Bruno Modica est chargé de formation en questions internationales au CNED de Lille

L’Europe puissance, projet, mythe et réalité

avec

Pascal Boniface – Hubert Védrine – Jean Dominique Giuliani Président de la fondation Shuman – Bernard Guetta – Jean-Noël Jeanneney – Umberto Toscano Journaliste italien Jean-Pierre Jouyet ministre délégué aux affaires européennes.

Introduction Pascal Boniface

L’Europe puissance, mythe ou réalité, une décision majeure la réintégration dans l’OTAN. Fenêtre d’opportunité ou paroles verbales ? Ce projet d’une Europe plus forte est-il viable ?

Umberto Toscano Journaliste italien discute du point d’interrogation, sur le plan économique l’Europe est déjà une puissance économique un projet politique et un mythe sur le plan stratégique. Conférence de Mitterrand à Maastricht 1991. Tard dans la nuit « On aura une monnaie unique et à terme une défense et une politique étrangère commune ». On a pas eu l’ensemble. Le referendum a été lié à un erreur d’interprétation sur la notion d’intégration. La France a voulu créer une cohésion européenne. Mais parler au nom de l’Europe ? Pour dire quoi ?

Jean Dominique Giuliani Président de la fondation Shuman, essaye d’inciter collectivement à remettre en perspective l’UE. L’Europe est déjà une puissance. 22% de la richesse mondiale. Les EU 20%, la Chine 10% La Russie 3 %. L’Europe est déjà une puissance comme l’a dit Robert Kagan est une puissance séductrice, celle de Vénus. Puissance attirante, problèmes d’immigration. L’UE n’est pas une puissance complète. Le modèle de puissance est celui de l’Etat Nation. Avec la globalisation l’Etat Nation est devenu Etat continent. L’Etat nation permet de légitimer la violence. Aller au-delà. Quelle est la défense de nos intérêts ? Discours nationaux. Défendre les intérêts de la France ou de toute autre nation en Europe. Faire vivre le couple Franco-Allemand ou autre n’est pas possible dans ce cadre. Mais quels sont les intérêts à long terme ? Europe qui devient de plus en plus une puissance d’un type nouveau.
Définir les intérêts propres d’une puissance européenne globale. Réorientation d’un certain nombre de politiques européennes. Des politiques à redéfinir. Quelle identité de l’Europe.
Nécessité d’une défense européenne. 12 opérations extérieures européennes. (Affirmation d’une Europe qui aurait arrêté une guerre en Géorgie) L’Europe a une début d’identité sur la scène internationale.

Bernard Guetta chroniqueur à France Inter: En juillet dernier eurosceptiques et euroenthousiastes auraient dit il n’y pas de politique européenne commune. L’Affaire géorgienne portait sur le sujet le plus difficile les relations avec la Russie. Les 27 se sont mis d’accord à chaud mais également sur les perspectives. La Russie a respecté ses engagements et un sommet de l’OSCE est prévu fin 2009. En deux mois on est passé d’une politique impossible à ne politique commune.
Sur la crise financière, Sommet de l’Elysée. Avec le président de la BCE. Pour la première fois des politiques se réunissent pour définir une parade à court terme à la crise. Accepter une politique monétaire. Il y a eu une nouvelle étape avec le sommet de l’Euroland. Depuis deux mois des pas spectaculaires ont été franchis. Des points positifs et encourageants sont à noter.
Comment une Europe puissance peut-elle se mettre en place alors ? Des modes de fonctionnements sont en cours d’expérimentation. Comment ces institutions lourdes et lentes peuvent elles être contournées par l’invention du réel.
Une grande puissance européenne la France utilise un outil de l’histoire. Question de puissance économique. Le G7 se réunit mais on prend les européens du G7. Et on passe, idée espagnole, on passe à une deuxième étape. Front commun des pays de l’Euroland. En tâtonnant et on inventant, on invente l’idée des cercles concentriques. Dans cette crise l’Europe peut se casser aussi à la faveur de cette crise. Dans une période où l’on revient à la problématique des zones d’influence, l’Europe est en position de remplir ce vide. Sans certitude de succès.

