Comment expliquer la dégradation de l’image du Hezbollah et quels en sont les conséquences ?
Karim Émile Bitar
Il y a un sentiment de répétition des événements depuis l’invasion Israélienne de 1978 puis de 1982. Le Hezbollah est un Etat au-dessus d’un non Etat avec un Liban qui n’a pas su s’imposer. Il est caractérisé par une idéologie théologique extrémiste, il est bien plus dangereux que l’était l’Organisation de libération de la Palestine. Il est la conséquence de l’invasion israélienne au Liban en 1982 visant à se débarrasser des combattants de l’OLP. On peut donc dire qu’une guerre à toujours des conséquences extrêmement contre-productives. Dans notre cas c’est le Liban et la Palestine qui sont en première ligne des retombés désastreuses du conflit entre l’Iran et l’Israël.
Le Hezbollah, fut d’abord considéré comme un mouvement nationaliste visant à libérer le sud du pays, c’est un mythe. Il a en effet tourné ses armes contre la population Libanaise comme en témoigne les violences faites aux quartiers Sunnites de Beyrouth en 2008.
Cependant, face à la menace Israélienne et sa domination militaire soutenu par l’occident collectif dont certains anciens alliés comme la France, ce n’est pas la dégradation de l’image du Hezbollah qui prédomine mais bien celle du camp occidental.
Comment expliquer l’absence de réaction des responsables Iraniens ?
Azadeh Kian
Il y a plusieurs facteurs, tout d’abord un facteur interne, le régime islamique d’Iran est contesté
Par de nombreux mouvements sociaux tel que les mobilisations femme vie liberté en 2022 s’opposant au voile obligatoire en tant que symbole idéologique. 82% des iranien se disent mécontent du régime en raison notamment d’un décalage entre la politique du régime iranien et la volonté du peuple. De plus, le pays est proie à une crise économique profonde et est marqué par la corruption. S’ajoute à cela les sanctions américaines contre le pétrole iranien depuis 2018 qui diminuent les investissements en provenance de la Chine par exemple.
Il y a également un facteur régional. Le nouveaux président essai de normaliser ses relations avec les autres Etats arabes tel que le Koweït et l’Arabie Saoudite dans le but de crée une alliance. Cette dernière se veut indépendante de l’occident et capable de préserver des relations apaisées entre Etats sans aides extérieurs. Or pour cela il faut éviter de déstabiliser ces territoires.
De plus, afin de se défaire des sanctions occidentales l’Iran doit cesser d’intervenir dans la région.
Quel est la logique des décisions des dirigeants Saoudiens face au conflit ?
Fatiha Dazi-Heni
La question Palestinienne à une place très importante en Arabie saoudite elle a particulièrement fait du bruit au sein de la jeunesse. Ce début de normalisation avec l’Israël justifié par le fait que cette dernière n’aurait jamais menacé le pays n’est donc pas à l’image de l’opinion publique. Ce rapprochement est une continuité des accords d’Abraham de 2020. Les dirigeants ont été incités par les Etats unis à taire des désaccords profonds pour permettre de des relations cordiale avec Israël. Cependant, aujourd’hui face aux massacres perpétrés par Israël il est impossible pour elle de continué dans la voie de la normalisation, le peuple ne l’accepterait pas.
Le rôle prééminent des Etats Unis et de l’ONU sur la région est-il toujours d’actualité dans le proche Orient ?
Karim Émile Bitar
L’ONU est impuissante cependant les Etats Unis refusent simplement d’agir alors qu’ils en auraient la capacité. Le monde tend en partie vers la multipolarité. Cependant, au moyen Orient le soutient de la seule superpuissance : les Etats Unis à Israël explique grandement la situation actuelle. En effet, ces derniers financent la guerre et pourraient donc y mettre terme. Ce soutient est historique mais s’ajoute à cela depuis une trentaine d’années un appuie de la droite américaine évangélique apportant une protection inconditionnelle à Israël tout en étant composé de populations profondément antisémites. Un changement de politique serait possible si Kamala Harris était élut. Elle n’appartient pas à la même génération que Joe Biden marqué par une vision idéalisée d’Israël. La génération la plus mobilisée est aujourd’hui la jeunesse américaine. Ainsi, même la belle fille de Kamala Harris, Ella Emhoff a été amenée à soutenir la Palestine quand bien même elle est issue de la grande bourgeoisie juive américaine. Au sein de la population juive Américaine une partie soutient la Palestine notamment au sein d’une jeunesse qui s’est construit dans l’opposition à Trump. Ce dernier est associé à Israël par une idéologie commune, celle du nationalisme ethnique de l’exclusivisme religieux. Ainsi, 30% des juifs Américains qualifient les massacres perpétrés par Israël de génocide et 52% demande un embargo contre les armes à destination de cette dernière.
Cette nouvelle génération devrait permettre une inflexion majeure lorsqu’elle arrivera au pouvoir. Or Israël dépend aujourd’hui de son alliance aux Etats Unis. Elle ne sera sûrement pas valable sur le long terme. Israël aurait mieux fait de s’intégrer au moyen Orient en mettant un terme à sa politique d’occupation et de colonisation.
