À un mois des élections de mi-mandat, tout semble annoncer une vague bleue. La flambée des carburants pèse sur les ménages américains. La guerre contre l’Iran est impopulaire. Pourtant, au Palais Neptune, les quatre spécialistes réunis par Marie-Caroline Debray ont surtout parlé d’autre chose. Le 3 novembre dira qui tient les clés de la maison. Il ne dira pas comment la reconstruire. Thibault Muzergues a décrit Donald Trump en homme qui ouvre une porte, lance une grenade et passe à la pièce suivante. Démocrates et républicains se disputent désormais l’héritage. Aucun ne promet la maison d’avant.
Le plateau
Marie-Caroline Debray, directrice des affaires publiques et du développement stratégique de l’Institut FMES (modération)
Thibault Muzergues, directeur politique de Shared Ground
Célia Belin, senior policy fellow à l’ECFR, directrice du bureau parisien
Karin von Hippel, ancienne directrice du RUSI (2015-2024), présidente du pôle défense et sécurité d’Arden Strategies
Katja Greeson, directrice adjointe et directrice du programme transatlantique de l’Aspen Institute Allemagne
Ce compte rendu paraît avant le scrutin du 3 novembre 2026. Les propos rapportés datent du 8 octobre. Les scénarios des intervenants restent des pronostics. Karin von Hippel et Katja Greeson se sont exprimées en anglais : leurs propos sont traduits par nos soins.

La vague et la montagne
L’an dernier, dans la salle Colbert, Marie-Caroline Debray animait déjà avec passion et compétence une table ronde consacrée aux États-Unis. Notre compte rendu concluait à une transformation structurelle du pays, dont Donald Trump était l’accélérateur autant que le symptôme. Un an plus tard, la question a changé d’échelle. On ne se demande plus seulement ce que Trump fait à l’Amérique. Nous en sommes à nous demander ce qui restera après lui.
La modératrice a posé le décor d’emblée. Le contexte économique est défavorable au président. La hausse record des prix du carburant entame le pouvoir d’achat des ménages, et elle découle directement de la guerre au Moyen-Orient. Selon elle, Donald Trump a d’ailleurs laissé entendre qu’il traiterait ce dossier après les midterms. S’ajoute une constante historique : les élections de mi-mandat tournent presque toujours au désavantage du pouvoir en place. Cette année, les sondages placent le président au plus bas.
Elle a aussi fixé une règle : ne pas essentialiser l’Amérique. Les deux partis ne sont pas des blocs. Le panel s’y est tenu. En ces temps de tumulte franco-français, ou la nuance ne fait pas bonne presse, ceci fait du bien.
Le républicain de service
Thibault Muzergues a accepté le rôle ingrat. Il s’est présenté en « républicain de service », chargé non pas de relayer la propagande MAGA, disponible sur les réseaux sociaux, mais de ramener chacun sur terre. Il a d’ailleurs estimé, en souriant, que la salle devait être aux quatre cinquièmes acquise aux démocrates.
Il ne nie pas la dynamique, extrêmement favorable aux démocrates, même si la Bourse de New York est à son plus haut historique et le chômage très bas. Il a surtout signalé un facteur que l’on voit peu depuis la France. L’intelligence artificielle et ses data centers suscitent une réaction épidermique au niveau local. Cette colère rejoint le récit construit depuis deux ans par les démocrates contre ce qu’ils appellent l’oligarchie de la tech. Nous y reviendrons.
Puis vient la mise en garde. Vingt-cinq ans de campagnes lui ont appris que les surprises sont la règle. Il a cité le premier tour brésilien, quelques jours plus tôt : tout le monde attendait Lula en tête, et c’est un Bolsonaro qui l’a devancé. Rappelons que le 4 octobre, Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président, a obtenu 47 % des voix contre 45 % pour Lula. Ces surprises, ajoute-t-il, profitent généralement à la droite. En l’occurence Lula vient de renverser la table …
Il a pris soin de préciser d’où il parlait. Licencié l’an dernier de l’International Republican Institute, du fait, dit-il, d’Elon Musk, il n’a aucun intérêt à prétendre que le Parti républicain se porte bien.
Son argument tient à la mémoire courte des récits électoraux. Il y a quatre ans, les républicains annonçaient une vague rouge. Ils ont pris la Chambre, pas le Sénat. Il y a huit ans, les démocrates tenaient le même discours et obtenaient le même résultat. Or des attentes trop hautes fabriquent de la frustration. Thibault Muzergues s’est alors offert une imitation de Donald Trump arrivant en conférence de presse à la Maison-Blanche au lendemain d’un résultat démocrate en demi-teinte. L’amphithéâtre a ri. La leçon était sérieuse : « Une demi-défaite est toujours une demi-victoire pour lui. » C’est, selon lui, toute la carrière de Donald Trump.
