Pierre MICHELETTI*, (Président d’ACF et responsable du master « politiques et pratiques des organisations internationales » à l’IEP de Grenobleanimait le débat. Anne-Lise RODRIGO (historienne à la fondation de la mémoire de la Shoah à Toulouse), Pierre De BOTTON (Pt de Médecins du Monde), Lucile GROSJEAN (Directrice du plaidoyer crises humanitaires & conflits chez ACF) et Anne HERY (Directrice du plaidoyer et des relations internationales pour Handicap International) ont admirablement nourri cette table-ronde du 10 octobre 2020 à l’INSA de Blois lors des « Rendez-Vous de l’Histoire ». Face ou avec des gouvernements, seuls ou dans des alliances, les ONG ont aujourd’hui des stratégies ou émerge un subtil jeu d’équilibristes. Malgré le multilatéralisme les marges de manœuvres des ONG semblent très étroites. Elles vont avoir besoin des jeunes.

D’après Pierre MICHELETTI les politiques publiques s’adaptent en permanence sous la pression d’entrepreneurs sociaux (les ONG) qui cherchent à peser avec 3 stratégies : Elles sont d’abord productrices d’expertises, ensuite elles ont un effet de puissance pour rencontrer les décideurs et enfin une forte interpellation médiatique. L’enjeu est de transposer ce référentiel, à d’autres sociétés pour prétendre peser sur des règles internationales.

Anne-Lise RODRIGO, a présenté une rapide perspective historique du XIXe au XXe siècle :

De 1821à 1829 : Le drame grec (avec le massacre de Chios en 1822) entre la Grèce orthodoxe et l’empire ottoman, a été la matrice d’un vaste mouvement de solidarité internationale de l’Europe libérale. Au 20 e siècle : Des États se préoccupent de la protection des populations réfugiées. En 1918 des gouvernements font appel à des associations pour organiser l’aide aux réfugiés. Dans les années 1960 la montée en puissance des ONG est liée à la décolonisation. Lors de la guerre du Biafra, apparaissent les « french doctor’s » : Bernard Krouchner & Xavier Emmanuelli (MSF).

Pierre De BOTTON (MDM) livre son expérience nationale entre 1985-1986 du 1er centre de soin.

Il fait le constat de belles avancées à consolider : Des dispositifs sont bien mis en place mais parfois dévoyés. Depuis une dizaine d’année, il y a une difficulté à faire évoluer ces politiques publiques dans le champ de la santé et la précarité. Beaucoup de dispositifs sont remis en cause et obligent des ONG à remonter au front. Il a fallu en passer par la justice pour obtenir en 2018 la reconnaissance par le Conseil Constitutionnel du « droit de fraternité » pour mettre en échec le « délit de solidarité ». En définitive, il semble qu’il y ait une déconnexion entre les décideurs et la société civile.

Pour Lucile GROSJEAN ACF tente de peser sur l’échiquier international avec de subtiles jeux d’alliances : Cette stratégie a d’abord été adoptée lors des négociations climatiques afin que soient reconnus le lien entre le climat et la faim. Ensuite, lors de l’adoption de lignes directrices à l’échelle internationale pour avoir un système alimentaire plus sain compatible avec des enjeux environnementaux. Enfin, avec une « nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition ». L’ONG essaye d’influencer la politique internationale soit avec ou contre la France.

Anne HERY : HI a pesé sur les problèmes des mines anti-personnel et le problème de l’usage de nouvelles armes dans les conflits en milieu urbain pour faire avancer le droit international humanitaire. Les défis majeurs aujourd’hui sont les bombardements des civils avec les armes explosives en zones urbaines : 90 % des victimes sont des civils ! HI s’interroge sur les modes d’actions alors que la pandémie réduit l’accès direct aux décideurs. Faut-il développer l’influence « one-line »? Réaliser des happenings plus radicaux, surfer sur de grands mouvements, lancer des pétitions ?

Les débats avec le public ont porté sur 4 points : 1 Des ONG brimées par des Etats au motif qu’elles ont des financements étrangers. 2 La figure symbolique des enfants et ses limites. 3 La judiciarisation : 5 La puissance (ou pas) des réseaux sociaux et l’implication des jeunes.

  • Pierre Micheletti “0,03% – Pour une transformation du mouvement humanitaire international” Editions parole,  sept 2020, 19€