Cette synthèse fait suite à de nombreux échanges sur la liste H-Français. Plusieurs points ont interpelé les collègues.

Le sujet

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Le sujet de Géographie : « la France, une puissance mondiale »

La formulation du sujet tout d’abord :
« Le sujet de géo, avec pour thème la France, pour la 3° année consécutive dans l’Académie de Toulouse, me paraît enfermer les élèves dans un commentaire à sens unique ». Claude Daussin. «Même les sujets « classiques » sur les Etats-Unis évoquent les contestations à la super-puissance. Ne pas le suggérer pour la France est intellectuellement dérangeant. » Anthony Lozac’h.

Les documents proposés :
« aucun des documents n’incitait à la critique, tous insistaient sur la puissance supposée de la France; c’est ce qui ressort de la brève lecture de quelques copies faites hier après l’épreuve que je surveillais. »Cl. D.
« Seules les deux dernières lignes du texte de Védrine permettent une nuance : « ce tableau ne justifie pas un excès prétentieux de confiance en soi – il y a beaucoup à faire – mais il invalide le pessimisme ambiant. » Allusions difficiles d’accès pour nos élèves ! » A. L.
« Il est vrai que, pour le premier et le troisième, ce sont des documents quasiment officiels (rapport Védrine au Président de la République et Défense nationale). Par exemple la carte montrait la présence de nos forces armées dans certains pays d’Afrique. Pour soutenir quel pouvoir ? » Cl. D.
Le document 2 présentait le poids de quatre grandes entreprises françaises dans le monde. Leurs logos figuraient dans le tableau. « J’ai été vraiment dérangée par la présence de ces logos de marques. » Marie Teillet. Pour E.P., il faut faire « attention à ce qu’on va appeler « la pub indirecte » parce que ça faisait partie d’une déontologie logique d’adultes en face de mineurs ».

Le sujet d’Education civique : « les droits et les devoirs des citoyens »

Un sujet classique. Le problème vient de la place accordée par deux documents, au livret du citoyen et à la cérémonie de citoyenneté, deux nouveautés instituées en 2007 par Jacques Chirac, que peu de collègues, et encore moins d’élèves, connaissaient.
En cherchant « Longjumeau livret du citoyen » sur Google image, on arrive directement à la source :
www.conseilsdelajeunesse.org/spip.php?article1023
La photographie du brevet :
L’article fait le point sur toutes les communes qui ont participé à
l’opération. En suivant le lien, on apprend que le décret est bien chiraquien :
« Décret n° 2007-168 du 8 février 2007 relatif à la cérémonie de citoyenneté pour la remise de la carte électorale »
La liste des communes ayant participé montre en effet que les 36.000
sont loin d’être atteintes. Est-ce que cela s’est renouvelé en 2008, sous Sarkozy ? Est-ce que les communes de droite ont plus organisé cet événement que celles de gauche ?
La cérémonie n’a rien d’obligatoire, selon le décret : « A défaut de remise au cours de cette cérémonie ou lorsque celle-ci n’a pas été organisée, la carte électorale est adressée dans les conditions prévues à l’article R. 25. »

En fouillant encore, on apprend que le jeune homme en photographie n’est pas si neutre que cela. Rémi Bétin est rédacteur dudit livret ! Depuis, il est devenu conseiller municipal de la liste de Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET de Longjumeau. Il soigne sa communication sur son site personnel. Visiblement, le Conseil National de la Jeunesse n’est qu’un tremplin. C’est d’ailleurs lui-même qui administre le site du CNJ puisqu’il répond aux commentaires (en bas de page).

Or, il semble que le mouvement des cérémonies de citoyenneté, dont l’exemple de Longjumeau serait un modèle normatif (voir l’article du Républicain), se soit (déjà) ralenti en 2008. C’est un élément déterminant pour connaître la pertinence du sujet de brevet d’Education civique. De nombreux candidats ont écrit qu’ils recevront le livret du citoyen lors d’une cérémonie à la mairie quand ils auront 18 ans. Or c’est faux (choix des municipalités, influence droite-gauche ?, cérémonie déjà caduque ?).

N’était-il pas prématuré de placer des documents sur le livret et la cérémonie de citoyenneté ? Etait-ce une volonté de promouvoir une initiative gouvernementale, même si elle relève du précédent gouvernement ? E. P s’interroge :  » Pourquoi les profs d’EC n’ont pas reçu, en son temps, un exemplaire de ce « document capital » ou qu’on peut désormais supposer capital ? Doivent-ils écumer la toile à l’avenir à la recherche du « doc à la pointe » déniché par les concepteurs de sujet en mal d’originalité? »

Pour en savoir plus sur le livret du citoyen et la cérémonie de citoyenneté

L’élaboration et l’utilisation des documents

Autre point problématique, souligné par E. P., le doc.1 (rapport Védrine) du sujet de Géographie est très amputé au point de déformer les intentions de l’auteur par le questionnement opéré ! Alors que dans la correction du Brevet photocopiée distribuée, on attend comme « arguments issus du cours et des connaissances personnelles » , « patrimoine de qualité écoles et lycées réputés » , on lit dans ce même rapport juste avant le texte fortement amputé page 11 : « Les universités et grandes écoles françaises sont presque absentes des classements mondiaux, mais une partie de l’opinion récuse le principe même de ces classements et leurs critères.« .