Une Chambre verrouillée
Première raison de se méfier : la Chambre des représentants. Elle est entièrement renouvelée, et un Français imagine volontiers un raz-de-marée à la manière des législatives de 2017, emportant des carrières entières. Ce ne sera pas le cas. Le découpage électoral, le gerrymandering, verrouille la plupart des sièges. Selon Thibault Muzergues, 80 % des élections sont en réalité jouées dès les primaires de l’été. Une vague bleue ne donnera donc pas aux démocrates une majorité extraordinaire.
Repère : le gerrymandering
Le mot associe le nom d’Elbridge Gerry, gouverneur du Massachusetts, et celui de la salamandre (salamander). En février 1812, Gerry signe une loi qui redessine les circonscriptions sénatoriales de l’État au profit de son parti. L’une d’elles a une forme si tourmentée qu’un journal de Boston la caricature en monstre, en mars 1812. Le procédé consiste à concentrer ou disperser les électeurs adverses pour transformer un rapport de voix en rapport de sièges. Il est revenu au premier plan en 2025 : le Texas a redécoupé ses circonscriptions en cours de décennie pour gagner cinq sièges républicains, et la Californie a répliqué le 4 novembre 2025 en adoptant par référendum la Proposition 50, avec près de 64 % des voix. Le parcours lycéen proposé pendant les Rencontres consacrait un panneau à ce mécanisme.
Un Sénat à quatre sièges près
Deuxième raison : le Sénat. Les républicains y détiennent 53 sièges sur 100. Un tiers seulement de la chambre est renouvelé. En cas d’égalité, le vice-président JD Vance départage. Pour l’emporter, les démocrates doivent donc conserver tous leurs sièges et en gagner quatre. Il y a un an, l’affaire paraissait hors de portée. Elle est aujourd’hui faisable, mais la fenêtre est très étroite.
Thibault Muzergues a dressé la carte de cette fenêtre. Cinq États, dont les démocrates doivent gagner quatre : deux dans le Midwest, l’Iowa et l’Ohio, un en Nouvelle-Angleterre, le Maine, et deux surprises. Le Texas d’abord, où les républicains auraient fait, dit-il, un très mauvais choix de candidat. L’Alaska ensuite. Précisons que le candidat républicain au Texas est Ken Paxton, vainqueur de la primaire face au sortant John Cornyn, et qu’il affronte le démocrate James Talarico. Précisons aussi que le Maine fait exception dans cette liste d’États trumpistes : Kamala Harris l’avait emporté en 2024 à l’échelle de l’État. Enfin, la Caroline du Nord, où le siège républicain est vacant, figure également parmi les principales cibles démocrates.
Les sondages sont favorables aux démocrates. L’écart moyen n’y dépasse pourtant guère trois points. En un mois, tout peut arriver. Thibault Muzergues a choisi un exemple d’une précision réjouissante. En Alaska, le prix du diesel pèse sur les pêcheurs. S’ils restent chez eux au lieu d’aller voter démocrate, le sortant républicain Dan Sullivan sauve son siège. Chaque scrutin est à la fois une affaire nationale et un duel local entre deux personnalités. Cela rend les résultats aléatoires. La dynamique est réelle, conclut-il, mais les démocrates ont une montagne à gravir.
Ce que les sondages ne voient pas
Marie-Caroline Debray a ajouté une nuance que les enseignants apprécieront. Plusieurs études montrent que les électeurs démocrates répondent plus volontiers aux sondeurs que les électeurs républicains. Ce biais de non-réponse peut flatter les démocrates dans la mesure du « pouls » national.
Karin von Hippel a pointé un autre angle mort, celui du calendrier. Le vote anticipé a commencé en septembre et en octobre dans plus de quarante États, selon elle. Une bonne partie des électeurs aura donc voté avant le 3 novembre. Toute la pression exercée par Donald Trump pour mettre fin à la guerre en Iran et faire baisser le prix du pétrole et du diesel arriverait trop tard. Les Iraniens le savent, estime-t-elle, et jouent la montre à dessein.
Katja Greeson, prudente sur les sondages depuis 2016, relève d’autres signaux. Les républicains déplacent des moyens de Caroline du Nord vers un autre État qu’ils croyaient acquis, vraisemblablement le Kansas. Rappelons que le Kansas venait, le 5 octobre, d’entrer pour la première fois dans la liste des sièges sénatoriaux les plus susceptibles de basculer établie par CNN. Elle note aussi une discipline inhabituelle chez les démocrates, restés obstinément concentrés sur le coût de la vie.
Gagner contre Trump, gouverner sans la Maison-Blanche
Supposons la victoire acquise. Que pourraient en faire les démocrates ? Marie-Caroline Debray a posé la question à Katja Greeson : le vote sanction peut-il devenir une vision commune ?
L’ancienne directrice marketing du Comité national démocrate se montre sceptique. Même victorieux, les démocrates n’auront pas la Maison-Blanche. Leurs majorités seront étroites. Ils ne pourront donc pas produire de politiques publiques. Leur vrai pouvoir sera de freiner.
