Le Bulletin officiel spécial du 17 septembre 2026 précise les nouvelles modalités de prise en compte de la maîtrise de la langue dans les examens à compter de la session 2027. En histoire-géographie comme en HGGSP, l’évolution est sensible : la qualité de l’expression écrite devient un élément explicitement identifié de l’évaluation. Dans un entretien accordé la veille au Figaro, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray assume également une volonté plus générale de relever le niveau d’exigence des sujets, notamment au brevet.
1. Ce qui change en histoire-géographie
La note générale publiée au Bulletin officiel pose désormais un principe commun à toutes les disciplines : l’évaluation doit prendre en compte l’orthographe, la syntaxe, le lexique et l’organisation de la réflexion. Un minimum de deux points doit être consacré à la maîtrise de la langue dans chacune des épreuves, avec une pondération plus importante lorsque la dimension rédactionnelle de l’exercice le justifie.
En histoire-géographie au DNB, cette orientation se traduit très concrètement.
Dans l’exercice d’analyse de documents, noté sur 15 points, deux points sont désormais explicitement réservés à la qualité de la rédaction. Dans le développement construit, deux des 18 points attribués au texte portent également sur cette dimension. Toutes les réponses doivent être rédigées et le texte précise que doivent être évalués le respect des normes orthographiques et syntaxiques, l’organisation du propos ainsi que la précision du lexique.
L’évolution ne concerne d’ailleurs pas seulement la langue. La nouvelle définition de l’épreuve confirme une progression du questionnement : après les repères et le prélèvement d’informations viennent désormais explicitement des questions d’analyse, qui doivent conduire l’élève à expliquer les documents et à en apprécier l’intérêt ou les limites.
En HGGSP, le changement est encore plus significatif.
Le Bulletin officiel dispose que le fond et la forme ne sont pas dissociables. Le correcteur doit apprécier l’orthographe et la syntaxe, mais également la précision du vocabulaire, la clarté du propos et la capacité du candidat à organiser sa réflexion. Surtout, le texte fixe une limite nouvelle :
« Une copie défaillante sur l’ensemble des aspects relatifs à la maîtrise de la langue ne peut avoir la moyenne. »
Il ne s’agit donc pas d’un simple « malus orthographique ». Une copie ne se voit pas mécaniquement retirer dix ou onze points pour des fautes. En revanche, une production cumulant de graves déficiences dans la syntaxe, le vocabulaire, la clarté et l’organisation du raisonnement ne pourra plus obtenir 10/20, même si elle contient des éléments de connaissance.
Une grille d’échelle descriptive de la notation est d’ailleurs fournie pour les deux exercices d’HGGSP :

2. Une exigence « inscrite dans le marbre »
Dans l’entretien accordé au Figaro, Édouard Geffray présente cette évolution comme une rupture avec une application jugée trop inégale des consignes précédentes. Il explique que l’Inspection générale a élaboré des grilles communes afin que les règles soient connues dès le début de l’année par les enseignants comme par les élèves. Pour les disciplines fortement rédactionnelles, il cite explicitement le français et l’histoire-géographie parmi celles dans lesquelles une défaillance générale de l’expression peut empêcher d’obtenir la moyenne.
Interrogé sur un « retour de l’exigence », le ministre répond qu’elle est désormais « inscrite dans le marbre ». Il associe directement cette politique de maîtrise de la langue à une autre évolution concernant l’histoire-géographie au brevet : le niveau des questions. Selon lui, les sujets étaient devenus trop simples et doivent davantage passer du prélèvement d’information à l’analyse et à la déduction. Il oppose ainsi une question élémentaire portant sur la nature d’un document à une interrogation obligeant l’élève à utiliser celui-ci pour caractériser le régime de Vichy.
