“Gouverner en révolution” pose la question de la stabilité et de la légitimité du pouvoir pendant des temps difficiles. Comment diriger ? La Révolution française est un processus alimenté par des tensions qui irriguent toute la société. Il faut sortir d’une vision déterministe suggéré par un plan classique : « causes, événements, conséquences » parce que la révolution n’est pas un moment inéluctable. Les acteurs de la révolution n’appliquent pas un plan établi. Personne n’a conscience de la suite.

Conférence avec Marion Beillard, IA-IPR et Fanny Blet conseillère pédagogique, en l’absence de Jean-Clément Martin, spécialiste de la période. Le diaporama joint décline les différentes étapes de la proposition pédagogique qui suit.

Une séquence pédagogique adaptée aux classes de Première

Marion Beillard recentre la conférence sur les programmes scolaires, propose une séquence pédagogique et en précise l’objectif. Cette proposition insiste sur un moment de prise de parole par le peuple et par les députés. Les débats sur les quelques semaines du procès de Louis XVI montrent ainsi une expérience démocratique intense. Ils s’insèrent dans un contexte très large entre la France en guerre et la République menacée.

Ce travail s’intègre dans le programme de 1ère, tronc commun. L’horaire alloué semble insuffisant, mais enseigner c’est choisir; donc le professeur fait ses choix. Il doit éviter l‘écueil chronologique qui enchaîne des événements et le survol.

Une séquence de 7-8h

La séquence est un approfondissement au milieu de moments qu’il faudra étudier plus rapidement. La construction des autres séquence se trouve dans l’ouvrage de Canopé « enseigner l’histoire et la géographie ». Il s’agit d’une séquence de 7 à 8 h : la mise en place d’un nouvel univers politique.

Séances 1 et 2 : Quelles difficultés rencontre la mise en œuvre d’un nouvel univers politique entre 1789 et 1791 ?

Séance 3 : Pourquoi la mise en œuvre des principes de 1789 suscite-t-elle des conflits aussi violents ?

Le procès de Louis XVI intervient ici en tant que point de passage et d’ouverture : de décembre 1792 à janvier 1793 le procès et la mort du roi. C’est un moment fort dans les représentations collectives (cf. un film récent Un peuple et son roi  de Pierre Schoeller de 2018, où la mort du roi est vue à travers le regard de femmes qui participent à la révolution)

Les élèves connaissent l’issue de l’événement, mais le pourquoi et le comment ne sont pas suffisamment abordés. La question du gouvernement se pose dès lors que le roi est en prison.

Mise en œuvre générale

Question aux élèves : Comment les députés en arrivent-ils à voter la mort du roi ?

Les objectifs de connaissances : on insiste sur la vigueur des débats et sur le caractère juridique et judiciaire du procès qui devient aussi un acte politique. Il est vécu ainsi par les députés. Il s’agit d’aborder la vitalité du débat politique et la légitimité de la Convention. Elle est admise quand Louis XVI accepte le procès et l’institution de la Convention comme Tribunal.

La question de la souveraineté nationale et de la légitimité de ceux qui jugent se pose. À ce moment, on est dans une vacance constitutionnelle puisque la Constitution de 1791 ne s’applique plus depuis le début de la République et que celle de 1793 n’existe pas encore. La légitimité de la Convention réside dans son élection mais aussi dans la présence forte des sans-culottes, attestée par les prises de parole des députés en tribune.

Capacités :

  • procéder à l’analyse critique d’un document

  • développer l’oral

PREMIER TEMPS : le lancement du cours

1) Chronologie simple : quelques dates utiles de décembre 92 à janvier 93 qu’il n’est pas forcément nécessaire de mémoriser. Pour cette période chargée de dates, la surcharge chronologique n’est pas utile.

