Migrations privilégiées depuis les « Nords »

Brenda Le Bigot

Migrations privilégiées depuis les « Nords »

Migrations privilégiées depuis les « Nords »

Brenda LE BIGOT

 

En introduction, Brenda Le Bigot a imaginé une discussion

 

Il s’agit de montrer que les migrations ne sont pas toujours là où on le croit et qu’elles en disent long sur les libertés.

La migration est un déplacement de longue durée et hors de l’espace de vie. Le dialogue imaginaire introductif serait donc une migration.

 

Les Français établis hors de France sont d’1,5 à 1,8 millions d’inscrits au registre (cependant, il n’est pas obligatoire de s’y inscrire, on estime que 500 000 Français de plus vivent actuellement à l’étranger). En 2008, une loi constitutionnelle permet que les Français établis à l’étranger puissent être représentés au Parlement. Ils élisent 11 députés.

 

On compte 258 millions migrants internationaux en 2018. L’Europe est la deuxième région de départ après l’Asie. Beaucoup de migrations se font entre pays européens. Entre 2009 et 2017, la croissance la plus forte correspond aux migrations des Européens vers l’Afrique, avec 3,5 % de mobilités en plus. Les Etatsuniens qui partent dans les Caraïbes augmentent aussi sur la période. Nous constatons que des pays que l’on pense d’immigration sont aussi des pays d’émigration, et vis versa. 40 % des migrants sont des binationaux. Il y a également des retournant (y compris après plusieurs générations).

 

Qui sont les migrants des pays riches ?

De plus en plus de forum d’expatriés se développent, pour ceux qui souhaitent vivre à l’étranger : leur programme montre la diversité des motifs qui poussent à partir d’un pays développé. On y trouve des actifs, des jeunes, des retraités.

 

Brenda Le Bigot a travaillé sur les retraités et les étudiants pour sa thèse. Ce sont deux groupes opposés en âge, mais ils ont en commun d’être à la marge de la vie active : avant ou après, dans un moment ou la mobilité internationale est importante.

 

Au Maroc les Hivernants sont en majorité des Français. Ils sont 109 Français sur 138 au total. Beaucoup sont en couple. Le motif principal est celui du soleil et du coût de la vie. Ils vivent une moitié de l’année au Maroc, le reste de l’année en France. Ils achètent une résidence secondaire ou sont campingcaristes. Certains créent même des campements informels. Ce sont des migrations privilégiées mais pas des migrations de privilégiées. Elles sont hétérogènes.

 

Les routards : les backpackers. Ce sont des touristes, mais beaucoup travaillent pendant ce voyage. Il existe par exemple un visa particulier pour les jeunes, notamment en Australie.

 

Ces cas posent un problème de vocabulaire : sont-ils migrants ou non ? Hivernants ? En itinérance ? Il faut remettre en cause les définitions très fixes. Dans le vocabulaire, le mot migrant donne l’impression d’une homogénéité, mais en réalité, ce mot recouvre une grande diversité. Ainsi, pourquoi dit-on expatrié et voyageur pour les pays du Nord, et migrant quand on parle des pays du Sud ? Cela montre des connotations : il existe des mobilités désirables et des mobilités indésirables.

L’imaginaire dominant n’associe pas les flux depuis les Nords à un problème. Le site Passport index, fait pour acheter des passeports, afin d’optimiser les mobilités, montre qu’il existe un « mobility score » : c’est le nombre de pays dans lesquels ont peut se rendre sans visas avec les différents passeports. Ainsi, l’Allemagne permet de se rendre dans 170 pays. Le passeport Français a le troisième « mobility score ». Le passeport du Salvador quant à lui ouvre 124 pays, alors que celui de Guinée seulement 59. Ce site nous permet de faire une cartographie du pouvoir qui met les pays les plus développés sur le haut du podium.

 

L’autre coté des politiques migratoires, moins connue, est d’essayer d’attirer des migrants. Ainsi, la Thaïlande a créé un visa spécifique pour les retraités (avec un compte en banque fourni), ainsi qu’un visa vacances-travail pour les jeunes de moins de 30ans. L’Australie elle aussi fait venir des jeunes. Pour pouvoir venir, il faut faire partie d’une liste de pays sélectionnés par l’Australie (Europe, Corée, Japon). Il faut également avoir 3000 euros sur son compte en banque. Pour les autres pays, il existe des quotas. Cela permet de travailler dans les secteurs en manque de main d’œuvre en Australie, tels que la récolte de fruits, les mines, … De plus, si l’on travaille pendant plus de 3 mois, on peut redemander un visa pour deux années. A l’inverse, l’Australie montre une frilosité à faire venir des migrants saisonniers des îles pauvres du Pacifique pour travailler : derrière une politique touristique, se cache une réelle politique migratoire sélective.

 

Questions :

Cette politique australienne est-elle liée à un déficit démographique ? Oui, c’est un territoire immense et il y a un gros manque de main d’œuvre. C’est la même chose au Canada, mais ce pays a des quotas pour ces visas.

Quel est le nombre de visas accordés ? Il y a 15 000 français en Australie en 2018. 11% de l’ensemble de ces jeunes y sont en visas vacances-travail. La première population est Britannique, puis ce sont des Coréens et des Thaïlandais.

Y a-t-il des stratégies pour les migrants au Maroc concernant l’accès au soin retour en France ? La population française vieillissante qui ne peut pas se soigner correctement (par exemple pour les soins dentaires) est attirée par le Maroc car la santé y est moins chère. Il existe une vraie marchandisation de la mobilité internationale, et du soin.

A-t-on une idée du nombre de Français qui partent pour 6 mois à l’étranger ? Non. Ce n’est que très récemment que l’on s’est intéressé à compter les sortants. On assiste à un changement récent de l’INSEE, on pourra avoir bientôt des chiffres. Mais en ce qui concerne les migrations 6 mois – 6mois entre deux pays, on ne peut pas le chiffrer. Cependant, c’est un phénomène qui émerge dans la société. Beaucoup jouent sur le visa touristique : ils partent 3 mois, et demandent une prolongation de 3 mois. La plupart l’obtiennent sans problème.

Quels sont les bénéfices économiques des pays qui accueillent des backpackers ? Quand est-il des « Bag-packers » (mendier) ? Les Bag-packers sont des jeunes qui font la manche dans des pays asiatiques, ils sont blancs, viennent en particulier du Royaume Uni et font la manche dans des pays pauvre. Cette pratique choque, mais elle reste très rare. Les backpackers représentent une niche touristique très développée en Asie du Sud Est car elle demande très peu d’infrastructures. De plus, l’argent revient plus facilement dans la communauté locale.

Comment ces backpackers sont-ils perçus ? Au Maroc, il y a un enjeu post-colonial, avec parfois des attitudes de Français racistes.

 

 

 

 

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