L’expression « inscrite dans le marbre » relève évidemment de la communication ministérielle. Juridiquement, cependant, il serait erroné de considérer ces dispositions comme de simples recommandations dépourvues de caractère contraignant au motif qu’elles figurent dans une note de service. En droit administratif, c’est le contenu de l’acte, et non son intitulé, qui importe. Le Conseil d’État considère que les notes, circulaires ou instructions présentant un caractère impératif et susceptibles de produire des effets notables peuvent faire l’objet d’un recours devant le juge administratif. La jurisprudence est même particulièrement éclairante concernant les examens. Dans une décision du 11 juin 2004 relative aux TPE au baccalauréat, le Conseil d’État a jugé que le ministre avait légalement pu prendre sous forme de note de service des dispositions relatives aux modalités d’évaluation qu’il était habilité à fixer.
Les formulations employées ici ne sont d’ailleurs pas facultatives : les correcteurs doivent prendre en compte les critères définis et, en HGGSP, une copie répondant aux critères de défaillance générale « ne peut avoir la moyenne ». Pour les enseignants appelés à corriger les examens, il s’agit donc bien de règles à appliquer à partir de la session 2027.
3. L’analyse des Clionautes : sanctionner davantage ne suffira pas
Les Clionautes accueillent favorablement le principe d’un renforcement des exigences concernant la maîtrise de la langue.
Les professeurs d’histoire-géographie n’ont évidemment pas attendu 2026 pour prendre en considération la qualité de l’expression dans leurs corrections. Une argumentation incompréhensible, un vocabulaire impropre ou une syntaxe très défaillante affectent nécessairement la capacité d’un élève à restituer des connaissances et à construire un raisonnement historique ou géographique.
La nouveauté tient davantage à la formalisation et à l’ampleur de cette exigence. Là où la qualité de la langue pouvait auparavant conduire à retirer quelques points, les nouveaux textes établissent, pour les épreuves les plus rédactionnelles, un véritable seuil minimal de maîtrise de l’écrit.
Cette évolution peut avoir un effet utile sur une première catégorie d’élèves : ceux qui disposent des compétences nécessaires mais négligent la qualité de leur expression. Pour de bons ou très bons élèves, la perspective d’une conséquence désormais clairement identifiée dans la notation peut contribuer à restaurer une vigilance sur l’orthographe, la syntaxe, le vocabulaire et la construction des réponses.
Mais cette réponse ne peut suffire.
Une partie des élèves ne commet pas des erreurs par simple négligence. Les difficultés observées peuvent résulter d’un vocabulaire insuffisant, d’une faible pratique de la lecture, d’une maîtrise fragile de la grammaire et de difficultés profondes à construire une phrase ou à organiser une pensée écrite. Pour ces élèves, le renforcement de la sanction ne constitue pas en lui-même une politique pédagogique.
Les résultats de PISA 2025 renforcent cette interrogation. En France, les performances en compréhension de l’écrit ont encore diminué par rapport à 2022 et comptent parmi les plus faibles enregistrées depuis le début de l’enquête ; la proportion d’élèves situés sous le niveau 2 a progressé de onze points depuis 2015. PISA n’évalue certes pas directement l’orthographe ou la conjugaison : ces résultats ne doivent donc pas être confondus avec une mesure de la correction de la langue écrite. Ils témoignent néanmoins de difficultés croissantes dans la maîtrise de l’écrit au sens large.
Pour les Clionautes, le renforcement de l’exigence aux examens peut donc constituer une première étape, mais certainement pas une politique complète. Il doit nécessairement être accompagné d’un travail de fond : davantage de lecture, davantage d’écriture dans toutes les disciplines, un enseignement explicite du vocabulaire, une reprise régulière des erreurs et de véritables dispositifs de remédiation.
Sanctionner une compétence insuffisamment maîtrisée peut rendre l’exigence visible. Faire progresser les élèves suppose encore de leur donner les moyens de l’atteindre.
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, cette question s’inscrira nécessairement dans un débat plus large sur le bilan des politiques éducatives conduites depuis près de dix ans. Le nouveau dispositif constitue une réponse au diagnostic posé aujourd’hui par le ministère ; il restera à apprécier si les moyens pédagogiques permettant de répondre aux difficultés qu’il identifie suivront effectivement.





