Lauric Henneton, auteur du livre Le Rêve américain à l’épreuve de Donald Trump (Vendémiaire, 2020) nous dresse le bilan de cette présidence atypique, à quelques semaines des élections présidentielles du 03 novembre 2020. Lauric Henneton est bien connu des Clionautes. Maître de conférences à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, où il enseigne l’histoire et la politique des pays du monde anglophone, il est l’auteur d’ouvrages qui ont été commentés par nos soins, comme son Histoire religieuse des États-Unis (Flammarion, 2012) et son Atlas historique des États-Unis (Autrement, 2019).

Lauric Henneton
Le rêve américain à l'épreuve de Donald Trump
Couverture de l’ouvrage

 

Trump fossoyeur ou sauveur du Rêve Américain ?

Dans sa campagne présidentielle, Trump se pose en homme providentiel face aux “losers” des deux grands partis, que ce soit le parti Démocrate mais aussi les caciques du Parti Républicain comme Jeb Bush.

Trump idéalise les années 50, quand les Blancs dominaient et vivaient dans les banlieues résidentielles et les rues principales des petites villes, loin des pauvres, des noirs et des immigrés qui eux se partageaient la Babylone urbaine des grandes métropoles comme New York ou Los Angeles.

Trump comme Obama se désengage du Moyen Orient où “ils s’entretuent et rêvent de tuer des Américains” pour promouvoir le Pivot de l’Asie Orientale (Chine, Japon, Corée), qui est l’avenir du monde en Chine. L’avenir des Etats-Unis, ce n’est plus l’Europe.

Qu’est ce que le rêve américain ?

C’est un rêve immatériel qui comprend la liberté de vivre sa vie comme on l’entend, la vie de famille, une retraite confortable, une place dans la communauté, la possession d’une maison, la carrière, etc.

Devenir riche n’est repris, paradoxalement, que par 11% des Américains. Pour 40% d’entre eux, ce n’est même pas important.

Le nombre d’Américains qui pensent que les enfants feront mieux que leurs parents ne cesse de baisser : 90 à 70% de ceux nés entre 1940 et 1956, 70 à 60% de ceux nés entre 1956 et 1976, et plus que 50% de ceux nés entre 1980 et 1984, qui ont entre 36 et 40 ans en 2020.

Donc, le rêve américain est en train de s’effacer. Autre bascule, en 2000-2007, les Blancs étaient optimistes, quand entre 2009 et 2015, ce sont les Hispaniques et les Noirs qui le deviennent (effet Obama ?).

Mesurons le rêve dans quatre domaines

Il s’agit du travail et de l’ascension sociale, de l’aspiration à l’égalité, de la grandeur par la puissance et des espaces du possible.

L’ascension sociale est en panne. Entre la crise de l’éducation, la baisse du nombre d’emplois et les désespérés qui avalent des opioïdes, tout le montre. L’espérance de vie a baissé sur 3 ans, du jamais vu depuis 1919-1921 et la grippe espagnole.

L’aspiration à l’égalité bute sur le mouvement Black Lives Matter, les discriminations faites aux femmes et aux LGBT ; et enfin, le début de remise en cause du droit à l’avortement.

L’affirmation de la puissance, elle, progresse. Voilà une Amérique qui cesse de s’excuser et de s’humilier comme avec Obama ou Jimmy Carter (président “faible” de janvier 1977 à janvier 1981). C’est l’Amérique qui attaque la Chine et lui déclare une guerre commerciale; qui rompt avec l’Iran et menace la Corée du Nord; et qui bombarde la Syrie après les attaques chimiques.

Les espaces du possible se réduisent avec la crise des banlieues de septembre 2008 à 2020, le manque flagrant de transport en commun et le mauvais état des infrastructures de transport et les tremblements de terre en Oklahoma causés par la fracturation du pétrole et du gaz de schiste.

Qu’est ce qui échappe à Donald Trump ?

  • la maîtrise du COVID confiée aux gouverneurs des États.
  • l’éducation qui est aux mains des mêmes États.
  • le contre-pouvoir d’une Chambre démocrate face à un Sénat républicain
  • le contre-pouvoir des juges qui font échouer son Muslim Ban.
  • la maîtrise de la Cour Suprême.

Le rêve américain a-t-il encore un avenir ?

Les partis deviennent chacun plus extrêmes. Le Congrès légifère de moins en moins. Les débats et délibérations sont soit bloqués soit devenus impossibles.

Les Années 50 étaient caractérisées par une fiscalité élevée, un Etat très présent et le Plein Emploi. Le bilan de la présidence Trump est à des années lumières de cette réalité. De plus, les années 50 étaient un cauchemar pour les Noirs ; les Hispaniques et les Asiatiques ne sont pas encore là. Le mythe de l’Age d’Or ne peut donc toucher que les Blancs nostalgiques surtout au centre et dans le Sud des Etats-Unis. Ne faut il pas tout revoir de fond en comble pour réinventer un autre American Dream ? Mais est ce déjà trop tard ? L’avenir tranchera…

Vous pouvez consulter les autres comptes-rendus de conférence des Clionautes aux RDVH de Blois 2020.