« Maintenant, je suis la mort, le destructeur des mondes ». Le 16 juillet 1945, « Gadget », première bombe atomique de l’Histoire, ouvrait la porte d’une nouvelle ère. Le test, réalisé sur le champ de tir d’Alamogordo au Nouveau-Mexique, validait des années de recherche, de doutes et d’espoirs, sans que l’on mesure véritablement alors les conséquences globales de cette réussite scientifique. Les 6 et 9 août suivants, les villes d’Hiroshima et de Nagasaki offraient au monde le spectacle terrible de leur destruction. Certes, les bombardements stratégiques avaient par le passé offert des tableaux similaires de destruction et de mort. Ainsi Tokyo subit, les 9 et 10 mars 1945, le raid de 334 bombardiers B-29 qui déversèrent 496 000 bombes incendiaires au phosphore, magnésium et napalm. Plus de 100 000 civils périrent dans une capitale devenue un immense brasier, sans qu’il fût question d’objectif militaire. 100 000 victimes, c’est plus que celles d’Hiroshima et de Nagasaki (respectivement, sans tenir compte des décès ultérieurs dus aux diverses conséquences, 70 000 et 40 000 victimes) Mais, ici, un seul appareil, une seule bombe, une fraction de seconde avait suffit à rayer de la carte des dizaines de milliers de vies humaines et deux cités. Pour Robert Oppenheimer qui citait le Bhagavad-Gita, il ne faisait point de doute que le monde ne serait plus jamais le même. Passé la joie de la réussite scientifique concrétisée par l’explosion de « Gadget », la peur d’une course à la destruction prenait corps avec la volonté de Staline de disposer, lui aussi, de cette arme pour égaler la puissance de Truman. L’URSS devait également disposer dans son jeu d’une telle arme. La Guerre Froide allait donner raison à celui qui avait mené à son terme le projet Manhattan et les deux superpuissances s’engagèrent dans une course nucléaire qui impacta le monde pendant un demi-siècle de peurs et d’espoirs.

Le rappel des faits posé, il nous faut revenir sur les terres du cataclysme. Les deux bombardements atomiques ont profondément marqué la société japonaise de l’immédiat après-guerre avant de s’enraciner dans une mémoire culturelle toujours d’actualité. Aux destructions dantesques, se sont ajoutées la honte de la défaite, la mise à l’écart des survivants, une vague pacifiste profonde ; autant de signes d’un traumatisme absolu. Mais de ce chaos sont aussi nés des espoirs ; celui de la reconstruction, celui d’un avenir meilleur. Plus insidieusement, ces deux attaques nucléaires ont occulté bien des débats autour la mémoire de la guerre et de la résurgence d’une forme de nationalisme nippon dès les années 1950. Pour qui sait s’y plonger sans a priori, ces questions sont perceptibles à travers les Mangas, le Cinéma et l’ensemble de cette pop culture nippone à la richesse foisonnante. Aux esprits curieux les œuvres révèlent un rapport complexe à l’atome. Source de malheur et de destruction, il est aussi un marqueur clé d’un monde rendu meilleur grâce à la technologie et à la résilience humaine.

La pop culture est bien entendu celle d’une réflexion ancrée dans son époque ; même lorsqu’il s’agit de science-fiction et de trames futuristes, l’œuvre rend d’abord compte du présent de l’auteur. C’est donc cette question qui nous intéressera ici : comment le contexte né du traumatisme et de la peur a-t-il été le moteur d’une pop culture riche en paradoxes et offrant une grille de lecture fine des débats traversant les premières décennies de la Guerre Froide ?

Cet article ne vise pas à l’exhaustivité et les choix sont bien évidemment tout à fait critiquables. Le propos est d’offrir des pistes de réflexion et de faire découvrir la richesse de la pop culture comme grille de lecture historique. Suivant les pas d’un survivant de Hiroshima, Keiji Nakazawa, ce sont les mangas qui ouvriront cette analyse. Jusqu’au début des années 80, ces derniers explorent des thématiques et imposent des codes visuels qui perdurent encore. Si les mangas ont été un proxy majeur pour faire face aux traumatismes nucléaires, Dame Nature ne fut pas en reste. « Godzilla » et son cortège de destructions mérite qu’on s’y attarde car, bien plus qu’au travers des remakes occidentaux, il demeure une clé majeure de lecture de la société nippone face aux catastrophes, à la Guerre Froide et, aussi, à une forme de renaissance du nationalisme japonais. La fin du monde, perceptible de façon tout à fait concrète avec les bombes atomiques puis H, est une nouveauté dans la pensée japonaise. Elle est clairement plus ancrée en Occident et l’ouverture du Pays du Soleil Levant aux vainqueurs enclenche un processus d’échanges culturels riches, particulièrement perceptible dans les années 70 et le début des années 80. En effet, la pop culture est par essence celle de la curiosité, de l’ouverture dépassant les carcans parfois pesant de la culture dite légitime.

