Les femmes durant la Commune de Paris 1871

Rendez-Vous de l’Histoire n°21

Café Les Trois Clés de Blois

Samedi 13 octobre 2018.

Françoise Bazire, Secrétaire de l’association des Amies et amis de la Commune.

Je tiens à remercier Françoise Bazire ainsi que les Amies et amis de la Commune, personnellement et au nom des Clionautes, pour l’accueil très positif, nos échanges et pour nous avoir confié les notes de l’intervention.

Pour parler de l’action des femmes sous la Commune, il est utile de faire un petit rappel historique.

→ le 2 décembre 1851, c’est le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte qui prend le pouvoir. Le Second Empire durera jusqu’au 4 septembre 1870.

→ La première partie du second empire va connaître un grand essor industriel et voit l’émergence d’une nouvelle classe : le prolétariat.

Une classe ouvrière, encore balbutiante, puisque peu nombreuse (l’usine Cail dans le 15e occupe 2000 ouvriers).

→ les industries traditionnelles restent prépondérantes. La moyenne s’établit autour de 4 ouvriers par atelier. Ce sont des gens qui vivent misérablement.

→ Les journées de travail sont en moyenne de 10 à 12 heures et peuvent  atteindre 16 heures.

→ Les salaires sont très bas,

→ Les logements sont insalubres et les loyers chers.

 

QUELLE EST LA SITUATION DES FEMMES DANS CETTE MÊME PÉRIODE ?                              

→ elles gagnent moitié moins que les hommes. Dans certaines professions, les fournitures restent à leur charge (c’est le cas des modistes ou des brodeuses).

→ Parce qu’ouvrières elles sont méprisées, bafouées par leur patron, leurs chefs et même leurs compagnons de travail.

→ Chez elles, c’est l’enfer de la pauvreté. L’alcoolisme du mari, du père qui s’ajoute à leur détresse.

→ Beaucoup travaillent à domicile pour concilier revenu et ménage, Mais elles subissent la concurrence du développement de l’industrie et celle des couvents qui ont une main d’œuvre gratuite et cassent les prix.

→ On parle de la prostitution obligatoire pour faire vivre la famille. On dit que la femme va faire le 5ème quart de sa journée !

Lorsqu’elles rejoignent les ateliers, les ouvrières à domicile, sans formation professionnelle, font les plus basses besognes.  Nous avons le témoignage de l’une d’entre elles : Victorine Brochet arrivée du Loiret en 1862 auteur de l’ouvrage : « Souvenirs d’une morte vivante » : « Je défais mon drapeau qui était enroulé autour de ma poitrine. Je me souviens du premier jour où il nous fut remis, frais et brillant, avec son inscription en lettres dorées : « Défenseurs de la République » ; comme nous étions enthousiastes ce jour-là. Je me souviens des luttes que nous avons soutenues à l’ombre de ses plis flottant au vent lorsqu’il reçut ses cinq premières balles, ses glorieuses blessures ranimaient notre courage. »

→ Proudhon, ardent défenseur de la Classe ouvrière, remarquable théoricien révolutionnaire, ennemi de la propriété privée, a développé des théories pour le moins étonnantes à propos des femmes.

Il est en cela le reflet de son époque, mais ces affabulations pseudo-scientifiques à propos des femmes trouvent écho dans le mouvement révolutionnaire.

Voici quelques extraits de De la justice dans la Révolution et dans l’Église & La Pornocratie ou les femmes dans les temps modernes : « L’homme et la femme peuvent être équivalents devant l’Absolu : ils ne sont point égaux, ils ne peuvent pas l’être, ni dans la famille, ni dans la cité. », La femme ne peut être que « ménagère ou courtisane », « La femme est un joli animal, mais c’est un animal. Elle est avide de baisers comme la chèvre de sel », « Il faut absolument qu’un mari impose le respect à sa femme, et pour cela, tous les moyens lui sont donnés : il a la force, la prévoyance, le travail, l’industrie. En aucune de ces choses, la femme ne saurait l’égaler ». « Le cœur de l’homme doit être plein de volupté de commander chez lui. Sans cela, l’homme disparaît », « Une femme ne peut plus faire d’enfants, quand son esprit, son imagination et son cœur se préoccupent des choses de la politique, de la société, de la littérature… », « Si instruite que soit la femme, tu verras bientôt qu’elle ne sait guère, et que son babil est plus insupportable que le bavardage de l’ignorance… Elle est incapable de soutenir la tension cérébrale de l’homme. »

→ La colère gronde et Napoléon III est obligé de lâcher du lest à partir des années 1860.