Elle en a détaillé les instruments. Le budget d’abord : le Congrès tient les cordons de la bourse et pourra arracher des concessions en retardant les crédits. Les nominations ensuite. Un Sénat démocrate pourrait bloquer les choix présidentiels, y compris pour la Cour suprême, où un juge pourrait bientôt partir. Elle pense sans doute au juge Samuel Alito. Rappelons que celui-ci a déclaré en août qu’il resterait au moins une session de plus.
Viennent ensuite le blocage des textes républicains, même si Donald Trump gouverne surtout par décrets, et enfin le contrôle : enquêtes, auditions, voire mise en accusation.
Or le parti n’a pas de stratégie commune pour s’en servir. Un shutdown est impopulaire, et le parti qui le provoque en paie généralement le prix. La procédure d’impeachment est un risque plus grand encore. Des voix la réclament. Katja Greeson ne croit pas que les électeurs veuillent deux ans de procédure. Ils ne votent pas pour cela en novembre. Son diagnostic tient en deux phrases : « Ils gagnent cette élection parce qu’ils sont le parti anti-Trump. Ce n’est pas parce que les démocrates sont très populaires. » Le défi sera de convaincre d’ici 2028 qu’une fois au pouvoir, ils savent quoi en faire.
Karin von Hippel partage ce réalisme. Avec une majorité simple, les démocrates bloqueront les financements et tenteront de gripper la machine. La stratégie présidentielle du « tout, tout de suite », faite pour saturer l’attention, en deviendrait plus difficile. Elle rappelle que Donald Trump avait promis de ne pas entraîner les Américains dans une guerre étrangère. Il a, selon elle, bombardé cinq ou six pays depuis.
Un Congrès sous soupçon
Une question du public a ouvert une autre hypothèse : celle d’une contestation du scrutin. La réponse est venue d’une intervenante francophone de Célia Belin. Pour elle, Donald Trump a déjà installé un brouillard. Il a annoncé des fraudes massives dans le vote par correspondance. Il a lancé des enquêtes sur certains bureaux de vote. Le but ne serait plus de voler l’élection, un fantasme selon elle. Il s’agirait plutôt de faire apparaître un Congrès démocrate comme mal élu, peu fiable, illégitime.
L’enjeu se révèle en janvier. Un Congrès démocrate voudra enquêter sur la corruption, les conflits d’intérêts et l’enrichissement personnel de l’entourage présidentiel, des faits pour la plupart avérés selon elle, qui méritent en tout cas enquête. Le soupçon semé avant le vote servirait à entraver ce travail. La bataille ne porterait donc pas sur le résultat. Elle porterait sur la légitimité de ce qui suivra.
Révolution, rénovation, réveil : trois façons de reconstruire
Les démocrates ont-ils tiré les leçons de l’ère Trump ? La question adressée à Célia Belin visait juste. Après la défaite de Kamala Harris, le parti s’est replié. Il n’a pas su imposer une lecture dominante de ce qui s’était passé.
Le rapport d’autopsie commandé par le parti n’a rien arrangé. Selon Célia Belin, il insiste sur la sous-estimation des préoccupations économiques des électeurs, ainsi que sur la guerre à Gaza et la relation à Israël. Il ne dit rien, en revanche, de la décision très tardive de Joe Biden de renoncer à se représenter. Il n’aborde donc pas les dissensions internes. Rappelons que ce rapport de 192 pages a été publié en mai 2026 après des mois de retard. Une partie de la presse américaine a justement relevé que la version publiée ne mentionnait pas Gaza, alors que des fuites rapportées en février par Axios indiquaient que ses auteurs y voyaient une cause de la défaite.
La vision qui encadre tout
Faute de lecture commune, les courants se disputent l’interprétation de 2024, et plus profondément celle du trumpisme. Célia Belin en a retracé la genèse. En 2015, un ouragan débarque. Il fait d’abord rire, puis inquiète. Personne ne l’attend comme président. Il propose pourtant une rupture : la politique étrangère entre à l’intérieur des États-Unis. Trump parle de protectionnisme, parce que les emplois sont partis en Chine. Il parle de nationalisme, au nom d’intérêts américains étroits. Il parle d’immigration, avec des accents identitaires.
Cette vision a structuré les dix années suivantes. Joe Biden promettait de réparer l’Amérique, mais sa « politique étrangère pour la classe moyenne » prolongeait le protectionnisme. Puis Trump est revenu, avec la même vision décuplée. Il y a ajouté un angle civilisationnel : exporter America First en soutenant les partis dits patriotes à l’étranger. Trump 2, c’est Trump 1 « version 1000 », dit-elle, contradictions comprises, puisque le président des intérêts étroits fait la guerre en plusieurs endroits. S’y ajoutent la « domination énergétique » et le pari de l’IA à tout prix. Son constat est sans appel : « C’est toujours cette vision qui encadre les débats politiques actuellement aux États-Unis. »
Les démocrates doivent donc trancher trois questions. Faut-il poursuivre le repli sur les intérêts américains ? Le parti ne l’a pas vraiment remis en cause, et sa gauche tend à répondre oui. Faut-il restaurer la crédibilité américaine, les alliances, le multilatéralisme ? Les démocrates le souhaiteraient, mais n’en ont plus forcément les moyens. Que faire enfin de la Chine ? La grande compétition stratégique, très présente chez Biden, est contestée par beaucoup de démocrates qui ne veulent plus de cet esprit de confrontation. Les midterms, estime Célia Belin, ne seront que le début de la résolution.
