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La mer d’Aral –du moins, une grande partie de la mer d’Aral– n’existe plus. Selon la Nasa, «pour la première fois dans l’histoire moderne, le bassin oriental de la Grande Aral s’est complètement asséché».

Les hommes cultivent les terres d’Asie centrale qui entourent la mer d’Aral depuis des siècles, et elle a traversé des cycles spectaculaires de déclin et d’expansion dans le passé. Mais elle n’a pas été aussi asséchée depuis très, très longtemps. Interrogé par la Nasa, Philip Micklin, géographe à la Western Michigan University, a estimé que «c’est probablement la première fois que ce bassin s’est complètement asséché depuis 600 ans, depuis l’assèchement survenu au Moyen-Âge, associé au détournement de l’Amou-Daria vers la mer Caspienne».

Au début du XXe siècle, la mer d’Aral était le quatrième plus grand lac du monde. Elle est en déclin depuis les années 60, quand un programme d’irrigation agricole des Soviétiques a détourné les deux plus grands fleuves de la région, l’Amou-Daria et le Syr-Daria, essentiellement pour irriguer des culture de coton lucratives mais grandes consommatrices d’eau.

Depuis la fin de l’Union soviétique, les choses ont encore empiré. Selon un rapport du Programme pour l’environnement des Nations unies, plus de 60 millions de personnes vivent aujourd’hui dans la région de la mer d’Aral, quatre fois plus qu’en 1960. Dans le même temps, les afflux d’eau dans le lac ont dramatiquement diminué, un phénomène peut-être lié au changement climatique. Grâce à l’aide de la Banque mondiale, le Kazakhstan a construit en 2005 une digue dans un effort désespéré de sauvetage, avec des résultats mitigés. Selon la Nasa, la baisse du niveau d’eau à un plancher cette année est la conséquence de chutes de neige faibles dans les montagnes qui entourent le lac.

Ce qui arrive à la mer d’Aral ne résulte pas du changement climatique, néanmoins. C’est l’histoire d’une fuite en avant dans le statu quo malgré une multiplication de signaux d’alerte. Les cultures de riz et de coton sont toujours présentes dans la région, même si l’exploration gazière et pétrolifère au fond du lac devient plus fréquente.

Sans l’influence modératrice du lac sur le climat local, les hivers deviennent plus rugueux et les étés plus chauds et plus secs. Des nuages de poussières, mélangés à des produits chimiques dispersés par les cultures autour du lac, ont contaminé les communautés alentour. Ce n’est pas un endroit qui donne envie d’y vivre.