     – Il autorise les réunions publiques, les réunions de clubs.

     – accorde le droit de grève, mais pas de se syndiquer.

– tolère le développement de coopératives, mutuelles et même de chambres syndicales ouvrières.

 → La population parisienne va s’emparer de ces lieux où l’on  échange sur les grandes idées émergentes :

la république sociale,

la séparation Église /État,

l’école laïque,

la volonté d’établir la Commune

→ Les contacts internationaux se multiplient, en particulier grâce aux expositions universelles.

→ En 1864 se crée à Londres la 1e Internationale, des ouvriers français y participent.

→ En 1865 des Sections françaises de l’Internationale se mettent en place.

→ Des grèves puissantes ont lieu dans toute la France mais sont sévèrement réprimées.

→ Eugène Varlin au congrès de l’AIT à Genève, en septembre 1866, s’oppose à la majorité imprégnée des idées de Proudhon, à propos du rôle des femmes et de l’éducation des enfants.

AVANT LE 18 MARS : FAILLITE ET TRAHISON DES CLASSES DIRIGEANTES

→ Pour tenter de faire face à ce mouvement social et républicain, Napoléon III déclare la guerre à la Prusse le 19 Juillet 1870. C’est très vite la défaite. À Sedan, le 2 septembre 1870, l’empereur est fait prisonnier.

→ Le 4 septembre 1870, les femmes participent à une manifestation sur la place de l’Hôtel de ville. C’est la proclamation de la République. Un gouvernement dit « de défense nationale » s’installe.

→ Les députés républicains choisissent le général Trochu comme commandant militaire et chef du gouvernement qui montre peu d’ardeur à lutter contre les prussiens.

– le 8 septembre 1870, une manifestation, avec à sa tête André Léo (Léodile Champeix) et Louise Michel, se déroule devant l’Hôtel de ville de Paris. Elles réclament des armes pour lutter contre les prussiens

Le siège de Paris commence le 19 septembre.

 – Le 7 octobre 1870, les femmes vont réclamer le droit de participer aux postes avancés de la bataille pour soigner les blessés – les « ambulances » (un droit qu’elles n’obtiendront que sous la Commune)

→ Pour imposer la résistance aux prussiens, des Comités de vigilance se créent dans les arrondissements (à Montmartre, on trouve L. Michel pour la section féminine et T. Ferré pour les hommes). Ces comités se fédèrent; c’est la création du comité des 20 aarrondissements.Il siège rue de la Corderie où se trouve également le siège de l’Internationale.

→ Durant le siège de 1870 par les Prussiens, Paris souffre considérablement de la faim, du froid – l’hiver est très rude – Le chômage est extrêmement important : les emplois sont passées de 600 000 en 1870 à 114 000 en 1871. Mais les parisiens ne veulent pas capituler.

→ Le 7 janvier 1871 :  le comité des 20 arrondissements de Paris placarde sur les murs « l’affiche rouge » où l’on proclame « Place au peuple, place à la Commune ».

→ Le 28 janvier 1871, le gouvernement de défense nationale signe l’armistice avec les prussiens. Cet armistice coûte cher et c’est pour les parisiens une paix honteuse, un véritable affront.

→ Le 8 février 1871 : c’est l’élection d’une assemblée nationale exigée par Bismarck pour négocier un traité de paix. Cette nouvelle assemblée est majoritairement monarchiste. Elle s’installe d’abord à Bordeaux puis ensuite à Versailles, la capitale des rois. La République est en danger.

→ Le 17 février, Adolphe Thiers est nommé « chef du Pouvoir exécutif ». Il prend des mesures impopulaires : suppression de la solde des gardes nationaux de 1,5 F par jour ; suppression du moratoire sur les loyers et les échéances.

