Notre association a été auditionnée par la Direction Générale de l’Enseignement Scolaire (DGESCO) dans le cadre de la consultation nationale sur les programmes de cycle 2 et cycle 3 d’histoire-géographie. Nous avons exposé pendant 45 minutes nos inquiétudes et nos propositions pour garantir un enseignement cohérent de nos disciplines.
Réforme des programmes : des incohérences majeures entre le cycle 2 et le cycle 3
Dans la continuité de notre analyse publiée en juillet dernier, nous avons alerté la DGESCO sur plusieurs incohérences majeures :
Des problèmes de cohérence interne :
- Comment étudier la vie au Moyen Âge et le rôle de l’Église sans avoir vu la naissance du christianisme ?
- Comment aborder la Shoah en CM2 sans avoir étudié le judaïsme ?
- Pourquoi les élèves terminent-ils le CM2 en 1945 pour retourner à la Préhistoire en 6e ?
Des redondances sans progressivité : Les mêmes périodes (Préhistoire, Rome, Moyen Âge, guerres mondiales) sont étudiées 3 à 5 fois entre le CE2 et la 3e, sans réel approfondissement.
Une absence totale de coordination entre disciplines : Histoire, géographie et EMC sont rédigés de manière complètement cloisonnée. Résultat : les symboles de la République sont étudiés en EMC dès le CE1, mais leur origine historique (la Révolution française) n’est abordée qu’en fin de CM1.
Des volumes horaires infaisables : En CM2, entre la Toussaint et Noël, les enseignants doivent traiter 17 heures de contenu en seulement 10 semaines – sans compter l’absence d’horaire minimal au cycle 2, qui garantit des inégalités territoriales.
Des fragilités disciplinaires : En géographie, les paysages ont disparu, remplacés par une géographie réduite à la localisation sur cartes. En histoire, la « démarche historique » annoncée dans les préambules n’est jamais définie concrètement, et la critique de sources est totalement absente des attendus du cycle 3.
Un calendrier de réforme préoccupant pour la rentrée 2026
Nous avons appris lors de cette audition que les textes doivent être validés début mars 2025 pour une application dès septembre 2026 dans les classes de début de cycle (CP, CM1, et probablement 5e).
Ces programmes ont nécessité deux ans d’élaboration par des spécialistes, et présentent des défauts structurels majeurs. Comment pourraient-ils être corrigés sérieusement en quelques semaines ?
Conséquence immédiate : en l’état, les élèves de 5e débuteront leur année 2026 en étudiant à nouveau l’empire romain, décalé de la 6e à la 5e — une redondance supplémentaire dans un système qui en compte déjà trop.
Par ailleurs, la consultation sur le cycle 4 (5e-4e-3e) aura lieu « dans les prochains mois ». Cette approche fragmentée traduit une difficulté à penser la scolarité obligatoire dans son ensemble, du primaire au lycée. Comment construire une cohérence curriculaire quand on réforme sans vision d’ensemble ?
Nos propositions pour des programmes d’histoire-géographie cohérents du CP à la 6e
Face à ce constat, nous n’avons pas seulement critiqué et proposé des aménagements :
- L’intégration de la naissance du christianisme avant d’enseigner le Moyen Âge
- La simplification de certains contenus (histoire politique du XIXe-XXe siècle) pour les rendre accessibles aux élèves du cycle 3.
- La réintroduction des paysages comme entrée fondamentale dès le cycle 2
- La diversification des documents (photographies, images satellites, graphiques) au-delà des seules cartes
- Une définition explicite de la progressivité des compétences : que signifie « décrire » en CE2 vs « décrire » en 6e ? Quand introduit-on la critique de sources ?
- Des horaires minimaux garantis au cycle 2 pour éviter les inégalités territoriales
Nous avons aussi élaboré des propositions de programmation complètes et cohérentes, en histoire comme en géographie, du CP à la 6e. Ces propositions reposent sur des principes clairs :
- En histoire, une progression chronologique linéaire du CE2 à la 6e, sans retour en arrière avec une montée en complexité explicite : description (cycle 2) → analyse des ruptures (cycle 3) → conceptualisation (cycle 4)
- En géographie, une progression thématique et scalaire : du proche (mon école) au lointain (la planète), structurée autour de cinq thèmes transversaux (se loger, travailler, se déplacer, se nourrir, vivre ensemble)
Un combat pour la formation
Au-delà des contenus, nous avons insisté sur un point déjà soulevé en juin devant le CSP : ces programmes sont rédigés pour des spécialistes, alors qu’ils s’adressent aussi à des enseignants généralistes – les professeurs des écoles.
Sans formation et sans ressources adaptées, ces programmes resteront inapplicables. C’est pourquoi nous avons demandé :
- Des ressources d’accompagnement : glossaires conceptuels, corpus de sources, exemples de séquences
- Un plan de formation pour les enseignants, notamment les professeurs des écoles non spécialistes
Notre document complet (15 pages) et nos propositions de programmation détaillées ont été remis à la DGESCO. Nous espérons que ce travail approfondi sera pris en compte dans les arbitrages finaux.
Un appel à la mobilisation collective
Nous regrettons que les associations disciplinaires n’aient pas fait front commun pour cette consultation. L’histoire-géographie n’est pas une option : c’est une discipline fondamentale pour former des citoyens capables de comprendre le monde, d’exercer leur esprit critique, et de se situer dans le temps et dans l’espace.
Il aurait été plus efficace de porter ensemble, collectivement, une voix forte pour défendre un enseignement cohérent au service de nos élèves.
Nous restons mobilisés et continuerons à porter ces demandes dans les mois à venir.
Autres consultations en cours : faites entendre votre voix !
La DGESCO a lancé plusieurs consultations sur d’autres programmes qui concernent directement nos disciplines. Nous vous encourageons vivement à y participer, ou à nous faire remonter vos remarques pour que nous les intégrions dans nos contributions.
Deux consultations sont actuellement ouvertes :
📌 Histoire des Arts — Lien vers la consultation
📌 Éducation aux Médias et à l’Information (EMI) — Lien vers la consultation
Ces deux disciplines sont étroitement liées à l’histoire et à la géographie et croisent nos compétences disciplinaires.
Comment participer ?
- Répondez directement aux consultations en ligne (liens ci-dessus)
- Ou envoyez-nous vos retours par mail : communication@clionautes.fr
Restons vigilants
Les prochains mois seront décisifs. En ces temps d’incertitudes politiques, nous devons rester vigilants face aux usages politiques de l’Histoire. Plus que jamais, défendons un apprentissage rigoureux et critique de nos disciplines, au service de la République et de ses citoyens.
Notre association reste mobilisée pour défendre la cohérence et la qualité de l’enseignement de l’histoire-géographie.
Nos élèves méritent qu’on prenne le temps de bien faire les choses.





