Cette formidable aventure éditoriale que la Cliothèque a suivie depuis le début a permis de rassembler des historiens spécialistes de différentes périodes autour d’une ligne précise impulsée par Joël Cornette.

Vendredi 19 octobre, dans l’Amphi 1 de l’université de Blois, les éditions
Belin proposaient un débat public autour de Joël Cornette, accompagné de 9 des 20 auteurs qui ont participé à la rédaction de ‘L’histoire de France’ en 13 volumes.

Chacun des neuf intervenants a expliqué en quoi son volume renouvelle le regard porté sur sa période (huit historiens : Joël Cornette, Charles Mériaux, Geneviève Bührer-Thierry, Philippe Hamon, Hervé Drévillon, Sylvie Aprile, Nicolas Beaupré et Christian Delacroix ainsi qu’Aurélie Boissière, cartographe-géographe et infographiste de son état).

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Cette « Histoire de France » de treize volumes et un atlas, dirigée par Joël Cornette avec Jean-Louis Biget et Henry Rousso, va de Clovis à Jacques Chirac. Cette collection est complétée par trois volumes intitulés « Les Ateliers de l’historien » (Le Moyen-Age, les Temps modernes et l’époque contemporaine) qui permettent au lecteur de découvrir et d’étudier l’histoire en train de s’écrire.

Pour mener cette aventure éditoriale audacieuse pour les éditions Belin, Joël Cornette indique qu’il avait donné à chacun des vingt auteurs un cahier des charges précis.

Paradoxalement, le premier volume intitulé « La France avant la France » est le volume contenant le plus de documents (encarts, cartes, clichés, schémas, etc…) !!! Depuis une vingtaine d’années, grâce aux de grands travaux (TGV et extension urbanistique des grandes villes), les recherches archéologiques ont considérablement renouvelé l’historiographie comme le rappellent avec brio Charles Mériaux (maître de conférences à l’université de Lille III) et Geneviève Bührer-Thierry (professeure à l’université de Paris-Est à Marne-la-Vallée).
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Féodalités 888-1180 par Florian Mazel

L’auteur divise la période en deux, le milieu du XIe siècle marquant plus une évolution progressive qu’une rupture. Nombre d’ouvrages consacrés au Moyen Âge se concentrent sur la situation du nord de la France, qui devient plus ou moins consciemment la norme à l’aune de laquelle mesurer des « divergences » et des « écarts ». L’auteur évite cet écueil par une très bonne connaissance de la situation du Midi, en particulier méditerranéen : plus densément urbanisé dans tous les sens du terme, il subit plus tôt et plus intensément l’influence du droit romain. On y remarque en particulier la présence durable de chevaliers dans les villes, alors qu’au nord ils tendent à s’installer dans les campagnes à partir du XIIe siècle. Mais l’auteur met aussi en exergue une division est-ouest, surtout au début de la période, entre les territoires d’Empire et ceux du roi de France. Les premiers sont caractérisés par une plus forte influence des évêques sur les villes, qui en sont souvent aussi les comtes, une situation que l’on ne rencontre que rarement dans les villes du second. Les monastères sont également plus étroitement soumis aux évêques dans l’Empire qu’à l’ouest, où les tensions sont bien plus fortes.

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Le long XIIIe siècle marque l’âge d’or de la dynastie capétienne qui compte alors de fortes personnalités : Philippe II Auguste, saint Louis, Philippe IV le Bel. Elle bénéficie également, jusque vers 1270, d’une forte dynamique agricole, ainsi que d’une révolution technique, qui s’exprime en premier lieu dans l’érection des cathédrales. La prospérité – relative – des campagnes fonde cet extraordinaire programme monumental, financé par les dîmes. Elle permet aussi l’essor des échanges et des villes. Le commerce « international » a ses centres principaux en Flandre et en Champagne et le réseau urbain se fixe tel qu’il persiste jusqu’à la révolution industrielle. L’époque connaît un certain bonheur de vivre, qui s’exprime dans la littérature courtoise et dans le naturalisme de la sculpture gothique.
En parallèle, la monarchie construit progressivement un territoire et un État. Philippe II exploite à cette fin les structures féodales, mais au fil du temps s’élabore une doctrine qui s’appuie sur la souveraineté et non plus sur la suzeraineté. Trois lieux illustrent la royauté : Reims où le roi est sacré ; Paris, sa capitale fixe, où siège l’administration, où se développe l’Université et où est érigée la Sainte Chapelle ; Saint-Denis, où sont abrités les insignes royaux et où la nécropole atteste de la continuité de la lignée royale des Mérovingiens aux Carolingiens et aux Capétiens.

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Philippe Hamon (professeur à l’université de Rennes-II), quant à lui, auteur du cinquième tome intitulé « Les Renaissances », justifie son titre en indiquant que, selon lui, cette période historique est davantage celle d’une « cicatrisation » et que de ruptures qui viendront plus tard, sous le règne de Charles IX. Il s’agit bien là pour lui de renaissances plurielles (démographiques, sociales, etc…).

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Hervé Drévillon, auteur du septième volume, insiste avec force et clarté que les règnes de Louis XIII et (a fortiori) de Louis XIV ont eu une gouvernance extraordinaire car dans la mesure où c’était pour eux la seule façon de répondre aux impératifs militaires et financiers (déficits constants) qu’exigeait la guerre permanente. Pour l’auteur, cette période a été le début de la conscience nationale de la population française car distincte de l’identité royale.
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Aurélie Boissière, jeune cartographe-géographe de talent (31 ans), auteure de l’atlas, a fait un travail remarquable de compilation cartographique et d’harmonisation éditoriale auprès de chacun des vingt auteurs, pendant quatre ans. Ce travail en commun entre historiens et cartographe-géographe a été extrêmement riche et toujours soutenu sur le plan financier par les éditions Belin qui a su faire confiance à une jeune femme au curriculum vitae atypique.

Sylvie Aprile (professeure à l’université de Lille III), auteur du dixième volume, qui a pour titre « La révolution inachevée », a présenté son ouvrage ainsi que le onzième volume en l’absence de Vincent Duclert. Sylvie Aprile nous a appris qu’il n’existait pas de grande synthèse française sur la période du XIXe siècle (contrairement en Allemagne). Par conséquent, la parution de ces deux volumes permettait de combler une lacune concernant le XIXe siècle dans l’historiographie française.

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Avec le douzième volume intitulé « Les Grandes Guerre », Nicolas Beaupré a dû éviter deux écueils majeurs avec un matériau historiographique extrêmement dense mais émietté et une spécialisation extrême de la connaissance historique de cette période. De plus, l’auteur a voulu réarticuler l’historiographie sur Vichy avec celle de l’Occupation.

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Enfin, Christian Delacroix (professeur à l’université de Paris-Est à Marne-la-Vallée), auteur avec Michelle Zancarini-Fournel, du treizième et dernier volume intitulé « La France du temps présent » assume leur parti pris d’une approche et d’une grille de lecture sociale et socio-culturelle. De plus, les auteurs ont insisté sur l’histoire des femmes et de la sexualité ainsi que sur l’histoire coloniale. Ce dernier volume « colle » bien à l’audace de cette aventure éditoriale des éditions Belin.

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Jean-François Bérel