→ La Garde nationale qui s’est renforcée avec les parisiens voulant se battre contre la Prusse représente 180 000 hommes. Les bataillons se fédèrent le 15 mars (d’où le nom de Fédérés donnés aux communards).

Bientôt c’est le peuple qui est armé et cela n’est pas du goût du gouvernement.

 LES DÉBUTS DE LA COMMUNE

Thiers décide de désarmer les Parisiens. Au petit matin du 18 mars, le général Claude Lecomte et sa brigade se déplacent vers Montmartre avec l’objectif de récupérer les canons, mais les attelages manquent pour les enlever rapidement.

→ A l’aube, la population montmartroise est alertée par le bruit des sabots sur les pavés et découvre l’intrusion des militaires.

→ Les femmes, tôt levées, sont au premier rang, elles vont chercher Louise Michel. Celle-ci donnera les premiers soins au fédéré Turpin. Le premier mort de la Commune.

→ Elles haranguent les soldats : « C’est indigne ce que tu fais là, tu ne vas pas tirer sur le peuple » (c’est ce que rapporte Lissagaray journaliste au temps de la Commune).

Par trois fois, le général Lecomte ordonne de tirer sur la foule. Mais un sous-officier, le sergent Verdaguer, crie « crosses en l’air ».

Les soldats l’approuvent et fraternisent avec la population.

→ La nouvelle s’est vite répandue dans Paris. C’est le 1er jour de l’insurrection !

-Thiers s’enfuit à Versailles avec la partie de l’armée qui n’a pas fraternisé avec la population parisienne et les cadres des administrations, emportant toutes les caisses, c’est un pillage complet (il n’y plus un seul timbre).

L’insurrection du 18 mars n’a donc pas éclaté comme un coup de tonnerre dans un ciel sans nuages. Elle est l’aboutissement d’un long processus, elle a des racines profondes.

→ Le 18 mars au soir, le Comité central de la Garde nationale s’installe à l’Hôtel de Ville.  Pendant une semaine, il assumera toute la responsabilité de la gestion politique, sociale et économique de la ville de Paris. Il assure la sécurité en occupant les fortifications et les forts de la périphérie. Il remet les rouages de l’état en route en occupant les ministères et les bâtiments publics.

→ Pour répondre à une volonté de démocratie très forte, il organise des élections. Elles ont lieu le 26 mars.

→ Le 28 mars 1871, la Commune est proclamée sur la place de l’Hôtel de ville par Gabriel Ranvier, un des élus de la Commune devant une foule en liesse.

 LES 72 JOURS DE LA COMMUNE

→ Dès le 29 mars, 10 commissions sont mises en place. Elles élaborent les décrets proposés à la Commune.

En 72 jours, la Commune a réalisé une œuvre sociale et démocratique qui résonne très fortement encore à notre époque :

– la séparation de l’église et de l’état.

– l’école laïque, gratuite et obligatoire pour les filles et les garçons.

– le droit du travail et le droit au travail.

– la reconnaissance de la citoyenneté pour les étrangers.

– la réquisition des logements vacants pour les sans domicile.

– la réquisition des entreprises abandonnées.

– la justice accessible à tous.

La Commune est fondamentalement républicaine. Elle pense la République comme le seul régime légitime au dessus de la majorité. Mais cette république n’a de sens que démocratique, populaire et  sociale.

LA DÉMOCRATIE est le plus grand acquis de la Commune.

Les divisions sont nombreuses au sein des communards. Mais tous se retrouvent sur l’idée que la souveraineté du peuple doit être au cœur des pratiques politiques de la Commune.

C’est dans ces conditions difficiles que se met en place la plus authentique démocratie qui ait jamais existé.

Une démocratie citoyenne directe :

– qui donne l’obligation aux élus de rendre compte de leur mandat,

– qui permet la révocation à tout moment des élus,

– où le peuple n’abdique jamais sa souveraineté.

Cette démocratie va s’ouvrir comme jamais aux femmes et aux étrangers.

Nous allons voir comment la Commune a pu mettre en place toutes ces mesures grâce au peuple, et ce qui nous intéresse spécialement aujourd’hui, grâce à l’implication des femmes.