Trois idéaux-types
Lors du deuxième tour de questions, la modératrice est revenue sur les travaux récents de Célia Belin. À l’ECFR, elle a cosigné en septembre une étude, Life of the party, fondée sur l’analyse de 42 campagnes et 63 candidats démocrates du cycle 2026. La grille habituelle oppose progressistes et modérés. Elle est juste, mais elle ne dit rien du temps long : que faire de l’Amérique si les démocrates reviennent au pouvoir ? Trois courants y répondent.
Les révolutionnaires jugent le système injuste par construction. Il concentre les richesses au sommet et favorise le capital contre les classes moyennes et populaires. Il faut donc des changements structurels, pas cosmétiques : couverture santé universelle, élargissement de la Cour suprême, limitation du nombre de mandats, lutte contre le gerrymandering. Beaucoup acceptent désormais l’étiquette socialiste. Longtemps toxique, associée aux communistes proches de l’URSS, elle désigne aujourd’hui l’idée que l’État peut réguler le capital, après quarante ans de soumission à ses injonctions, en gros depuis Reagan. Abdul El-Sayed, dans le Michigan, en est l’exemple : il place l’accès universel à la santé en tête de son programme. Rappelons qu’il a remporté de justesse la primaire du 4 août face à Haley Stevens, soutenue par l’aile centriste, et qu’il affronte le républicain Mike Rogers.
Les rénovateurs pensent que le système démocratique était bon, mais qu’il a été perverti par l’argent et les intérêts privés. Il ne sert plus les Américains. Ils veulent réformer le financement politique, combattre la corruption et la captation des ressources naturelles, remettre la classe moyenne au centre. On les trouve souvent en terrain conservateur. Célia Belin cite Jon Ossoff, sénateur de Géorgie candidat à sa réélection, et James Talarico au Texas, qui invoque une morale biblique contre la corruption et défend une régulation de l’IA. Précisons que Talarico, présenté comme pasteur, est un séminariste presbytérien qui se destine au ministère pastoral.
Les revivalistes, enfin, partisans d’un réveil institutionnel. La modératrice parlait de « restauration ». C’est le courant que les Européens connaissent le mieux, et c’est bien le problème, regrette Célia Belin, car il masque les deux autres. On le croise dans les couloirs de la Conférence de Munich et dans les réseaux transatlantiques. Pour lui, le système bipartisan fonctionnait. La polarisation, Trump et MAGA l’ont perverti. Il faut d’abord reprendre le pouvoir, puis reconstruire les institutions et revenir sur des décisions comme la suppression de l’USAID. Ce courant domine les instances dirigeantes du parti. Il est pourtant acculé par les deux autres. Tout l’enjeu des midterms, conclut-elle, est de voir qui gagne, avec quels arguments, et si un autre récit peut émerger d’ici 2028.
L’éclairage vaut aussi pour nous. Les Européens dialoguent avec les revivalistes. Ce sont peut-être les révolutionnaires ou les rénovateurs qui gouverneront demain.
Ce que diront les marges
Katja Greeson a prolongé l’analyse par une mise en garde de méthode. L’électorat des midterms est plus partisan et plus restreint que celui d’une présidentielle. Il faudra donc prendre les leçons du scrutin avec des pincettes.
Elle surveillera pourtant deux courses. Dans le Michigan, une victoire d’El-Sayed donnerait un élan considérable à l’aile progressiste avant 2028. Au Texas, une victoire de Talarico montrerait quel type de démocrate peut reconquérir des États ruraux et rouges. Elle a ajouté une observation fine sur les marges. Une majorité étroite donnerait le pouvoir à l’aile gauche, dont les voix deviendraient décisives à la Chambre. Une vague large, au contraire, ferait entrer des élus de circonscriptions modérées et tirerait le parti vers le centre. Le paradoxe mérite d’être retenu : plus la victoire serait éclatante, moins elle serait radicale.
L’an dernier, la table ronde se demandait s’il existait « un démocrate en face ». La réponse de 2026 est inattendue. Il y en a trois sortes, et elles ne veulent pas reconstruire la même maison.
Robespierre ou Thermidor
Côté républicain, la question posée à Thibault Muzergues était simple. Qu’est-ce qui unit les MAGA, les technolibertariens et les conservateurs traditionnels ? Et que redistribuerait un revers électoral ?
Il est revenu sur la cartographie du parti qu’il avait proposée l’an dernier, en trois familles. L’exercice reste approximatif, prévient-il, car beaucoup se situent entre deux. Il aide pourtant à comprendre.
