Que peut la géographie face au covid-19 ?

Chronique géovirale n°8 – Comment le virus évolue-t-il dans un espace mondial ?

Chronique du confinement par Michel Lussault

Chronique géovirale n°8 – Comment le virus évolue-t-il dans un espace mondial ?

Dans cette série de chroniques augmentée régulièrement, Michel Lussault, directeur de l’École urbaine de Lyon, propose une analyse de la situation liée à la pandémie de COVID-19 en suggérant d’en faire un événement anthropocène total :

https://medium.com/anthropocene2050/chroniques-géo-virales-e144c57db628

Dans les chroniques précédentes, il a été déjà souligné que le virus était « hyperscalaire », qu’il agissait à toutes les échelles en même temps.
Mais une action différenciée selon les échelles. Si la modalité de la contagion est identique partout, les conditions de déploiement, son impact sont différentes selon les échelles, locales ou nationales.
On pourrait même dire qu’il n’y a pas 2 endroits où cela se passe de façon identique…
L’espace géographique mondial est différencié : « anisotrope », de même les espaces locaux. On le voit pour la France avec la carte du surmortalité des départements. Jusqu’au quartier, voire l’immeuble.
Bien du travail pour le constater, et beaucoup à faire pour le comprendre. Mais il est clair que la différenciation est très marquée.
Pourquoi la Lombardie plus que le Piémont. Pourquoi Bergame plus que Milan ? Etc.

Hypothèse interprétative synthétique à discuter : 

5 facteurs principaux :
1- les modalités d’entrée du virus sont très différentes : il y a le rôle majeur du tourisme international et national. Ex. Une communauté au coeur des sports d’hiver de l’Idaho, et aussi les lieux de rassemblement notamment spirituels, aggravés par des super spreaders qui ont pu contaminer plusieurs dizaines d’individus au vu de leur charge virale.
2- Les taux de prévalence : âge, diabète, insuffisance respiratoire, inégalités socio-raciales, concentration d’anciens ; l’épidémie les met en évidence.
3- L’état du système de soins nationaux, qui n’ont pas eu la même résistance au virus.
4- Quelle préparation des pouvoirs publics à l’épidémie ? Quel rôle ont-ils joué dans l’accroissement ou l’affaiblissement de celle-ci ? Mais quid des sociétés ? Quelles ont été leurs réactions notamment culturelles ? Comprendre ce qui se joue entre les pouvoirs publics et les sociétés concernées.
5- La configuration géographique d’un espace et ses modalités de fonctionnement. La Lombardie est en centre urbain très interconnecté, et donc propice à la diffusion dela pandémie.

Mais rien n’est jamais simple. Ces facteurs sont relatifs et contredits pas de nombreux ex. Manhattan, plus densément urbanisé mais beaucoup moins touché que Staten Island. Plus : le type de densité et le type de relation spatiale des individus dans un espace donné va créer des différenciations.
Ces 5 facteurs forment un système explicatif possible. Mais il reste beaucoup à faire pour apprécier comment ces facteurs interagissent ensemble. La mondialisation globalise les phénomènes mais n’estompe en rien les spécificités locales et régionales.

Paradoxe bien intéressant.

Conseil de lecture : Clélia Gasquet-Blanchard géographe qui a écrit « Ebola, géographie d’une crise sanitaire », paru aux PUR  en 2017.

À propos de l'auteur

Jean-Michel Crosnier

Prof HG / EMC au lycée du Grésivaudan, Meylan-Grenoble Intérêts scientifiques : totalitarismes ; histoire et géographie culturelles ; géohistoire ; questions géopolitiques ; révolution numérique Membre du comité éditorial des Clionautes pour les questions géopolitiques et numériques ; clio-carto ; clio-news Membre du comité scientifique du Festival de géopolitique de Grenoble    

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