 → Des milliers d’entre elles se sont engagées dans la Commune et ce, dès le 18 mars. Elles y ont apporté leur volonté de mettre fin à leur exploitation et à l’infériorité de leur condition. Elles ont donné toute leur flamme, toutes leurs capacités de lutte et d’initiative et donné jusqu’à leur vie.

→ Ces femmes sont d’origines très diverses et il est difficile d’en faire un portrait modèle. La présence en très grand nombre des femmes du peuple dans un combat politique et social est un trait fort de la Commune.

 → Elles sont de tout âge : la plus jeune a 14 ans, la plus ancienne 71 ans.

Elles viennent de partout, ce sont surtout des provinciales.

– Seulement 10% sont natives de Paris,

– 12 % sont étrangères essentiellement Belges

– Les Russes et les Polonaises forment également un bon contingent. Elles sont souvent très politisées.

Les renseignements sur la situation de famille sont souvent absents. Célibataires et mariées se retrouvent sans surprise selon l’âge ;

Avoir des enfants a sans doute été un obstacle à l’engagement de ces femmes (seulement 15% sont notées comme mère de famille).

Ce sont d’abord des femmes du peuple : Les communardes travaillent massivement. Seules 15% sont sans profession.

– Les ouvrières dominent avec plus de 53 % de couturières et ouvrières de l’habillement, de blanchisseuses. Tout le petit peuple féminin est représenté, parfois le plus misérable.

– La petite bourgeoisie artisanale et commerçante est représentée, surtout des très petits commerces.

– Les professions intellectuelles (institutrices, femmes de lettres, journalistes) sont nombreuses.  Les plus connues sont notamment : André Léo, Victorine Eudes, Louise Michel, Marguerite Tinayre…

L’ACTION DES FEMMES a été très importante

Louise Michel a déclaré : « Si l’égalité entre les deux sexes était reconnue, ce serait une fameuse brèche dans la bêtise humaine ».

Elle incarne la volonté de se battre : durant toute la Commune, elle fut une « soldate ». Dès les premiers jours, elle endosse le costume de fédéré.

Elle a confié la direction du comité de vigilance de Montmartre, qu’elle préside depuis deux ans, à Sophie Doctrinal ; elle confie l’école privée qu’elle dirige à la sous-maîtresse de l’école.

Elle peut ainsi se battre pour la défense de Paris.

Début avril, les femmes lancent un appel à aller à Versailles.

→ Le 3 avril, elles se retrouvent à 1200 femmes au pont de Grenelle. Les dirigeants de la Commune leur enjoignent de ne pas sortir de Paris. Ils rappellent la brutalité des répressions versaillaises. En fait, ils sont hésitants sur cette action.

La sortie n’a pas eu lieu mais devant une telle volonté féminine la nécessité de s’organiser s’impose.

11 avril, c’est la Création de « l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés ».

Dès le 11 avril, l’Union publie par voie d’affiches, sur les murs de Paris, un texte disant que : la lutte pour la défense de la Commune, c’est la lutte pour le droit des femmes.

Elles écrivent :

– «nos ennemis, ce sont les privilèges de l’ordre social actuel, tous ceux qui ont vécu de nos sueurs, qui toujours se sont engraissés de nos misères»

– «nous voulons le travail pour en garder le produit, plus d’exploiteurs, plus de maîtres».

– «toute inégalité et tout antagonisme entre les sexes, constituent une des bases du pouvoir des classes gouvernantes».

→   l’Union des Femmes et ses comités siégeaient dans les mairies d’arrondissements sauf dans les IIe et XVe. Ces femmes s’organisent remarquablement, ce qui est méritoire dans cette période très tourmentée.

Les statuts de l’association sont publiés dans le journal « La Sociale » le 12 avril, par André Léo. Les nouvelles seront très souvent relayées dans ce journal.

→ Les deux principales dirigeantes de l’Union sont Nathalie Le Mel et Élisabeth Dmitrieff. Il y a aussi Marceline Leloup, Aline Jacquier, Thérèse Collin, Aglaé Jarry et Blanche Lefevre.

Nathalie Le Mel déclare

« Toute ma vie j’ai travaillé à l’amélioration du travail des femmes ».

Née à Brest le 26 août 1826, c’est une ouvrière relieuse. Elle participe en 1864 avec Eugène Varlin au syndicat des relieurs et obtient, pour cette profession, l’égalité de salaire entre hommes et femmes. En 1865, cet acquis sera remis en cause.