La première famille est la sphère MAGA. Elle rassemble des gens longtemps cantonnés aux marges, que la personnalité de Trump a placés au centre du parti. On y trouve une extrême droite « entre guillemets » et des nationalistes chrétiens. Thibault Muzergues relève un fait qu’il juge fascinant, et qui fait peur au catholique qu’il est : les éléments les plus radicaux étaient autrefois protestants. Ce sont désormais des catholiques qui poussent le plus le parti à droite.
La deuxième famille réunit les technolibertariens. C’est une partie du monde de la tech, qui a rompu avec les démocrates au moment de la vague « woke » et s’est elle-même radicalisée. Peter Thiel, soutien de Trump dès 2016, en est une figure. Des idées plus inquiétantes y circulent, comme celles des Lumières sombres. Rappelons que ce courant, la Dark Enlightenment, désigne une pensée néoréactionnaire hostile à la démocratie libérale, associée notamment à Curtis Yarvin et Nick Land.
La troisième famille est celle d’où il vient : les républicains historiques, qui prennent Reagan pour modèle.
Le ciment et la fissure
Ce qui les unit pour l’instant, c’est Trump et sa politique. Vu de France, on le perçoit mal : Donald Trump réalise de vieilles promesses républicaines que personne n’avait tenues. La suppression du département de l’Éducation figurait dans le programme de Reagan en 1980. La fin de la protection fédérale du droit à l’avortement répond à une revendication portée par presque tous les candidats républicains, hors Nouvelle-Angleterre et grandes villes. Rappelons que la Cour suprême a renversé l’arrêt Roe v. Wade en juin 2022.
La fissure est venue de la guerre. La sphère MAGA est furieuse que Trump ait lancé la guerre en Iran. Des relents antisémites s’y font entendre. Thibault Muzergues observe qu’on trouve désormais de l’antisémitisme des deux côtés de l’échiquier, ce qui augure très mal de la relation future entre les États-Unis et Israël. Selon lui, l’accélération voulue par Benyamin Netanyahou tient aussi à cela : il sait que les Américains ne soutiendront pas Israël pour toujours.
La succession, déjà
Au lendemain du scrutin, tous les regards se tourneront vers 2028. Deux successeurs possibles se dessinent : Marco Rubio et JD Vance. Détail piquant, ce sont les deux membres du cabinet qui se sont opposés à la guerre en Iran, pour des raisons différentes. Rubio voulait s’occuper d’abord de Cuba. Vance défend une ligne isolationniste. Thibault Muzergues mentionne une troisième carte, un des fils du président, que celui-ci pourrait mettre en scène.
Car la nouveauté est là. En 2008 et en 2016, le président sortant ne se représentait pas et pesait peu sur sa succession. Cette fois, il jouera un rôle central. Il tient le parti politiquement. Il tient aussi le trésor de guerre et décide qui mérite d’être financé. Le nom qu’il choisira dira tout. S’il désigne Vance, ce sera un successeur MAGA, très influencé par la sphère chrétienne conservatrice, catholique notamment. Sinon, le parti penchera du côté traditionnel. Thibault Muzergues a résumé l’alternative d’une image : « On est en 1794 et vous avez le choix entre Robespierre et les thermidoriens. »
Même une défaite historique n’y changera rien : Donald Trump gardera la main pendant deux ans. Thibault Muzergues y voit la construction d’une dynastie politique, comme au Brésil. Pour les républicains, comme pour la droite française, la vraie question reste celle du patron.
Une certitude, qu’il formule à regret : le parti de Ronald Reagan ou de John McCain ne reviendra pas tel qu’il était. Le parti qui vient sera hostile à l’immigration et protectionniste pour un temps. Il promettra de ne pas se lancer dans des aventures extérieures, comme George W. Bush le promettait avant 2001. Mais la tentation d’appuyer sur le bouton sera sans doute trop forte.
Quant à un troisième mandat de Donald Trump, Thibault Muzergues n’y croit pas une seconde. Il n’y aura pas de majorité pour changer la Constitution. La Cour suprême ne l’y aidera pas davantage. Les juges nommés par Trump l’ont contredit sur plusieurs dossiers ces deux dernières années. Surtout, leur lecture de la Constitution est originaliste : le texte doit être lu tel qu’il a été écrit. Et le texte limite clairement le nombre de mandats.
Repère : changer la Constitution
Le 22e amendement, ratifié en 1951, interdit d’être élu plus de deux fois à la présidence. Pour l’abroger, l’article V de la Constitution exige un vote des deux tiers de chaque chambre du Congrès, puis la ratification par les trois quarts des États, soit 38 sur 50. Le seuil est bien plus élevé que les « 60/40 » évoqués à la tribune.
