Etienne DE LA VAISSIÈRE présente ces princes nomades et marchands de l’État des steppes, inconnus du grand public qui ont joué un rôle important dans l’économie mondiale du Haut Moyen-Age que l’on peut retrouver dans, son ouvrage Asie centrale 300-850 – Des routes et des royaumesExtrait, présentation orale ICI, paru en 2024 aux Belles Lettres.
Le grand commerce caravanier, appelé parfois abusivement les routes de la soie, est un type de commerce inconnu en Occident, à la même période. Il concerne un vaste espace de la Mer Noire à la Chine.
Étienne de la Vaissière décrit d’abord ce grand commerce, proche du grand commerce musulman, que l’on connaît mieux : des compagnies familiales ancrées sur le réseau des oasis. Il est dirigé par le monde sédentaire, des marchands établis dans les villes qui envoient des messagers. Le rôle des nomades y est très limité à la fourniture de chevaux, de chameaux.
Le marchand sogdien
Mais en Asie centrale, il existe un autre commerce, le marchand sogdienétudié dans la thèse, École pratique des hautes études – soutenue en 1999, d’Étienne de la Vaissière, Histoire des marchands sogdiens. Paris, Collège de France, Institut des Hautes Etudes Chinoises, 2002, 413 p. + 8 pl. h.-t. et 8 cartes., qui vivait dans la région des actuels Ouzbékistan et Tadjikistan.
On a peu de documents, pour connaître le système. Il faut avoir recours à des sources périphériques, textes et dessins chinois, indiens. Ce sont des transports sur de très longues distances, jusqu’à 7 000 km. L’archéologie apporte quelques informations sur les marchandises échangées : rouleau de soie chinois, qui était de fait une monnaie, fourrures de Sibérie, musc, de l’argenterie byzantine en direction de la Chine, des esclaves.
L’État nomade, la Horde
La Horde signifie, en mongol, le territoire. Il existe des territoires de nomadisation qui perdurent sur 2 000 ans, jusqu’au XVIIe et XVIIIe siècle.
Des « compagnies militaires » avaient pris le contrôle de l’ensemble des groupes nomades avec à leur tête des « princes » qui organisent la population en unités de 100, 1 000 ou 10 000 hommes. Cette population est contrôlée aussi au plan religieux. L’État mongol domine entre les grands empires d’Occident et d’orient.
La dimension économique est importante. L’élevage est sensible aux variations climatiques. S’il y a un peu d’agriculture et d’artisanat dans la steppe, des denrées manquent. Cette situation a entraîné le développement d’un État nomade des steppes, qu’il soit Hun, Turk ou Mongol. Les pillages pratiqués sont une forme d’acquisition de ce qu’on ne fabrique pas, mais c’est une situation extrême car dangereuse. Par contre, le tribut régulier fourni par des populations soumises, est la forme ordinaire de l’économie de l’État nomade.
Par exemple, les Ouïghours, au IXe siècle, imposent, à la Chine, un tribut de 50 000 rouleaux de soie. Ce qui n’est pas consommé, les surplus sont commercialisés à une échelle mondiale. Pour organiser le commerce des « princes marchands » on trouve les OrtaqsEn turc = les intermédiaires. Marco Polo fut un intermédiaire.
Le tribut rentre dans le système commercial, le « prince-marchand fait fructifier le tribut par les ortaqs, un système peu connu des historiens. Les ortaqs sont une composante de l’État nomade. Les princes donnent un capital à l’ortaq pour qu’ils développent le commerce : soie chinoise vendue à Byzance, zibeline de Sibérie ou musc d’Asie centrale à Bagdad, argent iranien en Chine.
EV donne l’exemple d’un ortaq, de l’époque de Gengis Khan qui contrôle le commerce entre l’Iran et la Chine.
Les Turcs de l’Altaï utilisent aussi ce système ; ils reçoivent des cadeaux de soie chinoise et en assurent la redistribution dans le monde entier de l’époque.
Cette organisation des ortaqs, on ne la voit pas dans les sources, mais l’archéologie nous informe. Dans la seconde moitié du VIe siècle, les tombes des dynasties chinoises en témoignent.
Il y a, en Chine, d’assez nombreuses tombesExemple de la tombe, en Chine, d’un marchand sogdien qui présente des gravures qui montrent l’échange de la soie avec des plats d’argent de marchands sogdiens qui se font représenter en ambassadeurs.
Il existe, donc dans cette vaste Asie centrale, un double réseau d’échanges : le réseau des oasis et celui des ortaqs Les ortaqs sont désignés comme sogdien par les Chinois.
Le grand commerce a déclenché des guerres : à la fin du VIe siècle, Théophane de Byzance décrit des accords commerciaux avec les Turcs qui ont provoqué une guerre entre l’Iran et les Turcs de l’Altaï dans l’Océan Indien pour conserver le monopole du commerce maritime.
Conclusion :
Notre imaginaire a, jusqu’ici, peu pris en compte ce commerce nomade sur un espace géographique vaste et un peu perturbant : Les Turcs de l’Altaï sont donc en Mongolie quand les Mongols occupent plutôt la Mandchourie, même si c’est un peu plus compliqué. Les ortaqs sont peut-être les premiers à avoir une vision globale du monde ; leurs lettres en témoignent.





