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Migration et déplacement, un enjeu géopolitique mondial ?

Intervenants :

  • Fatou Elise Ba (IRIS) : Responsable du programme Humanitaire et Développement, spécialisée en droits humains, plaidoyer humanitaire et influence des politiques publiques.
  • Gaëtan Gorce : Administrateur civil et membre honoraire du Parlement.
  • Catherine Wihtol de Wenden : Politiste, juriste de formation, directrice de recherche émérite au CNRS.
  • Niandou Touré : Sociologue, rédacteur en chef de Migrations Société, enseignant-chercheur à l’Université des sciences juridiques et politiques de Bamako.
  • Annick Suzor-Weiner : Professeure émérite à l’Université Paris-Sud/Paris-Saclay, ancienne de l’UNESCO et de l’AUF.
  • Nathalie Godard : Directrice de l’action à Amnesty International France, diplômée de Sciences Po, juriste en droit international des droits humains.

Lors de la conférence Géopolitiques de Nantes, animée par Fatou Elise Ba, les intervenants se sont penchés sur la question des migrations mondiales, un enjeu géopolitique croissant. Fatou Elise Ba a introduit le sujet en soulignant la dégradation du contexte humanitaire mondial, aggravée par les crises politiques, le réchauffement climatique, et d’autres facteurs. Plus de 110 millions de personnes sont actuellement déplacées dans le monde, un chiffre qui témoigne de l’ampleur du phénomène migratoire et de ses répercussions sur les pays de départ et d’accueil. Elle a donné une définition simple de la migration, perçue comme le fait de ne pas vivre dans son pays d’origine, et a insisté sur l’évolution constante des modes de migration, qui oblige les États à s’adapter dans un contexte d’instabilité.

La remise en question des idées reçues sur la migration

Gaëtan Gorce a pris la parole pour remettre en cause l’idée de « submersion » migratoire en Europe. Il a contesté les perceptions d’une immigration excessive, affirmant que la croissance démographique en Europe est davantage due au vieillissement de la population qu’à l’immigration. Avec 700 000 migrants accueillis chaque année dans les pays de l’OCDE pour une population de 450 millions d’habitants en Europe, il n’y a pas de « submersion ». Il a mis en avant la manipulation des peurs par certains partis politiques, soulignant que la montée de l’extrême droite (25 % des députés européens) est en partie due à ces représentations. Pour Gorce, l’immigration occupe une place disproportionnée dans les débats nationaux et européens.

Catherine Wihtol de Wenden a ensuite abordé la question sous l’angle de la dialectique Nord-Sud, en relativisant l’impact des migrations vers les pays développés. Selon elle, seulement un tiers des migrants s’installent dans ces pays. La majorité des flux migratoires se produisent au sein des pays du Sud, avec une forte migration interne en Afrique souvent ignorée par les observateurs occidentaux. Elle a également souligné que la moitié des migrants climatiques effectuent des déplacements internes, contribuant à l’aggravation des crises dans ces régions. Bien que 50 pays africains ne disposent d’aucune convention spécifique sur les migrants, ces derniers sont généralement tolérés et la mobilité intra-africaine contribue à l’économie locale en tant que main-d’œuvre.

Causes des migrations et gestion des flux

Relançant le débat, Fatou Elise Ba a interrogé les intervenants sur les causes des migrations et leur évolution. Niandou Touré a poursuivi en déconstruisant l’idée de « submersion » à l’aide de statistiques, et a critiqué l’instrumentalisation de l’image des migrants dans le but de justifier des mesures restrictives. Il a insisté sur la distinction entre migrants économiques et réfugiés, rappelant que les réfugiés sont souvent mieux acceptés socialement car leurs déplacements sont contraints. Il a illustré son propos avec la route migratoire du Darién, un exemple de la « barriérisation » des flux migratoires.

Annick Suzor-Weiner a ensuite élargi la définition du terme « migrant », en soulignant que ce terme est souvent connoté négativement lorsqu’il est utilisé pour désigner des personnes non-occidentales. Elle a relevé l’injustice dans les perceptions, citant l’exemple d’un Américain venant en France, rarement qualifié de « migrant ». Son intervention s’est toutefois éloignée du sujet principal pour traiter des activités de son association d’accueil d’étudiants.

Droits des migrants : entre crises et contradictions

En conclusion, Fatou Elise Ba a recentré la discussion sur les droits des migrants, abordant les nombreuses limites auxquelles ces derniers sont confrontés. Nathalie Godard a structuré son intervention autour de trois crises majeures : la crise de l’accès aux territoires, la crise de la gestion des frontières, et la crise du droit. Elle a illustré son propos avec le cas des femmes afghanes, qui ont théoriquement droit à l’asile en France, mais ne peuvent entrer sur le territoire faute de visas. Elle a critiqué la gestion française de l’immigration, centrée sur une approche sécuritaire plutôt que sociale, et dénoncé les contradictions des politiques européennes qui ferment leurs portes aux migrants tout en admettant le droit d’asile.

Conclusion

Cette table ronde a permis de mettre en lumière les complexités liées à la gestion des flux migratoires, notamment en Europe. Tous les intervenants ont convenu que la migration est un enjeu géopolitique majeur, mais que son importance dans les débats politiques européens est exagérée, loin de refléter une situation de « submersion ».


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