Data centers contre oligarques
Le thème était annoncé dès le programme : quelle influence pour les géants de la tech ? Il est revenu par une question du public, fort à propos. Les oligarques de la tech peuvent-ils peser sur les midterms, comme ils pèsent sur le référendum californien de la Proposition 40 ? Rappelons que cette proposition, soumise aux électeurs le 3 novembre, instaurerait un impôt exceptionnel de 5 % sur le patrimoine des milliardaires résidant en Californie. Des figures de la Silicon Valley financent sa contestation, à l’image du cofondateur de Google Sergey Brin, qui a soutenu des contre-propositions destinées à la neutraliser. Marie-Caroline Debray a rappelé que la tech soutient aussi une Bourse florissante. Son pouvoir est donc réel.
Le grand basculement
Pour Célia Belin, l’influence de la tech n’est ni ponctuelle ni à venir. Elle est déjà là, par les instruments qu’elle a créés : les réseaux sociaux hier, l’IA aujourd’hui, qui transforme nos façons de nous informer et de penser.
Le rôle actif de la tech date, lui, de 2023 et surtout de 2024. La Silicon Valley a changé de camp. Des grands financeurs puis Elon Musk, un peu plus tôt, ont quitté le giron démocrate où les plaçait une Californie libérale. Ils ont jugé que seul le camp républicain leur laisserait la liberté de créer. D’où ces patrons de la tech entourant Donald Trump le jour de son investiture.
Trump les récompense. Il investit massivement et résiste à toute régulation de l’IA, alors même que certains, dans le monde de la tech, la réclament. Les investissements se comptent en centaines de milliards de dollars par an. L’économie gronde, adossée à la « domination énergétique », et l’Europe décroche complètement. Cette économie est pourtant profondément inégalitaire. Beaucoup d’Américains pauvres y adhèrent, comme si l’Amérique vivait son propre rêve américain.
La tech se divise désormais sur la régulation. Célia Belin avoue ne pas savoir s’il s’agit d’une peur sincère de son propre modèle ou d’une stratégie : réguler pour fermer la porte aux concurrents plus petits. En attendant, l’administration reste du côté de l’investissement et de la liberté. Les financements de campagne suivent.
Washington, nouvelle Silicon Valley
Thibault Muzergues a complété le tableau. Avant 2024, la Silicon Valley vivait de l’autre côté du continent, avec une devise implicite : fichez-nous la paix et nous vous la ficherons. La crise « woke » des années 2020 à 2023 a changé la donne pour une partie de la tech, Musk en tête. Celle-ci a décidé qu’il fallait aller à Washington. L’autre partie est restée fidèle aux démocrates.
Aujourd’hui, les barons de la tech financent un écosystème technolibertarien à Washington, avec ses cercles de réflexion. Il cite la Foundation for American Innovation, version fréquentable avec laquelle on peut dialoguer. Leurs intérêts restent pourtant opaques. Quand on vous annonce que l’IA va tous nous tuer dans dix ans, puis que la probabilité se réduit à une chance sur dix, faut-il y voir une peur sincère, nourrie de science-fiction ? Ou la recherche d’une régulation qui assure le monopole ? Le débat, dit-il, sera tranché par les électeurs.
La révolte des campagnes
Car la vraie réaction vient d’en bas. Les data centers coûtent cher à construire et à entretenir. Ils consomment beaucoup d’eau, beaucoup d’électricité, ou les deux. Ce sont généralement des ruraux qui les subissent. Le mouvement d’opposition est très fort. Même Greg Abbott, gouverneur républicain du Texas, a décrété un moratoire. Précisons que le 3 août 2026, il a ordonné de suspendre le raccordement de nouveaux data centers au réseau électrique texan, le temps d’un audit de leur consommation d’eau et d’énergie, et que Donald Trump a critiqué cette décision. Les élus se retrouvent pris entre une influence croissante et une réaction populaire très hostile.
Katja Greeson en a tiré la conséquence électorale. L’IA devient un handicap pour les républicains, ce qu’elle n’était pas il y a deux ans. Elle touche au coût de la vie et à la qualité de vie. Et l’on ne peut pas à la fois défendre l’IA et admettre qu’elle a une chance sur dix de détruire l’humanité. Les deux discours ne vont pas ensemble.
On retrouve ici les rénovateurs de Célia Belin. Leur combat contre la captation des institutions par l’argent trouve dans les data centers un terrain concret, local et transpartisan.
Après les grenades : une puissance qui se recalibre
Le troisième tour de questions portait sur la politique étrangère. Marie-Caroline Debray a demandé à Karin von Hippel quelles trajectoires prendrait un président affaibli. Le début de sa réponse manque dans notre transcription. La suite est sévère.
Selon elle, Donald Trump ne lit même pas sa propre stratégie. Il se voit en politicien instinctif. Même quand il a une stratégie, il n’y croit pas. Sur l’Iran, elle ne voit pas d’issue proche : tant que le régime tiendra, il gardera la main sur le détroit d’Ormuz.
Deux buts contre son camp
Karin von Hippel reproche à Donald Trump deux erreurs majeures, deux « buts contre son camp ». La première est d’avoir fait du détroit d’Ormuz une arme. D’autres y avaient pensé sans jamais l’essayer. Désormais, des acteurs non étatiques comme les Houthis au Yémen adoptent la même stratégie en mer Rouge. Ailleurs dans le monde, d’autres y réfléchissent. Cela ne serait pas arrivé sans ce précédent.