Elle gère avec Eugène Varlin le restaurant « La Marmite ». Quand vient le siège de Paris, Nathalie réussit le tour de force de nourrir régulièrement des centaines d’ouvriers au chômage. Elle apporte tout le fruit d’une expérience de lutte prolétarienne et est spécialement chargée des questions sociales.

Élisabeth Dmitrieff

Née en Russie le 1er novembre 1850, Marx lui demande d’être correspondante sur les événements de la Commune de Paris. De grande naissance et cependant « tout peuple de geste et de cœur », elle s’occupe surtout des questions politiques et se démène particulièrement pour la mise en place et l’organisation d’ateliers coopératifs.

Les femmes partent à la conquête de la citoyenneté

→ Si elles ne sont ni électrices, ni éligibles aux élections du 26 mars, la Commune les associe à des fonctions politiques et sociales importantes.

→ La participation des femmes dans les clubs et sections de l’Internationale marque l’histoire de la Commune. Elles président les séances et n’hésitent pas à intervenir. Elles obtiennent la mixité des clubs. Elles écrivent dans les journaux.

→ Les femmes sont associées, dans quelques quartiers à la gestion municipale.

ce que veulent les femmes ?

 → Le droit au travail pour elles et l’égalité des salaires.

→ L’école laïque gratuite pour les filles et les garçons.

→ La pleine participation au combat de la Commune, y compris dans la Garde nationale : le club de la rue d’Arras recueillera 300 inscriptions pour « les légions des femmes ».

→ des Pensions pour les veuves de fédérés tués au combat qu’elles soient mariées ou non mais également pour les enfants légitimes ou naturels.

→Les femmes vont œuvrer auprès des différentes commissions la Commune pour obtenir ces changements profonds et participer activement à leur mise en place.

La laïcité

→ Elles sont en pointe dans la lutte pour la laïcisation des écoles et des hôpitaux.

Elles assument souvent dans les mairies la nouvelle mission d’assistance laïque. Ainsi dans le XIIe arrondissement, le 26 avril, « il est fait appel aux Citoyennes de bonne volonté » pour former :

« Un comité de républicaines du XIIe dont la mission sera de rechercher toutes les misères cachées et d’en faire immédiatement rapport aux membres de la Commune » .

Les femmes agissent pour l’éducation et la culture

La Commune adopte comme base de son programme scolaire, le manifeste de la société « L’éducation nouvelle » qui veut :

«- que l’instruction soit gratuite et complète pour tous les enfants des deux sexes ;

– que l’instruction religieuse ou dogmatique soit immédiatement et radicalement supprimée pour les deux sexes » dans les écoles publiques.

La commune met en pratique ce programme. Dans le VIIIe arrondissement, l’école des filles de la rue de la Bienfaisance est la première des écoles nouvelles où l’admission se fait dès l’âge de 3 ans.

Les femmes sont à l’avant garde de l’action éducative et culturelle de la Commune.

Elles mettent en place des écoles professionnelles pour les filles.

Elles agissent pour la création de crèches populaires.

Marie Laverdure qui participe au mouvement de l’Éducation nouvelle présente un mémoire pour la création de crèches. Celui-ci débute par cette affirmation :

« L’éducation commence le jour de la naissance. Elle demande des jardins, des fleurs et des jouets pour les enfants ».

Victoire Tynaire, a obtenu son brevet de capacité pour être institutrice, elle organise des écoles libres et protestantes. Elle se met au service de la Commune. Édouard Vaillant lui confia le rôle d’inspectrice des écoles du XIIe. Elle assumera cette tâche de façon remarquable.

→ Les femmes sont aussi associées au travail de la commission de l’enseignement qui crée le 22 mai :

« une commission pour organiser et surveiller l’enseignement dans les écoles de filles. Elle est composée des citoyennes André Léo, Jaclard, Périer, Reclus, Sapia »

→ elles mènent la lutte contre la prostitution qu’elles considèrent « comme une forme d’exploitation commerciale de l’être humain par d’autres êtres humains ».

→ les femmes sont à l’origine de l’organisation d’ateliers coopératifs.