Jean-Noël Jeanneney affiche son optimisme en le resituant dans la longue durée. Ce qui permet d’appuyer une politique étrangère de puissance c’est une diplomatie qui l’exprime, une armée qui la soutienne, une police qui la couvre. De Gaulle.
Les institutions doivent précéder la volonté politique pour Jean Monnet, de Gaulle pensait le contraire. Quelles frontières ? Quelle réalité constituée et durable dans quelles limites ?
Trois principes d’organisation. L’Europe centre du monde ? Dante dans de Monarquia Un centre, un pouvoir en Europe… Le Pape et l’Empereur.
L’Europe de Bismarck, le concert des nations avec les guerres comme conséquences ?
L’Europe actuelle objet politique nouveau, en devenir. Il y a dans l’histoire des périodes de doute et de crise. L’Histoire progresse sur des rythmes différents. Une partie de cette chance, l’affaire géorgienne a pu être saisie.
La crise financière n’est pas terminée.
Préopinants et opinants.

Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères

Dans un ton plus différent. Réalité que je conteste ? Confusion entre puissance et agrégats statistiques. L’Europe puissance est une mythe français. Un projet auquel j’adhère mais l’Europe est mal embarquée. A cause des opinions publiques et des élites.
Les opinions publiques détestent l’idée de puissance. La communauté internationale est une fumisterie. Les européens veulent une grande suisse. Riches et l’abri. Confusion sur cette notion. Ce mythe est excellent si le monde était peuplé d’Européens de l’Ouest. Un abcès pas crevé.
Orientations mauvaises de la part des élites. Les élites veulent l’orientation politique mais les peuples disent non. On perd notre temps. Si les irlandais votent oui changement Lisbonne ou Nice. Pas de relance institutionnelle possible. Illusion du soft power. Le rayonnement des normes est une illusion. Le soft power ne se substitue pas au hard power. La crise géorgienne a été bien gérée. Mais ce n’est pas l’Europe qui a géré la crise géorgienne.
Sortir les opinions européennes de ce rêve éveillé. Idiot du village global Irréalisme occidental qui ne marche pas. Pas d’architecture internationale globale. Ce ne sont pas les Etats-Unis seuls qui sont contestés mais les occidentaux. Les crises se sont multipliées mais les élites ne peuvent pas paniquer les populations.
Que faire ? Une réponse plus politique qui consiste à fabriquer de la cohésion européenne. Une stratégie globale face à la Russie, à la Chine au Moyen Orient et aux Etats-Unis.
La politique de Bush a été imbécile, les Européens ont une opportunité historique. Mais cela se joue dans les six mois. L’Europe doit pouvoir exister dans six mois.
A propos de la crise, la bataille se déclenche sur les nouvelles règles. Les forces de dérégulation l’ont emporté. Fabriquer de l’intérêt européen à la faveur de la crise. La crise géorgienne doit être suivie en évitant que la suite vienne remettre en cause le bilan positif des derniers mois.

Jean-Pierre Jouyet, ministre délégué aux affaires européennes
Certaines opinions publiques pensent à une Europe suisse. Mais les autres pays pensent que l’OTAN n’est pas la seule la seule situation.
Réaffirmation de la puissance européenne de l’Europe. Dans les rapports économiques et monétaires c’est la BCE qui s’en sort le mieux. Plus une réunion des chefs d’Etat ne se tient sans le Président de la BCE. Ce sont les positions de la BCE qui dominent. Changement de perspective important face à la FED.
Le nombre de pays candidats à l’UE ne diminue pas. La crise Russie – Géorgie. Unité à 27 mais sous la présidence française. En terme de cohésion, progrès en termes économiques et financiers. Mais en termes politiques, forces de convergences. Sur la Serbie, le Kosovo, l’Afrique etc.
Par rapport à la Chine, pas de grandes différences.
Réunion le 12 octobre des pays de la zone Euro. Intérêts convergents. Sauver les institutions financières. Même si ceux qui sont en faveur de la régulation financière ont le vent en poupe le combat sera long. L’Europe s’affirme sur le plan énergétique, et il n’y a pas encore de politique énergétique commune.
Pour en terminer quels progrès sont-ils enregistrés ?
Conjoncturels ou structurels ?
Une vraie question : Le changement de traité à Lisbonne ? Le faire accepter par les Irlandais…
Dernier point : Un doute Quelle définition du rôle de l’Europe face aux grandes puissances émergentes. Une vraie question sur la préservation de l’influence de l’Europe.

Parmi les questions que j’ai pu poser en apparté à Jean-Pierre Jouyet

OTAN – Revendication française Un commandement comme le RU ? Quelle chance d’y aboutir ?
La PESD Combien les européens sont-ils prêts à payer en plus, pour être défendus plus ? Pour s’affirmer plus ?

Réponse sur la première. A priori très favorable et réservé sur l’idée d’y aller en cas de refus américain.