5. Les programmes d’enseignement de l’Histoire-géographie au primaire

Les limites des programmes de 2008

Les programmes que les enseignants de l’élémentaire utilisent actuellement datent de 2008. Ils ont été critiqués dans diverses sphères, essentiellement pour trois raisons : leur francocentrisme patent, leur caricature dans l’outillage (la domination de la « carte » comme outil quasi-exclusif par exemple) et le sempiternel cloisonnement des échelles (à une année du cycle correspond une échelle spatiale). Sur la forme, on peut déplorer l’absence de documents d’accompagnement et le fait d’avoir sorti un texte difficilement qualifiable dans la nomenclature du MEN (BO complémentaire de janvier 2012, soit 4 ans après la parution des dits programmes), qui se présente sous forme de tableau et ne fait que renforcer l’aspect prescriptif des programmes de 2008, sans en faire comprendre les nouveautés. En histoire, une autre critique courante est celle de la lourdeur des contenus; ainsi, en CE2, le programme s’étend de la préhistoire à nos jours et comptent 9 thèmes déclinés en 25 points !

Trop de contenu, pas assez cohérent, en regard des possibilités d’apprentissage en primaire

Les élèves apprécient beaucoup le travail sur la Préhistoire, les Gaulois et les Romains (pour simplifier), mais ils ont du mal à l’entrée du CE2, à appréhender la notion de l’échelle du temps, ne maîtrisent pas les grands nombres, encore moins les dates négatives. Très souvent, l’’enseignant doit revoir les bases du calendrier, de la frise chronologique. Autre exemple, pour la période des Temps Modernes, les élèves de CE2 doivent étudier des cartes sur le thème des Grandes Découvertes (échelle mondiale), alors qu’en parallèle, en géographie, ils ne travaillent que sur des échelles locales voire françaises. Autre exemple d’incohérence, en CM1 et CM2, la Révolution Française est divisée entre ces 2 niveaux. Il y a 10 thèmes en 34 points à aborder en CM1; en CM2, 7 thèmes en 30 points. Mais il n’y a que 36 semaines dans l’année scolaire et l’ensemble du programme d’histoire, de géographie et d’instruction civique et morale pour les quatre ans du primaire doit être traité sur 78 heures annualisées ! Certes on pourrait aborder tous ces points, mais en réalité, qui termine le programme ? Et si oui, qu’en retiennent les élèves ?

Prescrire et proposer une diversité de pratiques, comme dans les programmes de 2002

L’arrivée tardive des progressions en 2012 a aidé les jeunes collègues mais en même temps ce partage précis du programme en 3 ans néglige les spécificités des classes à cours multiples ou cours unique. Diverses méthodes sont d’ailleurs pratiquées dans les écoles selon leur structure : démarche purement chronologique, démarche spiralaire, voire mixte sans trouver de solution pour aborder tous les points du programme. Beaucoup d’enseignants, pour « boucler le programme », utilisent la pédagogie du projet, qui leur permet de travailler certains points d’histoire à travers la littérature, les arts. Cette pratique était reconnue dans les programmes de 2002, avec les projets, les classes à PAC, mais plus dans ceux de 2008.

Vertus des programmes de 2002

Une minorité de professeurs des écoles ont modifié leur pratique à la lecture des programmes de 2008 et de leur complément de 2012. Les programmes précédents, ceux de 2002, avaient été perçus comme plus novateurs et plus ouverts, notamment parce qu’ils étaient associés à des documents d’accompagnement (dont le contenu apparaît toujours utilisable et intéressant), donnant des pistes sans toutefois trop orienter. Ces programmes de 2002 sont encore utilisés et même parfois conseillés par la hiérarchie (en littérature, en sciences…); ils donnaient des pistes et respectaient la liberté pédagogique chère aux enseignants. Ils faisaient le lien entre les disciplines, proposaient de « donner un cadre chronologique élémentaire pour situer un nombre restreint d’événements » (document d’application p. 7). Le programme était présenté en 21 points forts. Les progressions de 2012 sur les programmes de 2008 sont certes rassurantes mais en même temps très figées et elles ignorent la spécificité de certaines classes. Les compétences sont listées à la manière d’un catalogue et ne rendent pas compte de la complexité des processus à engager; on ne parle plus de pédagogie, d’expérimentations.

Revoir les programmes ou la formation ?

Les enseignants déplorent que d’un programme à l’autre, on passe d’un extrême à l’autre, par exemple dans les programmes de 2002 pour le CE2, p.10 du document d’application, il est spécifié « Vouloir balayer l’ensemble du programme d’histoire dans la première année du cycle n’est pas raisonnable et conduit à brouiller les esprits. » Alors que dans les progressions de 2012 : « le cours élémentaire deuxième année couvre toutes les périodes du programme et permet ainsi aux élèves de découvrir l’ensemble des périodes » ! Comment s’y retrouver sans avoir un minimum de connaissance en histoire et en pédagogie, ce qui fait défaut avec la nouvelle formation ? Les programmes de 2002 avaient également leurs défauts, notamment du point de vue du français et de l’étude de la langue mais en même temps ils permettaient de mettre en place des expérimentations pédagogiques.

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À propos de l'auteur

Bruno MODICA

Agrégé d'histoire, Chargé du cours d'histoire des relations internationales Prépa École militaire interarmes (EMIA) Chargé du cours de relations internationales à la section préparatoire de l'ENA. (2001-2006) Enseignant à l'école supérieure de journalisme de Lille entre 1984 et 1993. Rédacteur/correcteur au CNED de Lille de 2003 à 2016. Concepteur de la maquette et du cours d'histoire des relations internationales EMIA Correcteur de la prépa. Sciences-po Paris. Master 1. Rédacteur CAPES …

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