Eric Labourel

« Joséphine de Beauharnais : d’une enfance créole au trône de France, un exemple d’émancipation féminine à l’époque de la Révolution et de l’Empire »

FIG 2019

« Joséphine de Beauharnais : d’une enfance créole au trône de France, un exemple d’émancipation féminine à l’époque de la Révolution et de l’Empire »

« Joséphine de Beauharnais : d’une enfance créole au trône de France, un exemple d’émancipation féminine à l’époque de la Révolution et de l’Empire »

 

 

Eric Labourel intervient comme chaque année au FIG en tant qu’administrateur des « Vosges napoléoniennes ». Aujourd’hui, il s’intéresse à Joséphine, qui est un exemple de migration et d’émancipation féminine.

 

Joséphine : c’est déjà l’histoire d’une femme émancipée : elle symbolise la beauté, la liberté, la frivolité, la mode, l’amour, l’exotisme, mais aussi la résilience. Elle ne s’est appelée Joséphine de Beauharnais  que pendant 5 ans, depuis son divorce en 1809 jusqu’au 29 mai 1814 (à 50 ans). Sinon, c’était  l’impératrice Joséphine. Cette Joséphine que l’histoire a retenue ne se nomme comme cela que 5 ans et demi.

Qui était-elle ?

Marie Josèphe Rose Tascher. C’est une créole, c’est-à-dire qu’elle est née de parents européens vivant aux îles des Outre Mer français. Selon l’expression des grandes iles françaises, elle est née de parents békés, c’est-à-dire des habitants de Martinique à la peau blanche, s’y étant implantés comme maîtres esclavagistes, dans une plantation de sucre. Ses parents sont de souche européenne, implantés à la Martinique : ce sont des aventuriers économiques.

Son père est Josèphe Gaspard Tascher de la Pagerie. C’est un chevalier. Il est né et décédé en Martinique. Son seul séjour en métropole, à Versailles, a lieu en 1751. Il a fait une carrière militaire, en tant que sous-lieutenant de marine à la Caraïbe. Puis il est devenu planteur à la Martinique, en face de Fort Royal (Fort de France actuel).

Joséphine est le premier enfant du couple, elle s’appelle en fait Marie Josèphe Rose. Sa mère se nomme Rose Clair des Vergers. Elle vient d’une famille de colons. Joséphine a deux sœurs cadettes : Catherine Désirée, qui meurt à 13 ans. Marie Françoise, qui meurt à 25. En plus, elle a 3 demi-sœurs illégitimes (du côté de son père).

 

Les trois îlées est le village où vit la famille , qui doit sont nom à trois îlots dans la Baie. Au départ, ce village s’appelait le cul de sac à vache. Dès 1763, les parents de Joséphine s’installent dans le domaine de la Pagerie. Ils possèdent 150 esclaves. Leur plantation produit du cacao, du manioc, du sucre, des vaches, des moutons, … sur 500 hectares environ.

Une famille de planteurs

Le planteur et sa famille résident dans la plantation : dans ce qu’on appelle « l’habitation ». Les esclaves vivent dans un quartier différent de la plantation. Elle comporte une fabrique de sucre, avec un pressoir (fabrique de rhum). En Martinique, il y avait alors 274 plantations pour 26 000 esclaves d’origine africaine (Cap Vert, Sénégal, Gambie, Golfe de Guinée).L traite est organisée par des compagnies agréées par le roi, dans le cadre du commerce triangulaire entre Gorée, Saint Domingue et Nantes/Bordeaux : l’opulence économique de ces villes portuaires se fait par l’action des armateurs. La richesse des planteurs repose sur les activités négrières. Cependant, les plantations ont un important besoin en main d’œuvre : les îles se fournissent aussi en contrebande auprès des Anglais et des Danois. A la fin du XVIIème siècle, les peuples noirs venant d’Afrique sont majoritaires en Martinique. Ceux qui s’échappent sont des rebelles et des clandestins, que l’on appelle les nègres marrons. Il y a également des mulâtres. A la Martinique, il y a une hiérarchie raciale : les grands blancs (planteurs) ; les petits blancs ; les personnes libres de couleur (esclaves affranchis et descendants d’affranchis) ; les Caraïbes : autochtones d’origine amérindienne. L’exploitation de la canne à sucre s’est développée par migration de planteurs hollandais d’origine juive en Guadeloupe.