Sur leur demande, Léo Fränkel adopte un décret, le 16 avril pour la réquisition des ateliers abandonnés. Il charge officiellement les femmes d’organiser des ateliers coopératifs du travail.

Ce sont les prémices de l’autogestion, il s’agit de fabriquer des produits de première nécessité destinés aux producteurs sans intermédiaire.

L’Union des femmes est le laboratoire social de la Commune. La répression de la Commune a raison de cet élan qui va animer, pourtant nombre des mouvements féministes du siècle suivant.

Les femmes sont chargées de l’organisation du travail des ouvrières de tout corps d’état. Les comités d’arrondissement de l’Union des femmes sont en charge de recevoir les demandes d’offre de travail dans toutes les mairies.

La Commune multiplie les mesures pour assurer du travail aux femmes. Outre l’application du programme général de l’Union des femmes pour la réouverture des ateliers, d’autres instances communardes proposent des emplois, comme la Délégation scientifique ou des municipalités d’arrondissement qui affectent des salles en ateliers de travail pour les femmes.

La Commune prend des mesures audacieuses qui consacrent de profonds changements, d’une grande modernité, dans les rapports familiaux.

* Par décret du 10 avril, la pension accordée aux enfants des Gardes nationaux tués est désormais versée à « chacun des enfants, reconnus ou non ».

Le décret de la Commune du 13 mai stipule :

« En matière de séparation de corps, le président du tribunal pourra allouer à la femme demandant la séparation une pension alimentaire, qui lui sera servie jusqu’à ce qu’il en ait été décidé par le tribunal ».

* Par décret du 17 mai, l’indemnité aux femmes des Gardes nationaux qui remplissent leurs devoirs de citoyens est accordées aux « femmes légitimes ou non »

Il paraît dans Le Cri du peuple, 21 mai 1871

Édouard Vaillant, à la commission de l’enseignement décide l’égalité des salaires entre institutrices et instituteurs il déclare

* La Commune de Paris (…) Considérant que les exigences de vie sont nombreuses et impérieuses pour la femme autant que pour l’homme décide que le salaire des institutrices sera la même que celui des instituteurs.

Il paraît dans Le cri du peuple, 22 mai 1871

Les Femmes continuent leurs actions pour aider à la défense de Paris

→ Le 13 avril, les déléguées des citoyennes envoient à la commission exécutive de la Commune une adresse qui fait état de la volonté de nombreuses femmes de participer à la défense de Paris.

→ Le 13 mai à nouveau une délégation se rend à l’Hôtel de ville pour réclamer des armes.

→ Les artistes lyriques organisent des concerts et spectacles.

Nombre de femmes, comme la grande comédienne Agar, participent à ces représentations faites en soutien aux veuves et orphelins des fédérés.

Créer des syndicats

Le 18 mai, le Comité central avec l’aide de Léo Fränkel, délégué de la commission du travail et d’échange, lance un appel aux ouvrières afin de nommer des déléguées de chaque corporation pour qu’elles se réunissent le 21 mai afin de constituer leurs chambres syndicales.

LUTTE ARMÉE SOUS LA COMMUNE

Pendant cette période qui voit naître toutes ces mesures, les communards doivent faire face à la lutte armée qui s’accentue.

L’armée versaillaise veut se venger de sa défaite contre les Prussiens, elle bombarde régulièrement Paris dès le mois d’avril.

→ Bismarck souhaite l’échec de la Commune par crainte de l’exemple qu’elle donnerait aux ouvriers et au peuple allemands. Ils libèrent les prisonniers de guerre pour renforcer l’armée de Versailles.

La faiblesse de la Commune, c’est l’inexpérience et l’indiscipline en matière militaire des Gardes nationaux et de beaucoup de leurs chefs.

→ Les fédérés sont attaqués lors de leur sortie du 2 avril – Les Versaillais vont exécuter sommairement les Fédérés. Émile Duval, général de la Commune, est fusillé, Gustave Flourens est sabré.

→ En riposte, le 6 avril, la Commune décrète que pour tout fédéré exécuté, trois otages pris parmi les prêtres, les gendarmes et les agents de l’Empire seront fusillés. Ce décret ne sera appliqué que très partiellement dans les derniers jours de la Semaine sanglante.

