Evolution des dépenses militaires par pays entre 2004 et 2013

FDGG14 : Débat 3 : “La Russie et sa sécurité : la renaissance d’une grande puissance ?”
Eric Brunat, université de Savoie, laboratoire IREGE
et Jacques Fontanel, université Pierre Mendès-France de Grenoble

Présentation des auteurs :
La Russie veut redevenir une grande puissance qui pèse dans le concert international. Elle applique la stratégie de la “Realpolitik” en vue de restaurer ses zones d’influence. Elle relance son complexe militaro-industriel et elle s’engage dans une reforme et une modernisation militaire d’importance.

Les éléments fondamentaux :
– L’Urss n’a pas pu s’articuler avec la mondialisation. La raison principale était les dépenses militaires (50% du budget). La privatisation a créé une économie d’oligarques et un état destructuré, avec un retrait de l’Etat catastrophique notamment en matière de santé publique.
– La conjoncture économique a permis néanmoins de retrouver en 10 ans le PiB de l’Urss par l’exploitation massive de ses ressources fossiles, ce qui justifie (en partie) son appartenance stratégique au Bric puis Brics, dans une optique de réémergence et non pas en tant que pays souvent qualifié à tort d’émergent.
– Le pouvoir contrôle l’économie de rente en assumant des coûts financiers et politiques importants.
– La Russie ne néglige pas non plus ses capacités de Soft Power sur fondement d’intérêts communs avec la diaspora russe et les pays amis (orthodoxes, alliés géopolitiques, autres Brics).

Retour sur l’héritage militaire soviétique et les évolutions actuelles :
– L’appareil est au sortir de l’implosion de l’Urss, usé (budget à 2%) sauf secteurs spécialistes.
– La volonté est de réformer le complexe militaro-industriel depuis 2000 : recherches en secret, maintien de la 2ème force nucléaire mondiale.
– La recherche et developpement est faible (10% du budget).
– Les conflits sanglants de Tchéchénie ont infléchi fortement l’organisation de l’armée : fin progressive de la conscription, suppression des échelons innombrables d’officiers. La réforme radicale initiée par Medvedev se traduit aujourd’hui par un budget qui dépasse 4% du PIB et est le 3ème mondial en 2014 derrière les Etats-Unis et la Chine mais à nouveau devant les Européens (RU, Fr, All).
– La Russie “encerclée” se veut encore une grande puissance : L’Otan n’est-elle maintenue que pour contenir la seule Russie ? La Russie veut au moins redevenir une grande puissance régionale
– Le complexe militaro-industriel renaît :
La Russie achète des équipements sophistiqués à l’Europe et cherche à s’équiper en matériel satellitaire qu’elle ne possède pas et dont elle estime avoir à tout prix besoin pour restaurer son statut mondial.
– Elle est redevenue le 2ème exportateur au monde après les EU vers l’Inde, mais aussi l’Iran, la Syrie… Mais les exportations qui participent fortement à son PIB pourraient être menacées en cas de conflit.
Par ailleurs, le nucléaire stratégique est limité par les accords StART 2010, de même l’armée conventionnelle peine à être mis en place, faute de paiement et de qualité des hommes.

Mais la Russie est convaincue de son bon droit. Poutine poursuit un grand objectif : replacer la Russie sur le devant de la scène internationale, afin de recréer l’espace Grand-Russe.
A la lumière des erreurs occidentales, on peut faire le parallèle avec Sun Tzu (“L’art de la guerre”, env. 6ème siècle av JC) : utiliser la ruse contre l’adversaire pour obtenir une victoire sans combattre… Dans le cas de la Crimée.

Une conférence au contenu dense, trop dense, menée au pas de charge (!) par Eric Brunat, avec une cinquantaine de diapos. Le débat n’a donc pas eu lieu, ni entre les 2 conférenciers, ni avec le public.
C’est dommage, car l’auditorium était plein comme un oeuf avec de nombreux étudiants préparant Science-Po et qui n’ont pas dû digérer une telle profusion d’informations, car si le contenu était à la hauteur, on ne peut que regretter la forme, style cours de fac avec Powerpoint, dont on sait trop comment ce peut être indigeste.
Le public – aussi composé de connaisseurs – est reparti frusté…

Jean-Michel Crosnier © les Clionautes