Table Ronde proposée par le Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique

Intervenants

Virginie ADANE,Elle a publié plusieurs ouvrages : Aux origines de New York – Femmes et hommes dans la formation d’une société coloniale (1624-1741), PUR, 2024, dont deux chroniqués par les Clionautes : Des femmes en Amérique – Une histoires des Etats-Unis de Pocahontas à #MeToo, Perrin, 2025 – 1619. L’autre naissance des États-Unis, PUF, 2025, maîtresse de conférences à l’Université de Nantes,

Camille DEJARDIN Camille Dejardin, Madame Blakey. Une femme entrepreneure au XVIIIe siècle, Presses universitaires de Rennes, coll. « Mnémosyne », 2019 – Patronnes au XVIIIe siècle, Nouveau Monde Eds., 2023, doctorante à l’Université Paris 1 Panthéon – Sorbonne, absente

Romain FACCHINIIl a oublié une contribution à l’ouvrage : Chaînes et maillons du commerce XVIe-XIXe siècle, sous la direction de Gilbert Buti, Olivier Raveux et Anne Montenach, Presses universitaires de Provence, 2023, Femmes et circulations marchandes à Marseille au XVIIIe siècle – Un maillon sous-estimé du négoce – p. 59-74, chercheur associé à TELEMMe,

Anne WEGENER SLEESWIJKLe pouvoir des courtiers – Univers marchand et acteurs du courtage en Europe XIVe-XVIIIe s., Vincent Demont, Matthieu Scherman et Anne Wegener Sleeswijk (dir.), Editions rue d’Ulm , 2018 , maîtresse de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

 

Modération

Bernard MICHONIl a publié, en 2018, Femmes et négoce dans les ports européens – Fin du Moyen Âge – XIXe siècle, Peter Lang ed., maître de conférences à l’Université de Nantes

 

Cette table ronde vise à prendre en compte les évolutions de la recherche depuis les années 1960, à partir des travaux sur les négociants des grands ports. La question des femmes doit dépasser ce qui est généralement connu, la place des veuves. Bernard Michon propose trois entrées : la diversité, les aspects juridiques et la pratique sociale, enfin les évolutions à la fin du XVIIIe et au XIXe siècle.

Diversité des formes de travail féminin

Anne WEGENER SLEESWIJK s’appuie sur les études pour les Pays-Bas et leurs colonies ( Batavia, Cap de Bonne-Espérance, Berbice et Suriname). Elle étudie les ventes aux enchères (commerce de gros et ventes d’occasions) qui ouvrent une fenêtre sur des sociétés en évolution.

Les documents administratifs hollandais ne distinguent pas le grand commerce et le commerce de détail.

De nombreuses femmes assistent aux ventes aux enchères qui font le lien entre commerce de gros et de détail. On voit des femmes tenant des catalogues, d’autres semblent spectatrices. Une douzaine de femmes sont représentées dans cette cour d’auberge.

1773, à l’auberge Oudezijds Herenlogement, Amsterdam. Gravure Fokke Simon, 1774. SAA
Détail d’un portrait de famille peint par Balthasar Denner, 1738, Collection privée

 

 

Dans ce portrait de Petronella De Neufville Van Lennep (1688-1749), négociante et « rentière » d’Amsterdam, on a le portrait d’une négociante qui achète pour la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, on la retrouve dans les registres des enchères.

AWS évoque un autre exemple, celui d’une regrattière, veuve d’un ouvrier du tabac ; elle achète des tissus troués venant de naufrages pour en faire des tenues de deuil.

 

 

 

 

Romain FACCHINI montre la diversité des marchandes de Marseille. La distinction entre négoce et commerce est floue. On voit des femmes investir dans le grand commerce, mais on les voit aussi abriter un dépôt de marchandise, sans quelles soient qualifiées de marchandes.

Trois cartes ont été élaborées à partir d’un registre fiscal de 1784

Hommes
Femmes

 

Les hommes représentent 75 % de l’effectif des marchands. Les femmes sont souvent invisibilisées, comme les marchandes de rue.

