie est un mot inventé en 1943. Ceux qui ont le plus contribué à cette réflexion sur le fait d’imaginer un monde à venir, ce sont Bertrand de Jouvenel et Gaston Berger qui a inventé le mot « prospective ». Ils ont écrit des livres importants.
Nous sommes nombreux sur Terre : comment parle-t-on du futur en Russie, en Afrique …
Il faut plutôt ouvrir les yeux que les fermer.
MAGALI REGHEZZA-ZITT
Elle garde les yeux fermés pour s’imaginer en 2055, tenant ses petits-enfants par la main. Elle ne voit pas, mais elle espère que ce paysage sera doux, que ça sentira bon. Ça sera vivable, on entendra si tout se passe bien des oiseaux, des insectes … Elle se voit dire à ses petits-enfants qu’elle s’est battue pour que leur paysage soit celui-là. La méthode scientifique, les faits scientifiques nous disent qu’il est possible de préserver des paysages qui répondent à nos besoins. Elle s’imagine dans un bien-être, et se disant qu’on a réussi à construire quelque chose de vivable.
Question du public :
– Le livre de MAGALI REGHEZZA-ZITT est-il fait pour nous rassurer ? La lecture peut donner le sentiment qu’on n’y arrivera jamais.
– MAGALI REGHEZZA-ZITT n’a pas voulu affoler, ni rassurer. Des rapports scientifiques nous disent ce qu’il est possible de faire : il existe aujourd’hui des solutions accessibles, faisables, efficaces et efficientes (c’est-à-dire qu’elles rapportent plus que cela ne coute). C’est possible. Mais jusque là elle était incapable de se projeter dans un monde décarboné. Puis elle s’est rendue compte que si on ne décarbone pas, cela ne tient pas, c’est invivable.
Elle essaye dans le livre de rendre lisible et concret ce qui est illisible dans les rapports, de montrer ces options qui s’offrent à nous. Elle ne dit pas ce qu’il faut faire, mais donne des instruments. C’est une traduction, dans les territoires, par les paysages.
Comme les enseignants qui ne disent pas ce qu’il faut penser mais qui donnent des outils pour penser.
Idées d’utilisation de cette conférence pour les enseignants ?
Il est possible de trouver dans cette intervention des pistes de réflexion pour la séquence sur la Ville de demain en 6ème, en travaillant sur la décarbonation, à l’aide de l’ouvrage de Magali Reghezza-Zitt.
Pourquoi pas, à l’instar de Magali Reghezza-Zitt, demander à nos élèves de tout niveau de regarder par la fenêtre pour appréhender le paysage ?





