BLOIS 2015 – L’empire français d’Amérique 1604 – 1763

Cette carte blanche aux Éditions du Septentrion réunissait Raymonde Litalien, Céline Melisson et Laurent Veyssière en l’absence d’Eric Thierry retenu par la grève de la SNCF.
Au-delà de la rapide annonce de la dernière publication de l’ouvrage de Bertrand Fonck et Laurent Veyssière : La Chute de la Nouvelle-France, De l’affaire Jumonville au traité de Paris, Laurent Veyssière pose la question centrale de la table ronde: La Nouvelle France fut-elle un empire ?
Quels éléments peut-on retenir pour qualifier l’impérialisme français en Amérique du Nord, forme de pouvoir plus qu’entité juridique et territoriale ?

Introduction par Laurent Veyssière
De la fondation de l’Acadie en 1604 jusqu’au traité de Paris de 1763, en s’alliant avec les nations autochtones et malgré la rivalité anglaise, la France a su faire exister un immense empire colonial, sur près des trois quarts de l’Amérique du Nord.

Pourtant on peut sans doute parler d’absence de volontarisme français en matière de découverte contrairement à l’Espagne ou au Portugal. Le moment décisif se situe sous Henri IV favorable à une expansion contrairement à Sully qui considérait la colonie comme un élément d’intérêt stratégique et non économique.
Mais qui parle de colonie parle obligatoirement d’empire: idéologie, administration, lien constitutionnel métropole / colonie

Pour Raymonde Litalien historienne et archiviste, elle représente les Archives du Canada en France et a dirigé une équipe qui inventorie et microfilme des fonds entiers d’archives françaises relatives au Canada. Empire signifie une intention de ceux qui s’impliquent en Amérique du Nord. Elle aborde alors les origines de la présence française. Pourquoi et comment les Français sont arrivés en Amérique du Nord : « la morue et le castor ». Dès les années 1480/90 on trouve, avant toute expédition officielle, des Français en Gaspésie pour la morue et par leurs contacts avec les autochtones le commerce des peaux de castor.
C’est ensuite la première expédition en 1524 avec Verrazano commanditée par des marchands et par François Ier. Les pécheurs ont appris à connaître le terrain, commercent avec les Amérindiens pour les peaux de castor mais également de cervidés. Si la cour de France s’implique c’est pour trouver des richesses (minerais) et non pour peupler un territoire, malgré tout le premier groupe de colons arrive en 1541 mais ils rentrent en France. De nouvelles expéditions suivent.
Raymonde Litalien aborde ensuite la perception réciproque des Français et des Amérindiens appelés « sauvages » dans le sens, non péjoratif dans un premier temps, d’hommes de la forêt, susceptibles d’être « civilisés » donc de plus en plus semblables aux Français et donc « concitoyens » après le baptême. Elle rappelle que le certificat de baptême reste jusque dans les années 1970 la principale pièce d’état civil au Canada. De Champlain à Colbert le métissage est fréquent et même souhaité pour augmenter la population face à la colonisation anglaise. Les Français s’ensauvagent, un exemple de métissage linguistique : si le mot Québec est un terme algonquin il voisine avec le nom de lieu normand Briquebec qui lui est viking : qui influence qui ?

1604 le premier poste de traite installé par Champlain en Acadie est-il le premier acte d’une démarche impérialiste?
L’installation des Français s’est faite par des alliances avec les Amérindiens qui contrôlent l’extension de la colonie et recherchent un soutien, une protection contre leurs ennemis. Ce sont les Indiens qui décident.
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Céline Melisson professeure agrégée, enseigne dans un lycée de Rochefort-sur-Mer, Thèse : « Procurer la paix, le repos et l’abondance. Les officiers de Plume de l’Amérique française (1669-1765) », soit les administrateurs français dans les colonies américaines aux 17e et 18e siècles. répond à la question : Comment le pouvoir royal organise -t-il la colonie naissante?

Les premiers représentants du pouvoir sont les commissaires royaux mais c’est après 1661 avec Louis XIV que la main de la France est réellement présente. En 1662 c’est l’envoi d’un premier émissaire du roi chargé de faire un état des lieux de la colonie qui en 1665 ne compte que 3200 habitants (français). L’idée royale est celle d’un défrichement continu: agir et urbaniser avec un premier contrôle politique : on passe de la compagnie des 100 associés à la compagnie des Indes occidentales et le premier intendant des colonies est rattaché à l’administration de la marine. Céline Melisson évoque le personnage de Jean Talon, nommé Intendant pour le Canada, l’Acadie et Terre-Neuve le 23 mars 1665. en 1670 les Antilles sont confiées à un intendant des Iles d’Amérique.