 

Virginie ADANE présente son étude le la colonie néerlandaise. Les Hollandais sont arrivés au XVIIe siècle, ils ont commencé par un commerce de peaux de castors, avant de choisir la colonie de peuplement, mais c’est un territoire qui attire moins que la côte du Brésil.

La capitale compte 2 000 ha. La carte montre les prétentions hollandaises en Amérique du Nord, et plus spécialement dans la vallée de l’Hudson. Il n’y a pas de corporation de métiers, ce qui laisse une opportunité aux négociantes et aux femmes qui se livrent à un petit commerce. On rencontre peu de femmes dans le commerce transatlantique, mais les auberges et les petits commerces étaient des lieux de la négociation. Il existe une porosité des statuts sociaux.

Les aspects juridiques et les pratiques sociales

 

AWS : Dans les archivesLes sources fiscales surtout, les marchandes sont le plus souvent des veuves. Les femmes mariées sont mineures en droit. Les ventes publiques sont un moyen d’échapper à la règle. AWS décrit le système corporatif qui a longtemps empêché les femmes d’exercer certains métiers, même s’il est plus souple dans les colonies. Le poids de la réglementation régresse au cours du XVIIIe siècle.

A Berbice, les femmes et les hommes de couleur pouvaient faire du commerce, moyennant une part pour le maître.

 

RF : Si on en reste à la description juridique, on manque une partie de l’information. Il faut compléter avec les mémoires des avocats. On observe alors des débats entre le droit et la pratique. Le droit peut protéger une dot, mais aussi bloquer les femmes pour retirer les bénéfices de leur travail.

Deux exemples :

Jeanne Montagne, marchande d’indiennes, entre en conflit avec son mari qui est marin. Le sujet de la mésentente : à qui doit aller les bénéfices du commerce 40 000 Livres, alors qu’une bastide à Marseille vaut 5 000 livres à la fin du XVIIe s.?

Anne Bonifay doit prouver qu’elle est marchande, car elle travaille dans la boutique de son mari.

On note que ces femmes ont pu acheter des biens mobiliers, attestant que leur commerce est distinct de l’activité du mari.

Les sources de police montrent comment les femmes, à la marge, contournent les règlements. Des exemples sont développés dans sa thèse.

 

VA : Il est intéressant de voir comment, quand la colonie passe sous contrôle anglais, le droit évolue. Le système du mariage « par usus », certes minoritaire,

C’est une union informelle et peu coûteuse du droit romain, réalisée par la cohabitation continue pendant une année sans cérémonie ni témoins, permettant à la femme de conserver son indépendance juridique.

Dans le droit anglais, la femme est « sous couverture », pendant la minorité de la femme et la communauté des biens. Cependant, dans la pratique, on trouve des femmes commerçantes, sans l’autorisation du mari. L’exemple donné est celui d’un commerce de lait, le mari est fermier.

Marchandes et négociantes face aux évolutions du capitalisme

Comment les commerçantes se sont-elles adaptées à un capitalisme plus financier au XIXe siècle.

 

AWS : Dans les colonies néerlandaises, le phénomène est complexe, si on étudie les ventes aux enchères, à partir des annonces dans les journaux.

Les enchères sont un lieu publique. Dans le cas de produits alimentaires, des femmes peuvent déguster et informer sur la qualité d’un produit.

 

RF : Dans les correspondances, on lit l’organisation du négoce, les jeux de pouvoir et pas seulement le relationnel. Les femmes sont un relais d’informations entre le grand commerce et le local : « mise en boutique du monde ». Les correspondance montrent des réseaux plus économiques que familiaux.

 

VA : Depuis les années 1990, on a une nouvelle lecture qui dénonce l’invisibilisation des femmes. Elles sont absentes des contrats de crédit.
Les réseaux hollandais du XVIIe siècle ne disparaissent pas dans le passage vers le capitalisme financier. Les femmes disparaissent plus dans les sources que dans la réalité.

Le manque de temps pour terminer cette table ronde est manifeste.