Michel VERGE-FRANCESCHI (MVF) est un auteur plutôt prolifique qui compte de nombreux succès d’éditions, notamment sur Colbert, le dictionnaire de l’histoire maritime, et plus récemment sa biographie de Surcouf.

Cette conférence s’organise autour des questions d’Arthur Chevalier, Directeur de la maison d’édition de MVF. Pour plus de commodité, j’ai regroupé par thèmes les réponses de MVF.

A noter que la conférence est disponible en réécoute ici : https://rdv-histoire.com/programme/surcouf-la-fin-du-monde-corsaire

Surcouf dans son milieu familial

MVF commence par décrire la méthode qu’il a tenté de suivre. Il est capital de s’intéresser au contexte pour écrire une biographie. Parfois, l’action découle de la vie d’un personnage hyperactif comme Colbert… mais c’est beaucoup plus difficile pour les officiers de marine. On ne peut pas résumer sa vie à ses embarquements/débarquements. L’étude du contexte, des « milieux » pour étudier la vie des Surcouf est au centre de l’ouvrage. La famille joue un rôle essentiel pour comprendre les itinéraires individuels dans un ancien régime où l’auteur décèle une forme de « méritocratie ».

La vie de Surcouf est à cheval sur l’Ancien Régime, la Révolution et l’Empire. MVF utilise alors la généalogie pour retracer l’histoire de la famille jusque’à Robert 1er qui ramassait le sel dans le Cotentin qui était pays de quart-bouillon. La famille s’émancipe progressivement. Le fils de Robert est calfat, chargé de l’imperméabilisation des coques. Robert III progresse encore : pilotin puis pilote et enfin maitre de pilotage. Robert IV se lance dans la course. Il reçoit une lettre du Roi qui lui permet d’armer en course pour aller sus à l’ennemi et prendre/ aborder des navires marchands.

Les contours flous de l’activité des Surcouf : traite négrière, grand commerce et course

L’arrière grand-mère de Surcouf est celle qui lance la famille dans les traites, sans jamais avoir vu un « nègre ». Son grand-père amasse une fortune considérable… mais elle est divisée entre ces 10 enfants survivants. Il est un modèle d’enrichissement pour Surcouf. Sa première motivation est donc de refaire fortune quitte à violer la loi dans l’océan indien où ses ancêtres ont été parmi les premiers à commercer.

Surcouf est un acteur de la traite négrière très impliqué dans le grand commerce. Le café devient une marchandise très prisée. Amère, on le boit avec du sucre. Il développe un artisanat : celui des cafetières ou cacaotières, des guéridons en faïence pour poser ses produits chauds. Bordeaux et Nantes s’enrichissent de la traite mais aussi de tous ces métiers qui se développent. Pour MVF, il vaut mieux dire « Napoléon a été obligé de rétablir l’esclavage » et non « Napoléon a rétabli l’esclavage ». En 1796, Surcouf a une autorisation de commerce : mais il pratique aussi la traite et la course. Le conseil des Cinq-cents convoque Surcouf pour confisquer les marchandises indues. Mais il gagne le procès : la munificence de l’Etat est plus importantes que les lois qui sont éphémères. Il a 24 ans et ne gardera donc pas un grand sens du respect de la loi.

Pour définir la course, MVF parle d’une occupation qui rapporte de l’argent. Surcouf meurt en 1827 avec une fortune égal à 5 fois le château de Chateaubriand… Mais elle rapporte aussi de la gloire. En période de paix, des corsaires bretons pouvaient prendre un bateau normand… course et piraterie sont des pratiques communes et parfois interpénétrables… Mais le corsaire est fait prisonnier ; le pirate est pendu. Surcouf lui est resté corsaire. Les corsaires, Duguay-Trouin, Jean Bart était des serviteurs de l’Etat. Surcouf s’est surtout servi lui-même. Il est fait chevalier de la légion d’honneur par Napéolon qui cherche à l’amener au service de l’Etat. Mais il ne l’a jamais réellement été… Surcouf a 16 ans en 1789 et a 24 ans quand la convention jette l’opprobre sur la course. Plus que le « Roi des corsaires », il est donc plutôt un témoin de la fin du monde des corsaires

Un héros dans un monde de brutalité

Dans l’Ancien Régime, les charges d’officiers sont vénales : on achète des régiments à ces enfants. Mais les corps de marine ne s’achète pas… les carrières n’y sont pas du tout attractive et pour cause : vie isolée des femmes, des jeux, de la chasse pendant les 3 mois de traversée. Le scorbut gagne vite. La nourriture est immonde, à base de pain cuit 2 fois (« biscuit »). Le risque de mutinerie est régulier… Surcouf arrête sa carrière vers 35 ans, brisé par le service. Le livre commence d’ailleurs par l’enterrement de Surcouf en 1827.

Dès son vivant, Surcouf a suscité une légende dorée. Comme il est au-dessus des lois, il attire la fascination de la presse. Le Courier de Madras par exemple, ne tarit pas d’éloge quand il prend le Kent en 1801 en tuant le capitaine et une partie de l’équipage car ce bâtiment est bien plus gros que celui qu’il commandait. Il reçoit la légion d’honneur en 1804 pour cet exploit. Sa mémoire a aussi été rapidement transformée par des hagiographes, à commencer par son neveu qui insiste sur le caractère rocambolesque de la plupart de ses voyages…