 

Épisode I – Les mangas comme catharsis de Hiroshima et Nagasaki

 

 

Le nucléaire, c’est de la bombe mon enfant !

 

Novembre 1955. Dans le cadre du programme « Atoms for Peace[1] » proposé à l’ONU par le président Dwight Eisenhower dès la fin 1953 et adopté par le congrès en août 1954, une vaste campagne destinée à défendre l’énergie nucléaire civile traverse le Japon, de Tokyo à Hiroshima. Il s’agit pour le président Eisenhower (sous oublier les industriels, les militaires, la CIA …) de défendre une énergie nucléaire civile par les centrales nucléaires. La première a en effet été inaugurée à Shippingport le 6 septembre 1954, soit quelques semaines après celle mise en route par les soviétiques en juin de la même année à Obninsk. Dix ans après Hiroshima, le renversement semble total. L’atome est la clé d’un futur radieux, incarné par le progrès et la paix. Sa maitrise a ouvert des portes divines et la science humaine est au firmament.

C’est dans ce contexte tout à fait singulier de propagande massive (publicité, télévision, radio et magazines sont tour à tour mobilisés pour vendre une image positive de l’atome) que naît Tetsuwan Atomu sous la plume de Osamu Tezuka.

Osamu Tezuka, Astro boy – Anthologie (1952-1968), 5 volumes, Bruxelles, Kana, 2009

Pour être tout à fait précis, Tetsuwan Atomu (en japonais « atome au bras d’acier » devient « Astro Boy » aux États-Unis et « Astro le petit robot » en France) est né en 1952, soit une année avant le discours du président Eisenhower. Les aventures sous forme de manga vont d’étaler de 1952 à 1968, tandis qu’à partir de 1963 l’œuvre est déclinée en anime[2]. Astro semble donc être une façon pour la culture populaire japonaise de s’emparer de la question nucléaire de façon positive. Le héros est invincible, va à l’école, affronte les ennemis sans défaillir, est curieux et démontre à l’envie que la science est porteuse de bonheur. Dans cette vision positive, les humains cohabitent avec des machines ; la force destructrice – Astro reste une arme redoutable – est utilisée pour faire le bien. D’ailleurs, Astro défend fondamentalement le pacifisme ; la résolution des conflits doit se faire par la parole dès que possible. Élément marquant, cette œuvre est destinée au public nippon mais aussi à l’international comme l’illustrent ces deux génériques, le second étant pour la chaîne NBC :

L’essentiel est cependant ailleurs. Dans son livre « Ma vie manga[3] » Osamu Tezuka se lamente de ainsi :

Comme je l’ai dit précédemment, « le respect » de la vie » est mon seul credo. C’est pourquoi ce thème revient si fréquemment dans mes livres. Astro le petit robot est souvent considéré comme l’une des mes œuvres les plus représentatives. Mais, quand on me dit qu’au travers de ce manga je montre ma foi dans le progrès technique capable d’apporter le bonheur à l’humanité, je suis très embêté. Relisez-le mieux, s’il vous plaît, et vous verrez que, dans Astro le petit robot, ce que je dis, c’est que la technologie et la science ont une influence négative sur l’humanité, et que la course à la technologie est en contradiction avec le progrès humain ou celui de la société. Malheureusement, la seule chose que les gens remarquent, c’est le fait qu’un robot de « cent mille cheveux » devienne un héros justicier. Le vrai message ne passe pas.