 

L’enfance de Joséphine

Joséphine nait dans l’habitation sucrière, le 23 juin 1766. Elle est baptisée le 27 juillet : on la prénomme Yéyette. Elle est confiée, comme le veut la tradition, à une nourrice mulâtre : enfant, elle joue avec des enfants esclaves de la plantation : la petite Guinée. En 1766, Joséphine a 3 ans et sa famille compte 3 filles. Mais un cyclone rend l’habitation familiale inhabitable : la famille se loge alors à l’étage de la dépendance (sucrerie). Le domaine périclite, il est négligé. Le bâtiment principal n’est jamais reconstruit. Le manque d’argent nuit à la réputation de la famille. Joséphine, de 10 à 14 ans, est dans un pensionnat religieux à Fort Royal, où son père vit une vie dissolue en dilapidant les ressources familiales. Yéyette n’est pas envoyée en métropole comme c’est la tradition chez les planteurs (dès 6 ans). Ainsi, elle vit 16 ans à la Martinique, où elle consomme beaucoup de sucreries : elle avait les dents très noires. En Martinique, elle rencontre une diseuse de bonne aventure qui lui prédit qu’elle sera plus qu’une reine.

 

Le premier mariage : système d’alliance.

La sœur du père de Joséphine était l’amante du marquis de la Ferté de Beauharnais (fait marquis par Louis XV), gouverneur de Martinique. C’est un haut fonctionnaire de l’Etat. La tante de Joséphine est aussi la marraine du jeune Alexandre de Beauharnais, second fils du gouverneur (elle se mariera plus tard avec son amant, le gouverneur). Le gouverneur est le représentant du roi de France en Martinique. Son fils, le vicomte, est né à Port Royal, mais il réside en France où il a des activités volages. Il est garde à la première compagnie des mousquetaires, et vit à Versailles. Il y fait des bêtises : le gouverneur propose le mariage avec la sœur cadette de Joséphine. C’est une demande protocolaire. Cependant, la sœur cadette de Joséphine est décédée de la tuberculose quand la demande arrive. La promesse vaut alors pour l’ainée : Joséphine. Elle s’embarque pour Bordeaux. Le vicomte a 17 ans, et Joséphine a 16 ans. Le mariage a lieu le 17 décembre 1779. Mais Alexandre ne renonce pas à sa vie dissolue. Il a de multiples aventures, des dettes de jeux, comme la noblesse de l’époque … Il dilapide la fortune de son père. De leur mariage, nait Eugène Rose (qui sera adopté par Napoléon Bonaparte, et deviendra roi d’Italie) et Hortense Eugénie Cécile; elle aussi sera adoptée par Napoléon Bonaparte, et deviendra l’épouse de Louis Napoléon Bonaparte en 1802, la reine de Hollande, et la mère du futur Napoléon III. Puis en 1811, Hortense a un autre enfant, naturel, qu’elle aurait eu avec le comte de Flahaut. C’est le petit fils supposé du prince de Talleyrand.

 

La séparation entre Joséphine et Alexandre se produit en décembre 1785. Josèphe Rose se réfugie dans un monastère à Paris à 22 ans. Ce monastère accueille les jeunes filles de la haute société, voire des princesses de sang. Josèphe Rose y acquiert les codes de la bonne société ainsi qu’un carnet d’adresses.

 

Une vie de courtisane en période révolutionnaire

Par son beau père, Joséphine accède à la proximité du pouvoir, aux activités de la cour de Louis XVI. Elle côtoie des courtisans, elle y a des aventures. Elle fréquente la vie des salons littéraires des femmes de ce temps.

Joséphine fait une parenthèse dans cette vie de cour et retourne aux îles en 1788. Elle regagne la Pagerie avec ses enfants âgés de 7 et de 5 ans. La Révolution de 1789 arrive alors : elle n’est rapportée en Martinique qu’en 1790, l’année de la mort de son père. Elle regagne la France à 27 ans. La vie de Joséphine sous les tropiques s’arrête là. C’est la dernière fois qu’elle voit sa sœur et sa mère.

 

Elle revient en 1790 sur le continent, alors que la France est en Révolution. Pourtant, le vicomte de Beauharnais est protégé par le duc de la Rochefoucault, élu député pour le bailliage de Blois. Il est président de séance lors de la nuit du 4 août 1789 : il préside l’assemblée constituante. Ses membres sont non rééligibles. Il faut donc se recaser : il réintègre l’état de militaire, avec le grade important d’adjudant général, dans l’Armée du Nord. En 1792, il est général de brigade, puis lieutenant général dans la division du Haut Rhin. Il reçoit le commandement en chef du Rhin en 1793, et subit la perte de la place forte de Mayence le 23 juillet. Proposé comme ministre de la guerre, il refuse et démissionne. Il retourne alors à la Ferté Beauharnais, où il est nommé maire 6 mois. En janvier 1794, par ordre du comité de sûreté générale, il est arrêté et mis en dépôt à la prison des Carmes à Paris. Joséphine le rejoint. Cela a lieu en pleine terreur révolutionnaire, dirigée par le comité de salut public de Robespierre. Alexandre de Beauharnais se voit poursuivre en raison des lois répressives : c’est un simple suspect. Alexandre est déféré pour trahison et complicité de trahison (au sujet de la fuite de Varennes). Il est condamné à mort le 22 juillet, et exécuté le 23 juillet, place de la Nation. Son cadavre est jeté dans une fosse commune.

