Marc Dufumier, Gilles Fumey

La Faim dans les pays pauvres

Festival International de Géographie 2019 « Les migrations » - Vendredi 4 octobre 9 h 45 à 10 h 45 – Chapiteau des démonstrations culinaires, Place de la Gastronomie

La Faim dans les pays pauvres

L’introduction de Gilles Fumey permet de poser la question dont on parle tout le temps, dans les familles, dans les médias … Est-ce que les gens migrent parce qu’ils ont faim ?

Dès le début de son intervention Marc Dufumier rappelle que la faim c’est d’abord un problème de pauvreté et pas d’indisponibilité alimentaire. A l’échelle mondiale, c’est vrai dans les pays riches (Restos du cœur en France) comme dans les pays pauvres sans oublier les pays émergents.

Il y a environ 820 millions de personnes qui n’ont pas les 2200 kilocalories nécessaires par jour dans le monde, auxquelles on peut ajouter 1 milliard de personnes qui souffrent de carences nutritionnelles (vitamines, fibres, …) et d’une espérance de vie réduite.

Globalement, Ils sont plutôt dans les pays pauvres à revenu national net par hab réduit. A nuancer : dans les pays émergents il y a, aussi, une grande misère due aux inégalités de revenus, même quand ces pays exportent … ex : il y a des bidonvilles au Brésil, des gens qui ont faim alors que le pays exporte vers les pays riches (soja, poulets, viande de bœuf).

Pour nourrir correctement 1 humain, avec quelques protéines, il faut 200 kg de céréale ou équivalent par hab et par an. Aujourd’hui, on dispose dans le mode de 330 Kgcal/personne !

La faim est donc un manque de pouvoir d’achat.

Que fait-on de l’excédent ?

Des gens riches qui achètent et gaspillent dans les familles, les grandes surfaces… ; nos cochons, volailles, ruminants mangent les aliments que les pauvres ne peuvent pas s’acheter.

Plus grave encore : des gens riches roulent en voiture, voyagent en avion : grâce en partie aux agro-carburants éthanol, agrodiesel … en augmentation.

La faim est un problème d’inégalité de revenus à l’échelle mondiale

La cause de cette pauvreté dans les pays pauvres, c’est notre agriculture (Europe, EU, …) qui exporte à bas prix des surplus de produits alimentaires (poulets de 40 jours, …) dans des pays où les gens travaillent à la main et donc ne parviennent pas à être compétitifs.

Il faut 200 fois plus de travail agricole à la main dans un pays pauvre que pour un travail mécanisé dans un pays riche (repiquage du riz à la main par exemple)

récolte du riz

ici en Casamance (Sénégal) la récolte se fait brin                                                                 Là en Camargue

par brin au couteau

Récolte du riz en Camargue, John Deere C570 (C670?)
Berichard

Photo Jean Tendeng

Un paysan, par exemple en Casamance, produit à la main 500 kg de riz par an, pas décortiqué soit 400 kg de riz décortiqué, il peut nourrir 2 personnes. Mais le paysan pauvre doit en vendre une partie pour acheter des produits de première nécessité, et sur le marché il est en concurrence avec le riz produit par les pays riches où un agriculteur peut produire 5 tonnes de riz à l’hectare : soit mille fois plus de produit brut par hab et par an que dans un pays pauvre. Même si notre agriculture productive est très destructive. On détruit (engrais, produits phytosanitaires…) environ les 4/5 … donc le produit est au moins 200 fois plus important que celui du paysan qui travaille à la main.

Cela est valable pour toutes les agricultures manuelles. Rapport de 1 à 200.

Ce sont donc souvent des populations rurales et paysannes qui souffrent de la faim. Alors des gens migrent de la campagne vers la ville faute de trouver du travail par exemple au Brésil les ouvriers agricoles remplacés par le glyphosate. Ils espèrent un travail en usine mais le nombre d’emplois créés est insuffisant. Certains détroussent touristes, certains se font bouclier humain pour narco -trafiquants.

Le conférencier propose plusieurs exemples : en République Centrafricaine : il faut réconcilier chrétiens et musulmans. Mais en fait l’opposition est d’abord socio-économique entre chrétiens, agriculteurs sédentaires et musulmans éleveurs semi-nomades qui migrent vers les terres agricoles. Des conflits entre petits agriculteurs qui sont à la limite de la survie et éleveurs dont les troupeaux broutent les champs et qui demandent : pourquoi mettent-ils leurs parcelles a coté de nos campement ? Alors que le système traditionnel de culture sur brûlis induit de grandes rotations. Des zones mises en jachère autour du village. Quand il y a la broussaille, plus fertile, mais c’est là qu’il y a les campements nomades … Les 2 communautés ont des revenus faibles, des oppositions instrumentalisées pour gagner le pouvoir.

Les guerres civiles ont beaucoup à voir avec la pauvreté. Elles poussent à des déplacements de populations.

Migrations sud-sud.

Les pauvres quittent les campagnes pour les villes ; ceux qui en ville ont des revenus ont les moyens de payer un passeur : ce ne sont pas les plus pauvres qui cherchent à gagner l’Europe ou les USA, situation que l’on peut comparer avec les migrations européennes vers l’Amérique au XIXe siècle ou au début du XXe siècle.