Ainsi se pose la question de la dialectique auteur-lecteur. Ce que le premier veut, le second peut y chercher autre chose. Tezuka voulait avertir des dangers de la science ; il devient le créateur du gentil robot qui va faire de l’atome une vertu de progrès et de bonheur. Un comble pour le créateur, mais ceci peut nourrir la réflexion autour de l’œuvre artistique et de la façon dont le public s’en empare. La pop culture a ceci de singulier qu’elle se nourrit des créateurs et aussi clairement des cultures des récepteurs, des lieux, des moments. Elle est le creuset d’un loisir, d’une aspiration à s’évader tout autant qu’un lieu de réflexion ; ne pas le voir comme certains s’en sont lamentés par ignorance et paresse intellectuelle confine à l’absurde. Il n’est donc pas étonnant que Astro ait totalement échappé à son créateur pour devenir une grille de lecture positive du nucléaire même si la nécessaire remise en perspective historique permet d’en nuancer la vision.

 

Sortir de l’ombre pour témoigner et questionner

 

Lorsque le petit Keiji Nakazawa reprit ses esprits le 6 août 1945, il est impossible de mesurer ce qui put lui traverser l’esprit. Un mur venait de s’effondrer sur lui, ce qui lui avait sauvé la vie. Il venait de perdre son père, sa sœur, son frère. Il venait de survivre à la première attaque nucléaire de l’Histoire.

Gen d’Hiroshima (1973-1974, 10 volumes, Paris, Vertige Graphic, 2003-2007 puis rééditions)

 

Survivant du désastre, l’auteur vécut comme nombre de ses compatriotes dans l’ostracisme de ceux qui ont vécu l’enfer et en sont revenus. Il faut attendre 1973 pour que l’auteur, après avoir produit des titres dès 1963 dont le remarqué Kuroi Ame ni Utarete (Sous la pluie noire) dans lequel il invoque un tueur qui assassine les uns après les autres des américains ayant participé aux bombardements, puisse enfin diffuser son témoignage de hibakusha, « survivant de la Bombe ». Hadashi no Gen (Gen d’Hiroshima) passe un cap supplémentaire pour devenir une œuvre essentielle, froide et poignante, ultra réaliste jusqu’à l’insoutenable, œuvre de mémoire mais aussi de critique. Le manga, incontournable, montre combien la violence déchaînée par la Bombe, loin de s’éteindre avec le champignon, continue d’irradier dans le temps, jusqu’au plus profond de la société nippone. Loin de l’atome porteur d’espoir que l’on veut trouver chez Tezuka, le nucléaire est ici celui qui martyrise les corps et les âmes. Nakazawa est celui qui écrit le plus sur le sujet : 22 œuvres. Dans son autobiographie[4], l’auteur revient sur ce qui l’a motivé tout au long de son parcours mémoriel. Témoigner pour instruire. Il cite par exemple l’essai nucléaire chinois de 1967 comme un puissant accélérateur de sa détermination après l’échec de la parution de Sous la pluie noire. Les éditeurs trouvaient le projet trop sombre et pour l’essentiel de la société nippone le tabou vis-à-vis des attaques nucléaires restait important. Mais sa nouvelle Ore wa Mita, « Je l’ai vu », paru dans le magazine Shônen Jump, rencontra un réel succès ce qui pousse les éditeurs à laisser Nakazawa travailler librement sur ce passé occulté. C’est ici un point fondamental : l’industrie du manga suppose profit. Ce qui fonctionne est publié, et inversement. Les messages ou considérations morales sont secondaires si l’argent est au bout du chemin. C’est ainsi que naît Gen d’Hiroshima qui, en dix volumes, embrasse l’histoire du Japon de 1945 à 1953. Que montre cette œuvre ? Dans un premier temps elle vise au réalisme, ce qui commence par montrer que l’explosion est un flash qu’aucun œil humain ne peut percevoir sans y perdre la vue. Que ce qui est visible c’est le moment d’après, celui de la panique, des corps en lambeaux, des cris, des rescapés agonisants. Que les dialogues sont inutiles, que les cris popularisés par le Guernica de Picasso suffisent à marquer les esprits sans qu’il soit nécessaire de construire une surenchère de clichés. Que ce qui vient de se passer n’est pas un spectacle mais bel et bien une porte ouverte sur les enfers. Dans cette perspective Art Spiegelman insiste sur « l’art inexorable du témoignage[5] » de Nakazawa. Mais passé cet instant, la force du Gen d’Hiroshima est de poursuivre son exploration du Japon d’après là où Guernica offre un instant tragique et laisse le spectateur réfléchir à la suite du bombardement. Et que voit-on ? Les Yakusas prospèrent sur la misère. Le pouvoir semble s’en accommoder au point de recycler les anciens cadres militaristes, comme un écho à la RFA naissante. On y découvre que le racisme vis-à-vis des Coréens fut une réalité et que les hibakusha ont été mis au ban de la société nippone. Le lecteur mesure petit à petit que les Américains pour fautifs qu’ils furent, ne furent pas les seuls.

