Isaure Boitel

Condamner par l’image à l’époque moderne

Rendez-Vous de L'Histoire n°21 Blois 2018

Condamner par l’image à l’époque moderne

Condamner par l’image à l’époque moderne

Rendez-Vous de l’Histoire n°21

Université, Salle 004

Vendredi 12 octobre 2018.

 

Isaure Boitel, CHSSC, MFC à l’Université Amiens, spécialiste de l’image et des images satiriques notamment au XVIIe siècle. Sa thèse : http://www.theses.fr/2014PA080047

https://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=RHMC_643_0181

https://www.youtube.com/watch?v=rQISmS-DWWU

Comment les placards, les jeux de cartes et les caricatures circulant en Europe dès la première modernité sont-ils devenus des médias privilégiés des luttes politiques, idéologiques ou confessionnelles ?

Gravure de 1793 représentant la tête décapitée de Louis XVI, attribuée à Villeneuve (graveur ou imprimeur?).
Légende en haut : MATIÈRE À RÉFLECTION POUR LES JONGLEURS COURONNÉES.
Légende en bas : Qu’un sang impur abreuve nos sillons.

Image de la tête coupée de Louis XVI

Le texte sous l’image rappelle que Louis XVI est « tombé sous le glaive des lois », le 21 janvier 1793 à dix heures. Suit un extrait d’un discours de Robespierre sur la mort du « tyran ».

Illustration fameuse (toutes les personnes qui s’intéressent un peu à l’histoire révolutionnaire ont dû la rencontrer, reproduite dans des livres), montrant la tête décapitée de Louis XVI brandie par une main (celle du bourreau, de toute évidence). Du cou coupé, le sang tombe en gouttes. Sous cette image frappante s’étale la phrase célèbre « Qu’un sang impur abreuve nos sillons ». Le dessin est paru peu après l’exécution de Louis XVI , le 21 janvier 1793.

A ce moment là, on ne dit plus Louis XVI, mais Louis Capet. Puisque sa famille est celle des Capétiens, les révolutionnaires l’ont affublé d’une sorte de nom de famille inventé pour la circonstance (à ce compte-là, Louis Bourbon aurait été plus exact, puisqu’il appartient à la branche de ce nom de la lignée des Capétiens)…

→ puissance, portait devenu icône. Cette image de condamné cherche autant à donner un portait fidèle de Louis que le condamner. Image à la fois descriptive et militante, trophée de guerre et tête de méduse. En effet, cette image a été mise en rapport par des historiens de l’art comme Daniel Arasse avec l’image célèbre de la Gorgone, monstre mythologique dont le regard avait la capacité de pétrifier, tenue à bout de bras par le héros qui l’a tuée, Persée.

Louis XVI, roi de France, est exécuté place de la Révolution à Paris
Le bourreau présente sa tête à la foule parisienne, le 21 janvier 1793.
Anonyme, Exécution de Louis XVI, le 21 janvier 1793, gravure colorisée, musée Carnavalet, Paris.

Une autre façon de condamner Louis XVI c’est de la caricaturer en cochon

Le roi cochon
La famille des cochons ramenée à l’étable, estampe, 1791. Paris, BnF.

 

Cf. Les travaux d’Annie Duprat notamment DUPRAT Annie, Les Rois de papier. La Caricature de Henri III à Louis XVI, Paris, Belin, 2002, 367 p.

Il existe également des images antérieures à la fuite de Louis XVI, comme c’est le cas dans la caricature ci-dessous.

« Ah ! le maudit animal », De Vinck 3990. (Les rois de papier, BELIN)

Ici, le cadre est rural, un paysan pousse Louis XVI dépeint en cochon. L’analogie avec le cochon vient du fait que le porc est un animal familier et nourricier et qu’il a l’habitude de dévorer des déchets comme le roi, pour le caricaturiste. La physionomie naturelle du roi facilite  l’assimilation. L’humour réside dans la zoomorphisation du souverain mais aussi dans  l’inversion du pouvoir (c’est le paysan qui a un bâton, c’est lui qui a le pouvoir). La légende renforce le tout. Comment le paysan peut-il s’en séparer sinon en le tuant? Lesconditions sont totalement favorables.

Ces caricatures ont deux ans d’intervalles avec la toute première de la tête coupée. Deux procédés sont utilisés : d’un côté la tétanie (l’horreur, le sang) et de l’autre l’humour pour faire sourire → transformation du corps en espérant dévoiler la figure du souverain criminel. Cette attention au corps du personnage est un procédé récurrent.

L’image a ainsi une portée critique et une portée politique. L’intervenante a ainsi écarté toutes les condamnations qui portaient sur un collectif (exclusion justifiée, car c’est très différent d’attaquer une personne ou un collectif). Par ailleurs, plusieurs œuvres satiriques ont été commanditées par les autorités en place.

Cela permet de mettre en évidence une même grammaire visuelle. Alors même qu’à l’époque moderne, la circulation des nouvelles et des faits divers n’était pas la même qu’aujourd’hui, les fonds d’archives abondent. Ce champ d’études a déjà été ratissé grâce au renouvellement de l’historiographie politique de l’art avec une plus grande attention à l’opinion et à l’imaginaire social du pouvoir. Nous avons des travaux abondants, notamment sur les caricatures (Annie Duprat, Daniel Arasse).

En confrontant ces images quelle est l’argumentation visuelle mise en œuvre ? Quel pouvoir pour ces images infamantes ?

L’intégralité du compte-rendu est à retrouver ici :

 

©Rémi Burlot pour les Clionautes

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