La pauvreté est une cause de migration. Mais ce sont rarement les plus pauvres. En Afrique1 : il faut avoir entre 10 et 12 bœufs pour payer un passeur … C’est un investissement, pour que le migrant puisse ensuite aider la famille restée : s’il échoue, il n’est plus accepté, n’ose pas rentrer chez lui, retente !

Aujourd’hui au Brésil, on assiste à des mouvements migratoires internes : des populations du Nord du Brésil migrent vers la forêt amazonienne, défrichent la forêt. Quand la terre devient moins fertile, au lieu de laisser repousser, ils vendent les terrains à des éleveurs et poussent la déforestation. Le conférencier rappelle le sort des Allemands qui, avaient migré parce que pauvres métayers, qui se sont installés au Sud du Brésil sur des exploitations familiales. Les enfants, petits enfants… disposent aujourd’hui d’un capital pour investir en Amazonie sur des milliers d’hectares, avec des bulldozers pour produire du Soja et pratiquer l’élevage bovin. Une viande brésilienne qui avec le Mercosur : risque d’aggraver la déforestation et avec les conséquences environnementales que l’on devine.

Comment fait-on pour enrayer ça ?

Manger moins de viande qui contribue à la déforestation? Nos poulets en batterie, élevage qu’on appelle intensif est en fait extensif puisqu’il repose sur l’exploitation de vastes territoires aux dépens de la forêt amazonienne ou congolaise …

Pour développer une agriculture intensive et non pas extensive il ne faut pas nécessairement produire plus à l’hectare en produit brut mais en valeur ajoutée ce qui contribue à augmenter le revenu de l’agriculteur et au revenu national net par hectare : il faut accroître la valeur ajoutée à l’hectare. En France, cesser de produire des poulets et des blés bas de gamme. Produire moins et mieux. En cessant de ruiner les agricultures des pays pauvres ou en développement.

Est-ce possible ? Oui.

Le soleil est présent partout. Il faut faire un usage intensif à l’hectare des rayons du soleil, c’est la photosynthèse qui transforme les rayons solaires en nourriture. Ne rien perdre. Rentabiliser toutes les saisons. Ne pas laisser les sols nus.

le conférencier fait ici un petit cours d’agronomie Pour en savoir plus sur le débat agronomique voir Marc Dufumier, Olivier Le Naire, L’Agroécologie peut nous sauver, 2019, Nature, écologie et essais éditeur, Recension à venir sur la Cliothèque

Sucres, amidons, lipides contribuent à la fabrication de la partie partie carbonée.

La plante a besoin de carbone : il n’y a pas pénurie … ! Libère l’oxygène …

Les plantes se décomposent, fabriquent de l’humus …

Problème : il faut de l’eau. Mais la plante peut momentanément résister au manque d’eau, elle peut fermer ses orifices de transpiration, mais dans ce cas, elle ferme aussi ceux qui prennent le gaz carbonique de l’air…

Le niveau des nappes phréatiques diminue partout. En Inde ce sera cause de migrations. Il ne faut pas la prélever.

C’est l’eau de pluie qu’il faut prélever. Avec le réchauffement climatique sa répartition est de plus en plus aléatoire et chaotique.

Il est important d’empêcher le ruissellement. Il faut replanter des haies. Il faut un sol poreux et pour ça faire confiance aux vers de terre. La pratique de l’enherbement de l’interligne des vignes permet aussi l’infiltration des eaux de pluie. L’humus retient l’eau : paille, gaz carbonique, azote …

L’azote c’est 79 % de l’air. En abondance, il faut en faire un usage intensif. Mais l’azote de synthèse est coûteux en énergie (pour la France gaz russe) il faut oublier les engrais de synthèse.

Alternatives : légumineuses. Lentilles, pois chiches, … il y en a dans tous les pays du monde : niébé, pois congo, dolique… Les légumineuses utilisent l’azote de l’air et le rendent disponible pour les autres cultures (associées ou suivantes).

Le conférencier évoque aussi les besoins des plantes en calcium, en phosphore et les moyens de les obtenir naturellement (élevage des animaux sur paille, agroforesterie) écrit en gros l’agroécologie qui ne résoudra pas tous les problèmes comme l’accaparement des terres qui est aussi cause de migrations.

On peut nous produire moins et plus de valeur ajoutée, ici et là-bas ce qui accroîtra la valeur ajoutée, la quantité de nourriture destinée à eux-mêmes. Ils seront peut-être moins nombreux à migrer, à détrousser le touriste, …

Il faut lutter contre la pauvreté, et comme cela on luttera contre l’immigration contrainte. Une migration choisie est agréable, une migration contrainte est détestable.

Adeline Abrioux, Christiane Peyronnard pour les Clionautes

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1  L’exemple cité se situe à Velingara, Sénégal

À propos de l'auteur

Christiane Peyronnard

Retraitée, j'ai enseigné en collège, en lycée, à l ' IUFM site de Chambéry - Savoie Historienne moderniste de formation Passionnée de l'Afrique (histoire, développement) et des questions environnementales

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