Cette œuvre résonne avec les événements internationaux : 1953 c’est la fin de la guerre de Corée. Or cette dernière permit d’une certaine façon au Japon de se reconstruire plus vite. Les forces occupantes avaient besoin d’un porte-avion insubmersible pour affronter le régime communiste de Corée du nord, soutenu par la Chine de Mao et l’URSS de Staline. Cette guerre de Corée vit aussi Truman renoncer à l’utilisation de la bombe Atomique ; utilisée dans un pays comportant trop de montagne,  elle risquait d’en diminuer les effets tactiques. La dimension morale fut en ce point bien secondaire face aux considérations techniques et géopolitiques.

Très vite désemparé face au parti pris très critique et politique de Nakazawa, Shônen Jump écarta Gen d’Hiroshima de sa publication par peur de voir le lectorat se retourner ou le politique s’attaquer à l’entreprise. Nakazawa passa d’éditeurs en éditeurs plus confidentiels jusqu’en 1985, terme de l’histoire de Gen, alors que le héros, devenu jeune homme, s’apprête à découvrir Tokyo.

 

Culture graphique de champignons

 

Les mangas reposent sur des codes visuels clairs qui en font dès lors un art mineur pour certains. Le trait parfois simpliste, les effets de vitesse, l’enchaînement de l’action au fil des cases, la violence des dessins, autant de représentations éculées masquant trop souvent dans certains discours méprisants la qualité profonde de nombreuses œuvres. La bombe atomique est entrée dans les maisons par l’image de quelques photographies de destructions puis, au fur et à mesure que les essais étaient filmés et diffusés, le public s’est approprié un code : le flash, la boule d’énergie, le champignon se dilatant vers les cieux. Le graphisme des mangas a repris ces codes au point que les explosions graphiques sont devenues atomiques. Bien entendu, on retrouve ce travail graphique dans le Gen d’Hiroshima, du moins à la fin du premier volume marqué par l’explosion de la Bombe. Mais le plus intéressant reste de percevoir ces effets ailleurs. Ainsi la série des UFO Robo Grendizer (1975-1977) de Gô Nagai, plus connu en France sous le nom de Goldorak (contraction selon la légende de Goldfinger et de Mandrake)  utilise à plein les explosions nucléaires. Ceci s’explique dans un premier temps par l’histoire. L’épisode 25 nous apprend que la planète d’origine d’Actarus, Euphor, a été détruite par une vaste explosion nucléaire comme le montre le choix graphique[6]. Mais il est possible à plusieurs reprises de retrouver ces explosions au graphisme nucléaire dans toute la série suite à l’affrontement (victorieux) de Golgoths[7], victimes désignées de la furie du Prince de l’Espace. Ainsi la fin de « l’Aragne » dans l’épisode 5 impose au spectateur un champignon proche de celui des essais d’Alamagordo ou de Bikini.

Autre œuvre imposant ce code graphique atomique par excellence, le Akira de Katsuhiro Otomo. Les similitudes sont évidentes dans le film d’animation sorti le 16 juillet 1988 (« Gadget », la première bombe atomique explosa le 16 juillet 1945).

 

Le silence, la boule, le flash, tous les codes sont là. Otomo pousse le parallèle encore plus loin lorsque la créature Akira réduisant à néant Tokyo est représentée avec une totale proximité graphique de « Gadget » comme l’illustrent les deux images suivantes.

 

 

Si la version manga diffère sur certains points dans le manga originel, l’explosion par exemple se situe le 6 décembre 1982 marquant le début d’une nouvelle guerre mondiale, nucléaire cette fois-ci, la boule initiale de l’explosion reste le marqueur graphique initial du chef d’œuvre de Otomo.