2) Récit professoral : le professeur raconte. Il faut présenter la prise des Tuileries le 10 août 1792, la proclamation de la République et l’arrestation. La convention nomme une commission d’enquête qui étudie les preuves de la culpabilité de Louis XVI. Trois faits retiennent l’attention: la fuite à Varennes, l’utilisation de fonds publics pour financer la contre-révolution et la création des Gardes Suisses qui n’obéissent qu’à la famille royale et dont la création n’a pas été validée par l’Assemblée Nationale

 DEUXIEME TEMPS : analyse collective
1) On projette un tableau chronologique de repérages qui ne doit pas être mémorisé par les élèves.

Dans le cadre de l’évaluation, il faudra le leur fournir. Le premier texte est travaillé en classe : lecture silencieuse individuelle, puis reprise par le professeur qui explique le vocabulaire et les références difficiles.

2) Contextualisation :

La Convention se prononce sur la culpabilité du Roi, contre la ratification par le Peuple (le vote des députés suffit). Vergniaud, en tant que président de la Convention, intervient juste avant le vote sur la peine. Il n’est pas nécessaire de présenter Vergniaud comme Girondin à ce moment. En effet, si deux camps se dessinent, les contours sont flous : des rivalités, des oppositions apparaissent mais les deux camps n’existent pas encore en tant que Girondins contre Montagnards. Attention donc à l’anachronisme.

3) Trois questions guident les élèves :

  • quelle peine ?

  • quel choix pour un député : la mort mais avec sursis ?

  • quelles réactions en France (guerre civile, soulèvement, etc.) ?

Vergniaud donne à la question du gouvernement une place centrale : comment gouverner une France divisée à l’intérieur et attaquée à l’extérieur si le roi est exécuté ?

On rappelle la problématique puisque le texte de Vergniaud ne permet pas encore d’y répondre.

TROISIEME TEMPS
1) Activité par groupe :

On répartit dans la classe trois extraits de discours choisis pour la diversité des questions et des arguments qu’ils proposent.

Les élèves répondent aux mêmes consignes que pour le discours de Vergniaud et devront préparer une présentation orale expressive qui sera proposée aux autres élèves lors de la reprise collective.

Les discours choisis sont longs, volontairement, car il s’agit de confronter les élèves à la difficulté, donner de la valeur à l’étude et ne pas contenter de survoler. Les élèves plus faibles peuvent étudier le dernier texte qui est plus court.

Contextualisation : entre la remise du rapport des crimes de Louis XVI et avant la découverte de l’armoire de fer dans le palais des Tuileries qui contiennent de nouvelles preuves à charge. Depuis septembre 1792, la République est proclamée. Que faire de Louis XVI ?

a) Morisson répond avec des arguments à une question : peut-on juger Louis XVI ?

Deux séries d’arguments juridiques (car il est magistrat) :

  • il n’existe pas de loi qui justifie le jugement de Louis XVI : son crime n’est pas défini par la loi. La constitution protège la personne royale. On ne peut pas juger le roi.

  • On ne peut condamner le roi, car ce serait un acte de vengeance injustifiable. Il y a un manque de recul. Morisson assimile ce type de jugement à un jugement de crime passionnel. Il faut écouter la voix de la raison qui conduit à la Loi. 

Faire comprendre aux élèves que ces discours sont empreints de solennité.

b) Saint-Just :

Saint-Just, à 25 ans, est le plus jeune député. Il démontre que le jugement du roi peut reposer sur des arguments politiques. Il commence par une contextualisation, que les élèves peuvent comprendre grâce au tableau chronologique. Ensuite, il évoque les différentes opinions qui émergent sur le sort du Roi.

Son argumentaire se décline ainsi :

  • la loi ne peut protéger le Roi, puisqu’il l’a bafouée

  • le Peuple, en vertu du « droit des gens », doit juger le roi : c’est un droit moderne qui s’appuie sur le principe de l’égalité. Dans ce cadre, on comprend pourquoi le Roi est considéré comme un rebelle et un usurpateur.

Saint-Just pose les grandes questions : Quel procès ? Qui va décider ? Quelle peine ?

