Conservation de la biodiversité et développement local en Afrique
Conférence de Marie Christine CORMIER-SALEM
Chercheuse à l’IRD – Muséum d’histoire naturel, basée à Dakar et spécialiste de la pêche et du milieu littoral en Afrique de l’Ouest.

Elle ouvre sa conférence par un rappel sur la notion de biodiversité (diversité du vivant + interactions entre le biologique et les savoirs culturels des populations
ex l’agro-biodiversité (espèces cultivées, paysages et techniques)

et sur l’évolution de la notion de conservation = protéger puis sanctuariser, préserver, réintroduire, restaurer, et enfin valoriser

En Afrique elle montre la nécessité de conserver en luttant contre la pauvreté ce qui suppose de fortes implications locales.

Elle constate l’importance des ONG à côté des grandes organisations internationales.
accès et partage, maintien des écosystèmes au profit des populations
dans le sens de l’équité.

Il faut lutter contre la faim et en même temps préserver les 24 des 32 hotspots de biodiversité qui sont situés en zone inter tropicale.

Le contexte 

péjoration climatique
émeutes de la faim
instabilité politique
accaparement des terres
urbanisation et pression foncière
agrocarburants = menace(ex Tanzanie)

De la conservation à la valorisation des services et au partage des avantages, pour quoi ?

Changement des conceptions des rapports à la nature → contempler –> terre fragile, à protéger contre l’exploitation des hommes (sanctuarisation – Parcs) premières grandes ONG, de UIPN → UICN (de union internationale pour la préservation à l’union pour la conservation)
Conserver avec et pour les hommes du lieu (réserve de biosphère – prise en compte des savoirs locaux – UNESCO 1972)
Concilier environnement et développement comme l’évoque le logo du PRCM (poisson-scie et pirogue – espèce menacée et activité économique)PRCM en Afrique de l’Ouest.

Quels patrimoines ?

Des espèces emblématiques aux savoirs locaux
Qu’est qu’une espèce patrimoniale ? (héritage du passé, à transmettre à la génération future, doit être reconnue par les hommes du lieu) ex la girafe des Blancs, quand les Haoussas la considèrent comme un fléau pour les cultures et une bonne viande.
Les naturalistes n’ont pas tous la même définition.
Est-ce que la notion existe dans les pays du Sud ?

Ce qui pose des questions

Critères de sélection, qui décide ?
Les savoirs locaux sont aussi des patrimoines à conserver

Comment ?
L’inscription se fait dans les listes d’éléments (faune, flore…) à protéger niveau international donc exogène (ce qui s’oppose
à l’idée des acteurs locaux, stratégiques, logiques souvent en opposition, ex les bois sacrés.

Pour qui?

Du global au local, une alternative récente: les aires protégées
(évoquée dans un beau livre : Mami Wata, mère des eaux, déjà évoquer dans la cliothèque)

Des lieux de solidarités écologique et sociale, avec réelle adhésion des collectivités riveraines qui ont accès aux avantages.
ex les aires protégées marines ne sont pas des îles mais qui prennent en compte la mer, les flux etc…

pour une gestion partagée et durable des territoires
importance des aires transfrontières.

Question du coût de la protection

Quelles voies durables ?

Nourrir les hommes sans détruire la planète : intensification écologique, redécouverte de savoirs locaux de fertilisation par ex. l’acacia albida si prisé par Paul Pélissier en pays sérère.

Paiement des services environnementaux
réduction de l’effet de serre et déforestation
Marie Christine CORMIER-SALEM met en garde contre les opérations souvent mal conçues comme les reboisements en palétuviers de la mangrove, positionnement sur ces opérations de firmes comme Danone ou Yves Rocher pour racheter de la taxe carbone sans réelle étude sur les variétés à utiliser, les espaces utilisés par les femmes, (greenwashing).

Elle est favorable à un partage des avantages au bénéfice des populations (non sans conflits entre les locaux, pêcheurs à pied et piroguiers ex à Guet Ndar – St Louis du Sénégal) ou conflits agriculteurs/pasteurs migrants qui ont les savoirs sur les pâturages.

Elle pose la question de l’alternative au tourisme côtier de masse Cap-Skiring avec l’éco-tourisme des campements villageois intégrés qui ne concernera que de faibles flux touristiques et présente des risques comme la folklorisation et une crise identitaire. Se pose aussi la question de la viabilité économique de ces structures et de qui perçoit les bénéfices, par exemple dans le Sine-Saloum si des pêcheurs sont effectivement devenus piroguiers pour quelques touristes ce n’est pas le cas de tous.

Des voies nouvelles : les APAC et les “produits de terroir”

Les Aires du PAtrimoine Communautaire ont une philosophie intéressante présentée à l’aide de l’exemple casamançais de l’APAC de la communauté rurale de Mangagoulack: une gestion villageoise, des espaces à niveaux de protection variés (bolong de Mitij intégralement protégé car espace sacré, bolong de Tendouk, partout interdiction de l’usage des pirogues à moteur) et reconnu officiellement par les autorités régionales.
Pourtant on peut se demander si ce n’est pas un phénomène “nimby” avec surpêche dans la zone voisine, un problème de légitimité face à un contrevenant et une question de solidarité entre villages.

Marie Christine CORMIER-SALEM développe un deuxième exemple autour de la notion elle aussi nouvelle de “produit de terroir”. L’idée est de valoriser un produit pour un prélèvement moindre comme le mulet jaune le long du banc d’Arguin en Mauritanie. Il s’agit de permettre aux Imraguens qui jusqu’ici profitent peu de la mise en place d’un Parc national mais en vivent les contraintes. Il s’agit à la fois de protéger une espèce marine, un milieu et un savoir-faire technique masculin autour de la pêche et féminin dans la transformation des produits tirés traditionnellement du mulet: la poutargue exportable, l’huile et le tishâr (filets séchés) consommés localement, ainsi que les rites associés. Le bilan est mitigé: le passage par un organisme certificateur pour l’exportation introduit des critères occidentaux qui modifient les techniques employées dans la transformation au dépens du savoir-faire traditionnel, le développement d’un marché de niche rend l’achat difficile pour les consommateurs locaux de la poutargue et exerce une pression sur la ressource difficile à évaluer, la retombé”e en matière de biodiversité est donc incertaine.

La solution est sans doute d’associer les acteurs locaux, tous les acteurs dès l’origine du projet pour éviter une usurpation du patrimoine et permettre une valorisation des services écologiques. Il faut d’abord répondre à la demande locale. Éviter que ne se creuse le hiatus entre les discours et la réalité de terrain.

Une conférence riche ancrée sur des exemples précis.