Se pose alors la question des victimes et de leur représentation. Dans Goldorak les explosions vaporisent les civils figés par la peur des attaques de Vega. On retrouve ici une certaine corrélation avec les témoignages des victimes de Hiroshima et Nagasaki ainsi que rapportés par John Hersey en 1946 parlant de corps brûlés, d’yeux fondus et autres horreurs[8], mais sans le dessin montrant toutes les horreurs. Un pas est franchi dans ce sens avec l’adaptation de Gen d’Hiroshima en film d’animation par Mori Masaki en 1983 dont la violence n’est pas cette fois-ci occultée. Cette violence se retrouve d’ailleurs dans une autre série animée qui a beaucoup fait pour insinuer que les mangas et la japanimation n’étaient qu’art dégénéré, violent et sadique. Il s’agit de Hokuto no Ken, « Ken le Survivant » en français. La déformation des visages, les explosions en humeurs dans cette histoire post apocalyptique reprennent clairement les codes graphiques du Gen d’Hiroshima. Le monde ravagé par un conflit nucléaire, n’est plus que cendres, sécheresse et violence. Mal programmée, mal remise en perspective, cette œuvre de Tetsuo Hara et Buronson, respectivement dessinateur et scénariste, emprunte également le graphisme et la violence née de l’atome. Une série de 3 OAVS intitulés Shin Hokuto no Ken sort en 2003 sur les écrans et alors que la première série parlait d’un monde détruit par une explosion atomique sans le montrer dans le premier épisode, l’intro de 2003 est beaucoup plus explicite avec une séquence montrant diverses explosions nucléaires et leurs effets sur les villes et le monde[9].

Ainsi nous voici parvenu au terme de ce premier tour d’horizon rapide mais, nous l’espérons, suffisant pour titiller la curiosité. L’impact des attaques atomiques de Hiroshima et Nagasaki sont limpides pour qui s’intéresse à la culture manga. Que ce soit le mal compris « Astro » ou l’œuvre dantesque de Nakazawa, les clés de lecture sont multiples, contradictoires et jalonnées de champignons et de boules atomiques destructrices. La boîte de Pandore ouverte le 16 juillet 1945, pouvait-il en être autrement pour le peuple qui devait subir les bombardements atomiques quelques semaines plus tard ? Pour cette population martyrisée, ce fut aussi la découverte d’une nouvelle idée, celle de la fin des temps possible à échelle humaine. Kentaro Miura, né en 1966, est un enfant de cette nouvelle ère. Né dans un Japon occupé, baigné par les œuvres de Tezuka et Nakazawa, Miura parvient au sommet de son art avec la série de Dark Fantasy, Beruseruku « Berserk », entamé en 1989 et toujours en cours. Manga magistral, d’une densité et d’une profondeur incroyable, l’une des clés de lecture renvoie immanquablement au nucléaire. Le volume 13, qui parut entre 1996 et 1997 est un tournant clé de son épopée. Il met les protagonistes face à une fin du monde marqué par « l’Éclipse » dont il appartiendra à chacun d’en découvrir les tenants et aboutissants.  Or que voit-on sous les traits acérés de Miura ? Une allégorie évidente de la Bombe.

Berserk – Kentaro Miura – 40 tomes à ce jour chez Glénat

Le poing démesuré, la Main de Dieu, les divinités infernales, les cris horrifiés des victimes en forme de champignon et l’éclat ténébreux central de la toute puissance absolue, du mal et du bien, la folie humaine absolue d’un monde au bord de l’abîme ce sacrifice porte en lui tous les stigmates nucléaires.

 

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Fin de l’épisode 1, l’épisode 2 c’est ici :

Épisode II – Mad World

 

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Teaser de l’épisode 2 :

 

[1] Voir l’article « Japan’s nuclear history in perspective: Eisenhower and atoms for war and peace » disponible sur le site suivant : https://thebulletin.org/2011/04/japans-nuclear-history-in-perspective-eisenhower-and-atoms-for-war-and-peace/

[2] Anime ce sont les dessins animés. Le terme a souvent été confondu en France avec les Mangas qui sont les bandes dessinées.

[3] Osamu Tezuka, Ma vie manga, Kana, 2011

[4] Keiji Nakazawa, J’avais six ans à Hiroshima, Le cherche midi, 1995

[5] Art Spiegelman, introduction à Gen d’Hiroshima op. cit. volume 1

[6] Je renvoie ici le lecteur au visionnage des épisodes cités qui sont disponibles en coffret DVD / Bluray chez AB Video.

[7] Ce sont les ennemis principaux envoyés par les forces de Vega pour vaincre le prince Actarus et Goldorak.

[8] John Hersey, Hiroshima, traduit de l’américain par Georges Belmont et Pascale Haas, Paris, Editions Tallandier, 2013 [1946]

[9] Ces OAVs de Takashi Watabe sont disponibles en DVD chez Kazé Animation