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Raymonde Litalien à partir d’une carte de 1713 montre l’étendue des revendications françaises malgré une population très peu nombreuse face à la populeuse colonie anglaise.

Elle évoque ensuite les explorations à la recherche de minerais et du chemin vers la mer de l’ouest et la Chine, montrant l’esprit pionnier très présent chez les immigrants. Mais peut-on parler de rêve d’empire?

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Céline Melisson décrit alors l’administration de la colonie, le rôle de deux personnages importants: Talon intendant et Frontenac Louis de Buade, comte de Frontenac et de Palluau, gouverneur de la Nouvelle France, né le 12 mai 1622 au château de Saint-Germain-en-Laye (France) et mort le 28 novembre 1698 à Québec (Nouvelle-France)1, est un militaire et administrateur français. Nommé à deux reprises gouverneur de la Nouvelle-France par le roi de France Louis XIV, il développe la colonie et la défend contre les attaques anglaises, notamment lors de la bataille de Québec en 1690 , le rôle des arsenaux de Brest et surtout Rochefort dans la formation du personnel administratif de la Nouvelle France car ces hommes sont des marins. La hiérarchie de l’administration est alors fondée sur le pragmatisme : l’Intendant qui siège dans la ville principale Québec, le commissaire de marine dans la seconde : Montréal, secondés par des écrivains de marine et dans les forts et autres postes des gardes magasins qui maillent le territoire.

Raymonde Litalien traite du rôle de l’Eglise, présente dans les missions dès celles de Champlain dans le but d’évangéliser les Amérindiens. Dès le milieu du XVIIe siècle des témoignages en montrent les limites par exemple pour les jeunes femmes élevées chez les Ursulines qui de retour au village retournent à la vie indienne. Avec la fondation en 1659 de l’évêché de Québec c’est l’organisation du territoire qui est marquée; le village se construit autour de l’église, les possessions religieuses sont vastes, une Église plus puissante sur les colons que sur les Amérindiens, elle contribue à l’impérialisme.
Raymonde Litalien évoque ensuite la pénétration vers le sud avec Cavalier de la salle jusqu’en Louisiane en opposition aux idées de Colbert qui voulait se concentrer sur le St Laurent.

Céline Melisson reprend sa description de l’administration française, marque impériale même si le personnel demeure peu nombreux : environ 150 administrateurs entre 1713 et 1739.
Elle rappelle que l’histoire du Québec est aussi une histoire militaire : Français et Amérindiens contre Amérindiens, Français et Amérindiens contre Anglais et Amérindiens, qui pose la question de la place des territoires dans les enjeux européens au XVIIIè siècle.

Thème complété par Raymonde Litalien, dans les rivalités franco-anglaises la France n’a que peu d’intérêt à défendre la Nouvelle France à l’inverse de la position anglaise où la colonie est un lieu de peuplement.
Céline Melisson montre la différence de politique française à l’égard du Canada et des Antilles, riches îles à sucre à défendre.
Lors du traité de Paris en 1763 la France perd son empire colonial, un fait qui alimente un débat sémantique entre « cession » et « perte », non abordé sur le fond.

Conclusion
Le Canada, rêve d’empire oublié, tableau pointilliste avec ces 85 000 colons mais devenu un empire culturel pour Raymonde Litalien. Tandis que Céline Melisson montre que la définition d’empire a évolué, s’est recentré sur les îles à sucre même si demeure au Canada une société, une langue, une religion française distinctes de la France.

Les questions du public ont porté sur l’ouvrage de Pierre Boucher de Boucherville sur les ressources de la colonie L’histoire véritable et naturelle des mœurs et productions du pays de la Nouvelle-France, vulgairement dite le Canada (1664) – [http://www.axl.cefan.ulaval.ca/francophonie/Boucher-Pierre.htm->http://www.axl.cefan.ulaval.ca/francophonie/Boucher-Pierre.htm] et sur le peuplement de la colonie : les filles du roi.

À propos de l'auteur

Christiane Peyronnard

Retraitée, j'ai enseigné en collège, en lycée, à l ' IUFM site de Chambéry - Savoie Historienne moderniste de formation Passionnée de l'Afrique (histoire, développement) et des questions environnementales

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