Le sujet de référence du diplôme national du brevet (DNB) en histoire-géographie et enseignement moral et civique (EMC), publié pour préparer la session 2027, donne à voir les attentes renouvelées de l’examen. Il ne bouleverse pas les thèmes du programme, mais demande aux élèves de rédiger davantage, d’organiser leurs réponses et de mobiliser un vocabulaire disciplinaire précis. La longueur des documents et le temps requis pour en extraire et interpréter les informations contribuent également à cette hausse du niveau d’exigence.

Un sujet de référence qui rend visibles les nouvelles attentes

Comme d’habitude, le sujet répartit l’épreuve d’histoire-géographie en deux exercices : l’analyse de documents puis la maîtrise des différents langages et des repères. En EMC, une situation pratique consacrée à la désinformation et aux ingérences donne lieu à cinq questions. Le nouveau barème, mis en place pour la session 2025, renforce le poids du deuxième exercice, en particulier le développement construit, évalué sur 18 points.

Le sujet de référence présente plusieurs nouveautés.

Tout d’abord, il y a un renforcement net de la rédaction : toutes les réponses doivent désormais être formulées. Le temps des réponses courtes au sens  » un mot, une expression ou une citation de texte » n’aura pas duré. Désormais, il est clairement indiqué un nombre de phrases attendues.

La charge de lecture mérite aussi l’attention. En histoire, les élèves doivent mettre en relation le journal d’un jeune habitant de Besançon et un tract de la France libre. En EMC, ils lisent un texte consacré à une opération de désinformation, puis interprètent un graphique présentant les réponses à cinq affirmations sur les fausses nouvelles. Aussi bien les textes, assez longs, que le graphique vont réclamer plus de temps qu’habituellement pour être correctement lus et compris. Les mots difficiles ne sont pas nécessairement assortis d’une note de bas de page.

Les connaissances, qui étaient indispensables à l’exercice II (maîtrise des nouveaux langages), sont à mobiliser plus nettement dès l’exercice I (analyse de documents) avec deux questions de repères chronologiques. Les questions de prélèvement d’information, qui formaient l’essentiel de l’évaluation depuis des années, sont désormais limitées au nombre de deux. Viennent ensuite trois questions d’analyse qui, sans être inaccessibles, vont réclamer une bonne combinaison des connaissances personnelles et des aptitudes à la compréhension du texte. Par exemple, il est impossible de répondre aux questions 6 et 7 à partir des seuls documents.

Il est tout à fait regrettable que l’exercice I et l’exercice III (EMC) soient donnés sans un barème précis, question par question.

L’avis des Clionautes : un niveau d’exigence renforcé, et nécessaire

Pour les Clionautes, ce sujet confirme un relèvement du niveau d’exigence.

La maîtrise de la langue est un critère nettement plus discriminant d’évaluation, par la charge de lecture, la nécessité de formuler toutes les réponses par des phrases, le maintien d’un développement construit de plus de trente lignes, etc. On attend nettement plus des élèves et, en parallèle, on les expose de fait davantage aux pertes de points liées à la mauvaise maîtrise de la langue. Même s’il y aura fatalement un temps d’adaptation des élèves et de leurs familles à ce nouvel horizon, sous soutenons ce renforcement des attentes. Le dernier PISA a confirmé que nous sommes tombés tellement bas, avec des copies maculées de fautes, souvent illisibles, jusqu’au baccalauréat, qu’il est primordial de redresser la barre. Que l’histoire-géographie-EMC prenne sa part se justifie.

Concernant les connaissances, ce nouveau sujet de référence confirme la tendance qu’un élève qui n’aura pas préparé l’examen, augmentera nettement le risque de ne pas avoir la moyenne. Entre l’exercice II, qui était jusqu’ici le plus discriminant, et l’exercice I dont au moins la moitié des questions exige des acquis personnels, l’histoire-géographie ne produira sans doute pas de bons résultats en juin 2027. Un examen qui ne permet pas de certifier les compétences de la fin du cycle 4 ne sert pas à grand chose. Il faut combattre cette fausse certitude installée chez beaucoup de collégiens qu’on peut survoler les révisions, ne rester qu’une heure à sa table et repartir avec une note correcte et même une mention !

Etant donné la densité des documents et le temps nécessaire pour les traiter, toute sortie de salle avant les deux heures ne pourra être que périlleuse.

Notre souhait est que l’ensemble des disciplines soit soumise au même niveau d’engagement. Nous avons eu l’expérience où l’histoire-géographie faisait plus que d’autres pour ensuite se faire reprocher sa difficulté.

 

La réussite de cette évolution dépendra toutefois de la préparation en classe.

Les attendus doivent être travaillés au plus tôt et régulièrement : lire des documents de formats différents, prélever et confronter des informations, construire un paragraphe, réutiliser le lexique disciplinaire et relire ses réponses. Les indications du sujet — longueur attendue et mots proposés — apportent des repères, mais ne remplacent pas cet apprentissage progressif. En l’état, tous les sujets d’annales seront sous-dimensionnés pour préparer correctement les collégiens.

Toutefois, il n’est pas certain qu’un an suffise à remettre à flot la génération actuelle de 3ème et, dans le climat actuel de campagne électorale et d’anxiété générale, on peut craindre que ce redressement tous azimuts du ministère, quoique nécessaire sur le fond, ne produise une franche hostilité. De fait, pourquoi avoir attendu septembre 2026 pour corriger des errances de plusieurs années, voire décennie ?

Il n’a échappé à personne que la session 2027 aurait lieu après la présidentielle. Même si le ministre a prétendu récemment écrire sa réforme dans le marbre, on se souvient du destin éphémère des épreuves communes de contrôle continu, abandonnées dès la première année. Il n’est pas exclu, dans la dernière ligne, qu’un contre-ordre ou des consignes de correction particulièrement clémentes n’entravent la démarche entreprise ce mois-ci.

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