→ Face aux difficultés, le 1er mai, la Commune vote pour le comité de salut public par 45 voix pour et 23 contre. Cela va porter atteinte au moral des communards.

La semaine sanglante et la répression

→ Le 21 mai : les troupes de Thiers entrent dans Paris par l’ouest. Jusqu’au 28 mai, les versaillais vont envahir Paris et procéder aux exécutions sommaires des Parisiens : Fédérés, femmes, enfants, vieillards. Le 23 mai débutent des incendies dont plusieurs seront allumés par les tirs des Versaillais, mais aussi, par des communards comme celui de l’Hôtel de ville.

→ Les communards vont lutter contre les troupes versaillaises.

Dombrowski défend le nord de la capitale (il est mortellement blessé le 23 mai).

Wrobleski organise la résistance de la Butte-aux-Cailles dans le XIIIe arrondissement, et devra se replier vers le nord après trois jours de lutte intensive.                                                                                                                                

Durant cette semaine, les femmes continuent à tenir la rue face aux versaillais, elles vont défendre les barricades :

Le 23 mai, elle appelle les parisiennes aux barricades.

André Léo est sur la barricade des Batignolles

Louise Michel sur celle de la Chaussée Clignancourt avec Marguerite Diblanc

Elisabeth Retiffe cantinière au 135e bataillon, Eulalie Papavoine, Léontine  Suetens, Joséphine Marchais sont sur celle de la rue de Lille

Adèle Chignon, combattante de 1848, sur celle du Panthéon

Blanche Lefèvre, combattante sur la barricade de la rue des Dames est tuée le 23 mai

→ la barricade de la place Blanche est défendue avec acharnement par une compagnie de 120 femmes.

→ A partir du 26 mai, Belleville devient le centre de la résistance. Le  cimetière du Père-Lachaise est le siège de massacre, notamment l’exécution des 147  prisonniers de la prison de Mazas.

Les dernières barricades seront défendues rue Ramponeau et rue de la Fontaine aux Rois.

Le 29 mai, c’est la prise du fort de Vincennes. Le dernier bastion des Fédérés tombe.

→ Au bilan de cette semaine terrible, de 80 à 100 otages ont été fusillés par des communards, chiffre sans aucune commune mesure avec le terrible  crime de  masse commis par les Versaillais, de 20 000 à 30 000   exécutions, hors de tout droit. Sur les barricades, l’armée ne fait pas de prisonniers. Des dizaines de milliers de Parisiens sont arrêtés et jugés sommairement, sans défense, devant une vingtaine de prévôtés militaires.

 En une ou deux minutes, leur sort est joué.

LA RÉPRESSION :  Le sacrifice de ces femmes

Plusieurs dizaines de femmes sont sauvagement exécutées par les Versaillais. Elles demeurent généralement inconnues.

La prison est le sort le plus courant (70%) mais les peines sont très variables de 6 jours à la perpétuité, avec le cas le plus fréquent de 5 ans.

La déportation simple ou en enceinte fortifiée pour les autres

De la Commune, on ne retient que le nom de Louise Michel, mais les femmes sont nombreuses à lutter. Elles sont tombées dans l’oubli.

Pourtant, outre toutes celles qui été exécutées durant la semaine sanglante, 1051 femmes ont été arrêtées pour participation à la Commune.

Plus de 40 000 communardes et communards sont emprisonnés à Versailles, dans les forts et pontons des ports militaires de la Manche et de l’Atlantique en attendant leur jugement. Les conditions de détention sont inhumaines.

Dans « La détenue de Versailles », Madame Hardouin en témoigne.

La répression « officielle » est de : 26 peines de mort ; 4 213 condamnations à la déportation (Nouvelle Calédonie) ; autant à des peines de prison ou d’enfermement dans des maisons de correction.

Plus de 3 000 combattants ont réussi à échapper aux exécutions et aux arrestations de la semaine sanglante. Ils sont en exil en Suisse, en Belgique, au Luxembourg, en Angleterre.

LES LENDEMAINS DE LA COMMUNE

→ La lutte pour l’amnistie menée par Victor Hugo est longue et difficile.