Quant au document 3 d’Education civique, c’est une construction des auteurs du sujet puisqu’il recense les droits et les devoirs des citoyens répartis sur plusieurs pages du livret du citoyen.

La carte d’Histoire a été critiquée pour son manque de lisibilité (Dans l’académie de Rennes, elle a même été amputée de sa légende !).

La photographie du sujet d’Education civique n’est pas non plus très claire. Plusieurs photographies sont proposées sur le site du Conseil National de la Jeunesse. Sur l’une d’entre elles, le champ est élargi et on distingue très bien les drapeaux tricolore et européen encadrant les acteurs d’un vrai exercice de communication. Si on observe bien toutes les photos des cérémonies de 2007 (encore une fois, quid de 2008?), on constate que Longjumeau a soigné la photo avec l’arsenal républicain. Combien de nos collégiens connaîtront ce cérémonial ?

Les repérages

Les six repères spatiaux consistaient à placer les repères déjà écrits aux bons endroits ! Non seulement les élèves ne pouvaient pas faire de fautes d’orthographe, mais la réflexion était plus que limitée. La déduction a aidé les élèves à placer par exemple Bucarest par défaut, connaissant Londres et Lisbonne. « En classant les copies et regardant les réponses, j’ai également fait ce constat : la majorité auront… 3/6 grâce à la géo ! Une élève m’a fait cette remarque à la fin de l’épreuve : « De qui se moque-t-on ? J’ai eu le sentiment qu’on nous prenait pour des débiles ! »… Il est vrai qu’ensuite, nous avons des difficultés à justifier notre exigence dans l’apprentissage des leçons !» M. T.

Des interrogations sur le sens de l’épreuve

Au final, de nombreux collègues s’interrogent sur la pertinence de l’épreuve et n’hésitent pas à la remettre en cause. Le point d’achoppement est certainement la distance qui existe entre les leçons, le niveau d’exigence tout au long de l’année, et la qualité de l’épreuve du DNB. « Comment être crédible dans notre niveau d’exigence tout au long de l’année pour placer ensuite les élèves devant de tels sujets dénués de tout contenu ou réflexion? » N. B. « Vu ce qu’on leur demande le jour du Brevet, je ne sais plus trop ce que je dois enseigner aux 3°, à la fois à propos des contenus que des méthodes ! » Cl. D. « Et on nous crée des problèmes inutiles : pour le brevet blanc, les parents nous reprochent nos sujets trop difficiles. » E.P. D’autant plus qu' »arrivés au lycée, nos élèves sont souvent jugés très sévèrement par les collègues qui ne les trouvent pas suffisamment préparés à affronter ce qu’on attend d’eux en seconde. » M. T.

Les consignes de correction peuvent aussi laisser perplexes. Les questions-listes laissent place à de nombreuses possibilités, garantissant les points même si les réponses ne sont pas argumentées ou mal formulées. Pour la question sur le traité de Versailles, les élèves doivent citer les articles du traité sans justifier (1 point par article !). La question 1 de Géographie parle de secteurs économiques alors que les documents portent sur des domaines économiques (aérospatial, agro-alimentaire, etc.). Pour conclure, il est juste précisé en nota bene de la correction du sujet de Géographie qu' »on pourra bonifier une conclusion qui nuance cette puissance » ! Cela va à l’encontre du travail mené tout au long du collège, des compétences disciplinaires, d’expression écrite, des exigences intellectuelles, notamment l’esprit critique.

La réponse est certainement que le sujet est conçu pour que le maximum d’élèves réussisse et que nous préparons les élèves au passage en lycée.

Mais est-ce que cela justifie de telles simplifications ?

Un collègue, Bernard Girard, sur Rue 89, va beaucoup plus loin, en parlant de « bourrage de crâne ».

A lire également les réactions, parfois contradictoires, à son exposé.

Faut-il continuer la mascarade ? C’est enfin le sens de deux interventions cumulant les questions sur le fond et sur la forme de l’épreuve.

Cette synthèse ne représente pas, bien entendu, une position des Clionautes sur le DNB. Elle ne fait que refléter les interrogations de collègues interpelés par les sujets et documents proposés.

PS : des pistes de correction ont été proposées très rapidement par Marie Desmares et Stéphane Moisan, de l’académie de Rennes.