Blois samedi 13 octobre 2018

intervenants

  • Jean-François Condette, professeur des universités, laboratoire CREHS de l’Université d’Artois.
  • Magali Domain, PRAG a l’ESPE de Lille, doctorante en histoire contemporaine.
  • Gérard Dumont, professeur d’histoire-géographie géo, missionné au centre historique de Lewarde.

 

Introduction

Le Nord-Pas-de-Calais a eu un destin particulier pendant la première guerre mondiale, puisque ce territoire frontalier a connu à la fois l’occupation allemande, les combats sur le Front et, à l’arrière, la forte présence des armées alliées. Les photos prises dans cette région pendant la conflit sont donc d’une grande diversité et illustrent de multiples aspects d’une guerre qui fut totale. J.F Gondette rappelle que le contexte de la commémoration du centenaire de la victoire de 1918 a  donné lieu à une grande collecte de documents et que beaucoup de photos sont parvenues aux historiens. Il tient à souligner le rôle joué dans cet effort par le journal régional , « La voix du Nord » , ainsi que des collectivités locales qui ont organisé de multiples expositions ( Arras etc…). Ces photos ont  des sources variées, provenant d’albums privés aux photos difficiles à dater et à identifier, de photographes amateurs connus ou des services photographiques des armées. La multiplicité des sources fait tout l’intérêt de ce fonds documentaire, mais rend parfois difficile l’usage que les historiens peuvent en faire.

Quels aspects de la guerre ces photos permettent- elles d’aborder ?

 

 

1. Une zone occupée

Nombre de clichés sont à relier  au  fait que la région fut la première de France à subir l’invasion allemande dès août 1914 et qu’elle paya un lourd tribut. Certains clichés allemands tirés en carte postale relatent par exemple les massacres d’Orchies et l’incendie systématique de cette petite ville par les Allemands. Considérés par les français comme un témoignage de la barbarie de l’ennemi, on voit qu’il est au contraire un objet de propagande outre-Rhin… Une autre carte postale de propagande allemande évoque le fait que Calais fut la première ville bombardée par un Zeppelin, dans le but de mettre en exergue aux yeux de la population la supériorité technologique des armes allemandes.
Le choc de l’invasion provoqua l’afflux de nombreux réfugiés venus de Belgique ou du Nord ( par ex, 80000 réfugiés arrivent sur Calais entre Octobre et février 1915), mais il y a relativement peu de clichés sur ce sujet.

Par contre, les photos évoquant les réalités de l’occupation, les relations entre les soldats allemands et les populations civiles sont nombreuses et variées. Notamment grâce aux photos du photographe amateur Maurice Bauchond qui sont consultables en ligne (1) et qui manifestement ont été prises avec l’accord de l’occupant; mais aussi les  nombreux clichés privés pris par les soldats allemands, dont beaucoup possédaient un appareil-photos. Ces photos semblent refléter, au moins au début de la guerre, un certain accommodement des civils à l’occupation, mais il est difficile d’en tirer des conclusions. Ce type de clichés permet d’effleurer la complexité des relations humaines entre civils occupés et soldats en temps de guerre, mais ils sont difficiles à interpréter.

.1:https://patrimoine-numerique.ville-valenciennes.fr/in/collections/photographies/le-fonds-maurice-bauchond/

Certains évoquent d’autres aspects de la vie en zone occupée: la transformation d’établissements scolaires en hôpital militaire allemand, rappelant la proximité du front ( ex: le lycée Henry Wallon à Valenciennes) ; ou  la réquisition et la déportation de travailleurs et travailleuses forcés vers la Belgique ou les Ardennes.

 

 2. Le   Front et l’arrière

les photos de combat prises sur le front du Nord  constituent une catégorie importante des archives photographiques, mais selon les intervenants, elles ne sont pas toujours faciles à identifier (lieu du combat, date…) et elles ne rendent pas toujours bien la dureté des combats. Par contre , certains clichés rappellent que la mer fut ausi un champ de bataille, avec des photos de sous-marins allemands échoués par exemple.

Les photos prises à l’arrière du front rappellent la forte présence militaire dans cette zone, en particulier de la présence britannique. En effet, c’est autour d’Etaples que fut installé le  plus grand camp militaire britannique avec ses infrastructures de cantonnement, d’entraînement et ses hôpitaux de campagne. Les photos rappellent également que cette guerre fut une guerre totale qui mobilisa les femmes ( comme infirmières , mais aussi affectées à des travaux de maintenance des matériels) et les travailleurs étrangers ( photos de travailleurs chinois en 1918).

http://www.archivespasdecalais.fr/Activites-culturelles/Chroniques-de-la-Grande-Guerre/Ouverture-du-premier-hopital-du-camp-d-Etaples

 

 

 

3. Les photos de l’après guerre

Les photos prises après la guerre témoignent de la violence des combats et de l’ampleur des destructions subies par le Nord-Pas-de-Calais, surtout si on compare les clichés des lieux avec ceux d’avant la guerre. De nombreuses cartes postales en ont été éditées. Les compagnies minières aussi ne furent pas en reste pour photographier l’ampleur des destructions des mines et des usines, afin d’obtenir des indemnisations et montrer qu’elles faisaient de gros efforts pour reconstruire.

 

Conclusion

Les archives photographiques, enrichies par la grande collecte du centenaire, constituent donc des sources de premier ordre pour la connaissance historique  de la première  guerre mondiale dans le Nord-Pas-de-Calais. La commémoration du centenaire de la victoire de 1918 a donné lieu à de multiples initiatives locales dans les communes, les écoles  qui ont permis une réappropriation et une  transmission  de la mémoire de cette période tourmentée. Dans un région marquée depuis 4 décennies par la désindustrialisation, les sites de la première guerre mondiale du Nord ont été mis en tourisme et accueillent  de nombreux touristes étrangers venus de l’ex-empire britannique.