 En 1879, c’est l’amnistie partielle, le 11 Juillet 1880 l’amnistie générale.

→ A la Chambre des députés, Gambetta, dans un discours plus qu’ambigu déclare :

«il y a un moment où, coûte que coûte, il faut jeter le voile sur les crimes, les défaillances, les lâchetés et les excès commis. (…)Il faut que vous fermiez le livre de ces dix années ; que vous mettiez la pierre tumulaire de l’oubli sur les crimes et sur les vestiges de la Commune ».

→ C’est en fait la tentative d’une réconciliation nationale faite aux dépens de la dignité des communards qui restent seuls, accusés de crimes. Les criminels de guerre de la semaine sanglante, ceux qui ont eu l’audace de bombarder Paris, sont devenus des profiteurs influents.

→ Malgré la chape de plomb qui est mise sur la commune et les communards, leurs idéaux ne sont pas morts : la république n’a pas pu être remise en question.

→ A son retour de déportation, Nathalie Le Mel reprend ses activités syndicales et politiques. Elle reçoit de Rochefort une pension mais qu’elle refusera quand celui-ci se tournera vers le boulangisme. Elle meurt à l’hospice du Kremlin-Bicêtre, le 8 mai 1921.

Louise Michel, devenue anarchiste, va faire des conférences en France et à l’étranger pour inciter le peuple à défendre ses droits et lutter pour une société de Justice jusqu’à sa mort le 9 janvier 1905.

Joséphine Marchais est vivandière au bataillon des Enfants perdus. Le 22 et 23 mai, elle est sur une barricade rue de Lille, portant chapeau Tyrolien et fusil. Elle est prise les armes à la main.

Condamnée à mort par le 3e conseil de guerre, la peine est commuée 2 mois plus tard en travaux forcés à perpétuité. Elle est déportée à Cayenne.

→ En mai 1882, au cours d’un banquet, les déportés et exilés de retour créent « La Fraternelle des anciens combattants de la Commune », dont notre association est l’héritière.

RÉHABILITATION DES COMMUNARD(E)S  

Depuis le lancement de notre pétition en 2011 pour la réhabilitation de la Commune et de ses combattants, nous avons obtenu des plaques commémoratives dans les mairies d’arrondissements de Paris, sauf celles de droite.

A l’hôtel de Ville, une plaque rend hommage « Aux élus de la Commune de Paris qui ont administré la ville du 26 mars au 28 mai ».

Des rues ou des places portent le nom de Léo Fränkel, de Maxime Lisbonne, de Nathalie Le Mel, Louise Michel, Elisabeth Dmitrieff pour ne citer que quelques noms.

Le 29 novembre 2016, l’Assemblée nationale a voté la résolution proposée :

« Considérant que les lois d’amnistie partielle de 1879 et d’amnistie totale de 1880 n’ont pas permis de réhabiliter l’ensemble des victimes de la répression de la Commune de Paris de 1871 ;

1- estime qu’il est temps de prendre en compte les travaux historiques ayant établi les faits dans la répression de la Commune de Paris de 1871 ;

2- juge nécessaire que soient mieux connues et diffusées les valeurs républicaines portées par les acteurs de la Commune de Paris 1871 ;

3- souhaite que la République rende honneur et dignité à ces femmes et ces hommes qui ont combattu pour la liberté aux prix d’exécutions sommaires et de condamnations iniques ;

4- Proclame la réhabilitation des victimes de la répression de la Commune de Paris 1871. »

ACTUALITÉ ET MODERNITÉ DE LA COMMUNE

Malgré la volonté des dirigeants qui se sont succédé, la Commune est toujours vivante. Ses mesures demeurent d’une grande actualité et le plus grand hommage que nous puissions rendre à ces combattantes et combattants, c’est d’en obtenir leur application.

Eugène Varlin, ouvrier relieur, combattant infatigable, que l’on peut qualifier de féministe, qui donna sa vie pour son idéal disait :

« Tant qu’un homme pourra mourir de faim à la porte d’un palais où tout regorge, il n’y aura rien de stable dans les institutions humaines ».

 VIVE LES FEMMES DE LA COMMUNE !

VIVE LA COMMUNE !

 

©Rémi Burlot pour les Clionautes