Il est regrettable que les accords d’Oslo de 1993 ne furent qu’un subterfuge. Les agissements d’Israël éloignent la possibilité d’une solution à deux Etats tout comme la solution binationale qui semble aujourd’hui tout aussi utopique. Il serait nécessaire de mettre une grande pression sur Israël pour la pousser à décoloniser ou envisager un nouveau système fédéral ou confédéral si l’on souhaite que les colons restent. Les grands intellectuels qui ont travaillé sur ces questions tel que Hannah Arendt, Einstein exprimèrent leur rejet de ce projet de colonisation et ne revendiquaient qu’un sionisme culturel.
Quels sont les composantes de l’axe de la résistance, est-ce une véritable réalité politique ? Est-il capable de peser sur la résolution des tensions et des contradictions actuelles dans la région ?
Azadeh Kian
Tout d’abord, cet axe n’a rien avoir avec l’axe Chiite qui n’existe pas. Il est constitué du Hezbollah Libanais financé par l’Iran mais pas à ses ordres. La prudence dont fait preuve le régime islamique d’Iran provoque par ailleurs le mécontentement du Hezbollah. Il est également constitué du Hamas, une organisation de frère musulmans Sunnites. On peut dire que le Hamas a été créé par Israël contre l’OLP, qui était une organisation laïque. Il est majoritairement soutenu financièrement par le Qatar bien que les médias occidentaux mettent uniquement en avant le soutient de l’Iran. Une autre composante de cet axes sont les houthis du Yémen qui ne sont pas une force stratégique pour l’Iran. La 4 -ème composante sont les groupes chiites Irakiens financés par l’Iran comme force de frappe sur l’armée américaine toujours stationné en Irak. Mais aussi en tant que force de pression sur le gouvernement irakien pour empêcher tout rapprochement avec les Etats unis. Pour certain le régime Syrien serait une autre composante mais il semble plus inféodé à la Russie qu’à l’Iran.
Il n’y a aucune unité ou alliance entre ces axes, le Hamas palestinien a d’ailleurs rompu ses relations avec l’Iran entre 2011 et 2017/2018 lorsque ce dernier soutenait le régime Syrien qui réprimait ses opposants issus en partie des frère musulmans. De plus, le soutient de l’Iran à ces organisations sont contestés par sa propre population. Ces dépenses empêchent en effet un véritable investissement dans la population où règne la misère.
Cette idée de gap entre les régimes Arabes et les opinions publiques de leur population est-elle fondée ? comment l’expliquer ? n’y a-il pas des pays plus mobilisés que d’autres en faveur de la cause Palestinienne ?
Fatiha Dazi-Heni
Ce gap est particulièrement fort chez les pays signataires des accords d’Abrahams. Il y a par exemple de nombreuses manifestations au Maroc depuis la guerre à Gaza. Il est plus difficile de mettre en avant cet écart dans les pays de la péninsule Arabique, la population y est souvent totalement muselée, c’est le cas de l’Arabie Saoudite notamment.
Les émirats Arabes Unis ont beaucoup mis en scène leur aide en direction de Gaza pour masquer leur inaction politique total : ils n’ont même pas essayé de réduire leurs relations diplomatiques avec Israël. Pourtant, la dévastation de Gaza induit un affaiblissement de l’axe de la résistance.
Comment le Mossad est-il parvenu à infiltrer le Hezbollah aussi rapidement et quel est l’avenir du Hezbollah au Liban ?
Karim Émile Bitar
Cela est lié à une supériorité technologique d’Israël et son contrôle de l’espace aérien. Ce qui se passe au Liban est une dystopie, un basculement du monde. Cette attaque des bipeurs a même été qualifié par un ancien dirigeant de la CIA d’acte terroriste. De même, l’ancien patron du Mossad, Tamir Pardo reconnaît que nous faisons face à une situation d’apartheid.
Le processus d’Oslo contenait des projets censés réunir les deux parties. Comment remettre d’actualité ce genre de projet ?
Karim Émile Bitar
Le problème de fond des accords d’Oslo est la tentative de répliquer les accords économiques mis en place dans l’Europe d’après-guerre. Or la mise en commun du Charbon et de l’acier de 1951 qui n’a été possible que par la fin l’occupation Allemande. Les accords d’Oslo sont une tentative de paix exclusivement économique ne donnant pas de garanti sur la cessation de l’occupation, de la colonisation, sur le statut final de Jérusalem ainsi que celui des réfugiés et de l’eau. 5 problématiques faisant obstacle à une paix Israélo-Palestinienne.
La guerre en cours qui semble se traduire en guerre total va faire émerger un moyen Orient qui sera radicalement différent de celui que nous connaissions, les conséquences d’une guerre sont généralement complètement contre-productives et la destruction d’un groupe donne très souvent lieu à son retour sous d’autres formes. Ces 12 derniers mois ont mis en avant la centralité, la persistance et l’universalité de la question Palestinienne en tant qu’elle est perçue comme la dernière guerre colonial. Ce conflit n’est pas à l’image d’une opposition entre L’Occident et le Sud mais plus d’une opposition entre deux traumatismes fondateurs, celui de la Shoah et celui de la colonisation. Des pays comme L’Ecosse affiche notamment une très forte solidarité avec la Palestine bien que faisant partie du Nord global.
Il est donc nécessaire de faire dialoguer ces deux souffrances pour mener à une compréhension du traumatisme de l’autre. Ce n’est certainement pas un usage de la force comme celui auquel on assiste aujourd’hui qui réglera la question Palestinienne.