La seconde concerne la Chine. Donald Trump a imposé des droits de douane de plus de 150 %, selon elle. Pékin a répondu en coupant l’accès aux terres rares, dont la Chine domine la production mondiale. En une semaine environ, des constructeurs automobiles américains ne pouvaient plus produire, et Trump a reculé très vite. Rappelons qu’en avril 2025, les droits de douane américains sur les produits chinois ont atteint 145 %, que Pékin a soumis à licence l’exportation de terres rares le 4 avril, et que Ford a dû suspendre en mai la production de l’Explorer dans son usine de Chicago. La Chine sait désormais qu’elle a une carte dans sa poche.
Le constat est lourd : « Trump a en réalité fondamentalement changé la géopolitique internationale, au détriment des États-Unis pour les années à venir. » D’autres pays se demandent maintenant ce qu’ils pourraient contrôler, et en faire une arme.
Ses conseillers et les militaires avaient pourtant anticipé le blocage d’Ormuz. Karin von Hippel rapporte la réponse du président : regardez ce que j’ai fait au Venezuela, vingt-quatre heures, et le dirigeant a été sorti du pays. Rappelons que le 3 janvier 2026, une opération militaire américaine a capturé Nicolás Maduro à Caracas. Excès de confiance, juge-t-elle. Il faut s’attendre à d’autres initiatives destinées à distraire l’opinion, car tout président en difficulté chez lui se tourne vers l’extérieur. Une victoire démocrate dans les deux chambres permettrait de le tempérer. Et ce qui se passe aux États-Unis touche tout le monde, à commencer par les Européens présents dans la salle.
Les droits de douane, une arme à demeure
Une question du public a prolongé le débat : faut-il s’habituer à la guerre des droits de douane, même après Trump ? Thibault Muzergues a répondu oui, en assumant la contradiction. Les droits de douane sont devenus une arme comme les sanctions.
Il en a donné la raison profonde. Républicains et, pense-t-il, démocrates ont pris acte d’un monde différent. L’Amérique se trouve comme au lendemain du Vietnam. La projection de puissance de la guerre froide ne peut plus durer. C’est un moment de recalibrage. Il y a des débats, mais la direction est bien moins conflictuelle qu’on ne le croit. Katja Greeson a nuancé : les droits de douane viseraient surtout des pays non alliés.
Consensus et désaccord
Interrogé sur les traits de ce recalibrage, Thibault Muzergues a d’abord rappelé que les deux partis se recomposent. La typologie de Célia Belin s’applique de part et d’autre. Sur Israël, par exemple, l’extrême droite républicaine et l’extrême gauche démocrate se rejoignent, pour des raisons différentes.
Il a ensuite distingué les consensus. Le premier porte sur la Chine, défi le plus dur à relever, d’autant que la crise des droits de douane a révélé une vraie vulnérabilité. D’où la course aux terres rares, de l’Ukraine à l’Argentine en passant par le Brésil. Le second porte sur la nécessité d’en finir avec les guerres au Moyen-Orient.
Il a reconstitué ce qu’il imagine du raisonnement présidentiel sur l’Iran. Benyamin Netanyahou répétait que l’Iran était à genoux, après des manifestations monstres et des frappes israéliennes d’une précision inattendue. Donald Trump y a vu une occasion de changement de régime, sur le modèle vénézuélien. Beaucoup s’en seraient accommodés, pense Thibault Muzergues, y compris dans le monde arabe. Puis viendrait le moment « Mission accomplie », à la manière de George W. Bush en 2003 : on s’en va et on laisse aux alliés le soin de réorganiser la région. Cela se fera, dit-il, mais pas dans les circonstances voulues.
L’Europe ? La volonté de désengagement est partagée par les démocrates comme par les républicains. Ce désengagement ne sera pas complet. Du côté MAGA, on veut même refaire la carte politique de l’Europe à l’image du mouvement. Mais la réalité géopolitique est là : l’Europe compte beaucoup moins pour les grandes puissances qu’il y a cinquante ou cent ans. « Ça, c’est notre problème », a-t-il lancé. Quelques heures plus tôt, dans le même amphithéâtre, l’amiral Pierre Vandier résumait la posture américaine d’une autre formule, « moins de présence, plus de contrôle ». Les deux constats se rejoignent.
Le seul vrai désaccord porte sur l’Amérique latine. Les démocrates s’en désintéressent. La sphère MAGA s’y investit énormément. À Miami, Thibault Muzergues a rencontré des responsables du centre droit latino-américain ravis de ce qui s’était passé au Venezuela, et même du désengagement américain de l’OTAN, qui leur vaudrait plus d’attention. L’intérêt tient aux ressources, dont il faudra s’assurer le contrôle. Il a donné sur ce point partiellement raison à Jean-Marc Jancovici, entendu la veille. Les démocrates finiront par y venir. Vous ne vous intéressez peut-être pas à la guerre, a-t-il paraphrasé, mais la guerre s’intéresse à vous.