Son épouse est arrêtée pour avoir aidé des royalistes à s’enfuir. Mais elle est libérée in extremis par le renversement de Robespierre, 4 jours plus tard. Josèphe Rose aura passé 4 mois en prison, dans des conditions terribles, stressantes, avec la peur d’être guillotinée. Le matin du 23 juillet, c’est son mari qui se serait levé le premier en entendant le nom de Beauharnais, et il aurait déclaré « permettez madame que pour une fois je passe le premier ».

Il y avait des aventures amoureuses en prison : par exemple, entre Alexandre et Delphine de Custines, future égérie de Chateaubriand. Rose, pour retarder de passer devant le tribunal, aurait bénéficié de l’aide de Charles de la Bussière qui aurait déchiqueté l’acte d’accusation. Le 6 août, Rose Josèphe retrouve la liberté. Elle aurait eu alors une aventure avec le jeune général Hoche.

Josèphe Rose retrouve ses enfants : Alexandre avait été placé comme apprenti chez un menuisier pour le protéger de ses origines sociales. Josèphe Rose, veuve de Beauharnais, sans ressources, reconstruit un réseau. Elle atteint une autonomie relative. Elle reçoit en particulier le soutien de Mme Tallien. Après la Terreur, les salons reprennent leur activité. Sous le Directoire, c’est le « temps des merveilleuses et des incroyables ». La France est épuisée, les gens sont traumatisés par cette mer de sang (due aux guillotines et aux guerres) : la France a envie de s’amuser et de vivre. L’activité de salon de Rose, aînée de 10 ans de Madame Tallien, la rapproche des gens de pouvoir (militaire, politique, artistique, financier …). Josèphe Rose devient la maitresse du vicomte Barras, un des directeurs du directoire.  Lorsque Barras souhaite s’en débarrasser parce que Joséphine est vieillissante, il lui fait rencontrer Napoléon lors d’un repas : après qu’il ait sauvé la République, devant l’église saint Roch (« le général Vendémiaire » contre le parti royaliste).

 

Le deuxième mariage

Le mariage de Napoléon Bonaparte et de Josèphe a lieu en mars 1796, rue d’Autain, à la mairie du 2ème arrondissement. Napoléon est nommé général en chef de l’armée d’Italie. La mission de l’armée d’Italie étant au départ de faire diversion. Il va dans le Sud rejoindre l’armée. L ’acte de mariage est fait à l’emporte pièce. Ainsi, le soir du 9 mars 1796, il manque Bonaparte, tout le monde attend 2 heures. Les témoins sont Barras et Tallien. La cérémonie n’a lieu que vers 22h. Joséphine (c’est Napoléon qui modifie Joseph en Joséphine) se rajeunit de 4 ans, et Bonaparte se vieillit de 18 mois : il est né le 5 février 1768 : il n’est donc pas citoyen français, mais encore napolitain : la Corse réintègre la France seulement le 15 août 1768. L’officier d’état civil est parti, car il en avait assez d’attendre : c’est son adjoint qui procède à la cérémonie. L’aide de camp qui signe est mineur : l’acte n’est donc pas du tout régulier.

 

La vie du couple est marquée par les infidélités de Joséphine : par exemple avec Hippolyte Charles, capitaine de Hussards, lors Campagne d’Italie. S’ensuit un basculement de leur relation : Napoléon a ensuite des infidélités, alors que Joséphine beaucoup moins. Ils sont cependant toujours dans une relation équilibrée, marquée par un respect profond. Joséphine devient impératrice des Français, elle est couronnée par Napoléon lui-même.

 

Il y a des statues de Joséphine en Martinique. Suite au rétablissement de l’esclavage par Napoléon en 1802, ses statues sont régulièrement guillotinées. Et les Martiniquais prêtent la responsabilité à Joséphine.

 

Le Domaine de la Malmaison est important pour Joséphine. On constate la relation forte avec les roses sur ses objets artistiques. La serre à la Malmaison est quasiment une ferme botanique. Joséphine a également une relation importante avec le champagne : sa consommation s’est développée sous l’Empire, par Joséphine.

A la fin de l’Empire, Joséphine n’est plus impératrice. Elle est accueillie par le roi de Prusse avec ses enfants. Joséphine meurt d’une pneumonie.

 

Napoléon, à Sainte Hélène, écrit sur Joséphine : « c’était une femme pleine de grâce ». « C’est la femme que j’ai le plus aimé ».

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