Selon lui, la majorité des députés doit trancher en fonction du principe démocratique. On doit juger Louis XVI comme souverain et non comme citoyen. Le Peuple n’a pas besoin de ratifier la décision si la Convention vote la mort. Si la Convention acquitte le roi, le Peuple doit se prononcer. Pour lui, il est important que ce régicide fonde la République.

c) Robespierre 3 décembre 1792

Contexte: avant le vote, Robespierre a du mal à imposer son discours car les députés veulent passer au vote.

Dès le début du discours, il donne son avis, puis argumente. Il veut cimenter la République. Son discours est profondément politique. Si on juge Louis XVI, le procès peut l’innocenter et, dans ce cas, les députés perdront leur légitimité. Par ailleurs, la peine de mort, à laquelle l’auteur s’oppose dans le cadre judiciaire, est ici une mesure de sûreté publique. La Monarchie et la République sont en conflit. Si la République veut vivre, la monarchie doit disparaître. Le gouvernement est en construction.

Par le vote, la position de Robespierre est en minorité. Ce n’est pas lui qui a fait basculer le sort du Roi.

d) De Seze , avocat de Louis XVI, 26 décembre 1792.

Ce discours est plus court et plus accessible. Il ne conteste pas la légitimité politique de la Convention mais sa légitimité judiciaire. Il plaide l’injustice. L’avocat souligne la portée historique de l’événement et ses conséquences potentielles. Louis XVI est un homme bon et son exécution peut faire de lui un martyr. La République ne pourra pas durer si elle se construit sur le régicide.

QUATRIEME TEMPS : les évaluations

Plusieurs possibilités à l’oral. Après avoir étudié ces textes, les élèves doivent les présenter puis les lire de manière expressive de façon à manifester leur compréhension. Les autres élèves de la classe prennent des notes mais n’évaluent pas leurs pairs. Bien sûr, tous les élèves ne passent pas en même temps. Le professeur peut fournir une grille. Celle-ci propose des critères qui aident les élèves à comprendre ce que l’on attend d’eux. Elle facilite l’auto-évaluation.

Les élèves ont donc une vraie vision de la pluralité des opinions. Ils enregistrent leur discours et le déposent sur l’ENT. Ce procédé permet de limiter la gêne de la présence physique devant l’ensemble du groupe, mais il faut que les élèves prennent conscience de l’enjeu et de la préparation nécessaire à un oral. Cela permet d’essayer aussi plusieurs fois et de rallonger le temps de correction.

Un schéma récapitulatif est proposé pour aider les élèves à synthétiser leur compréhension.

Feed-back rapide (petit texte en Vrai / faux) puis reprise professorale pour expliciter les points importants.

Proposition d’évaluation à l’écrit :

Nouveau discours mais mêmes consignes donc transfert des savoirs et des compétences puisque les élèves disposent du tableau chronologique. Le point essentiel de ce discours est un appel au calme et à la dignité.

Conclusion :

Toutes les décisions qui sont prises visent à garder le contrôle sur la Révolution et sa violence et donc continuer à gouverner. Cette proposition est en ligne sur le site académique Strabon de l’académie de Versailles.

Echange avec le public :

Remarque par un professeur : le temps réel disponible est très insuffisant pour ce programme. Toutes les notions sont à reconstruire depuis la 4ème. Les épreuves communes obligent à assurer l’entièreté du programme, en particulier dans les séries technologiques, sous peine de pénaliser les élèves. Dans certains lycées, les correcteurs ne sont pas ceux qui ont fait cours.

Réponse : le statut du point de passage et d’ouverture; les programmes indiquent que les professeurs y passent le temps qu’ils jugent nécessaires. On choisit de passer du temps sur ce point et beaucoup moins sur les autres. L’équipe des professeurs doit anticiper ces problèmes de correction en amont. La situation où les professeurs ne corrigent pas les copies de leur établissement est effectivement un grand problème.

Il ne faut pas hésiter à redonner une trace écrite complète aux élèves.

Diaporama de la conférence