Enfin, il a remis les pendules à l’heure : le pivot vers le Pacifique, ce n’est pas Trump, c’est Obama. Dès les années 2000, sous George W. Bush, certains estimaient la mission accomplie en Europe. Trump n’a fait qu’accélérer une tendance, avec le style qui le caractérise. Rappelons que ce « pivot » vers l’Asie a été formalisé en 2011 par l’administration Obama.
La sauce spéciale et la maison
Karin von Hippel a tenu à se dire d’accord. Beaucoup de Vénézuéliens se sont réjouis de la chute de Maduro. Il y a, chez ce président brutal, des instincts qui portent. À Gaza, il a obtenu un premier cessez-le-feu, rompu depuis, et le retour des otages, ce que d’autres n’avaient pas su faire. Il a une « sauce spéciale » : il sait amener les gens à la table. Le problème, c’est qu’il ne suit pas les dossiers. En Ukraine, d’où elle revenait, la situation ne fait qu’empirer.
C’est alors que Thibault Muzergues a proposé l’image qui résume la table ronde. Pour expliquer Trump à vos proches, dit-il, imaginez un homme qui entre dans une maison avec plein de grenades. Il ouvre une porte, lance une grenade, referme. Il attend trois secondes et regarde ce qui s’est passé. Puis il passe à la pièce suivante. Sa stratégie est une stratégie de destruction d’un système qui, selon lui, ne fonctionne pas comme il le devrait. L’entreprise est violente. Et ensuite, « il laisse le soin aux autres de reconstruire ».
Qui reconstruira, et comment ? Karin von Hippel a donné une piste en fin de séance. Des réflexions sont en cours sur l’après. Rien ne garantit qu’elles seront entendues. Mais il ne faut pas recréer ce qui fonctionnait mal, l’USAID comprise, ni un département d’État devenu énorme et peu performant. Il faut se demander où l’on en est dans le monde, et de quels outils on aura besoin pour les défis des dix prochaines années. Autrement dit, ne pas restaurer. Les revivalistes de Célia Belin sont prévenus.
Le balancier et la maison
La dernière question du public était la bonne. Les États-Unis se transforment-ils durablement, ou ces élections révèlent-elles surtout leurs divisions ? Thibault Muzergues a répondu : les deux. Les États-Unis changent constamment, et tout Européen qui arrive à New York est fasciné par ce dynamisme. Le pays est aussi profondément divisé, comme il l’a toujours été, jusqu’à la guerre civile. Son système politique est fait, par la Constitution même, pour ne pas fonctionner. D’où les frustrations.
Il a ajouté une loi du balancier. Chaque camp annonce à son tour une majorité durable. Il l’a entendu chez les démocrates il y a huit ans, chez les républicains dans les années 2000. Si ce n’est pas cette fois, ce sera la fois d’après : la coalition trumpiste s’effondrera, les démocrates auront un boulevard, puis le perdront à leur tour. C’est ainsi que les États-Unis avancent.
Le balancier rassure. Il ne dit pas tout. L’alternance reviendra, sans doute plus tôt que tard. La maison d’avant, non. Le diagnostic de l’an dernier en sort confirmé, puis déplacé. Trump reste l’accélérateur d’une tendance longue : le pivot vers le Pacifique date d’Obama, le protectionnisme a traversé la présidence Biden. Mais l’image du symptôme ne suffit plus. Les grenades produisent leurs propres effets, et certains sont irréversibles, comme le précédent d’Ormuz ou la carte chinoise des terres rares. Surtout, le cadre trumpiste s’est imposé à ses adversaires mêmes. Personne, sur ce plateau, n’a annoncé la fin d’America First ni celle des droits de douane comme arme.
Le 3 novembre dira qui tiendra les clés pendant deux ans. Il ne tranchera pas la querelle de l’héritage, qui s’ouvre à droite comme à gauche. Et il ne dispensera pas les Européens de leur propre chantier. « Ça, c’est notre problème. » La formule de Thibault Muzergues valait pour l’Europe. Elle pourrait servir de leçon à toute la journée.
Pistes pour la classe
C’est assez difficile, mais il existes des ponts possibles.
HGGSP Première, thème 1 « Comprendre un régime politique : la démocratie », axe 2 « Avancées et reculs des démocraties ». Notions : alternance, contre-pouvoirs, découpage électoral. Question : un découpage électoral peut-il fausser la représentation sans enfreindre la loi ?
EMC Terminale, thème « La vie démocratique : débat, délibération et prise de décision », notion « Opinion publique ». À partir du biais de non-réponse évoqué par la modératrice : les sondages mesurent-ils l’opinion ou contribuent-ils à la produire ?
Prolongements : le panneau consacré au gerrymandering dans le parcours lycéen des Rencontres, et le documentaire États-Unis : une élection sous IA analysé sur Clio Ciné.





