La réforme du lycée: dernières informations de l’Inspection générale

Compte-rendu de l'entretien entre les Clionautes et Jérôme Grondeux, 14 juin 2019

La réforme du lycée: dernières informations de l’Inspection générale

Du fait des inquiétudes suscitées par la réforme du Lycée et du Baccalauréat, notamment les définitions des épreuves du nouveau baccalauréat et la publication des sujets 0, les Clionautes ont demandé audience à l’Inspection générale. Celle-ci, en la personne de son doyen, Jérôme Grondeux, a reçu Déborah Caquet, présidente de notre mouvement, le vendredi 14 juin dernier.

Voici les principales clarifications apportées.

1) Quelle a été la part de l’Inspection générale dans la réforme ?

L’Inspection générale a collaboré avec le CSP (Conseil supérieur des programmes) dans le cadre des commissions GEPP (Groupes d’élaboration de projets de programme), coprésidées par un Inspecteur général et un universitaire. Le projet est ensuite présenté au CSP, pour discussion et amendement, avant le vote. Le projet est ensuite publié. Enfin, la DGESCO (Direction générale de l’enseignement scolaire) a apporté ses propres retouches.

L’Inspection générale est aussi associée au travail d’élaboration des épreuves E3C et différents aspects de la réforme, en appui de la DGESCO.

2) Que sera la fameuse banque nationale de sujets ?

Les académies ont été chargées de rédiger près de 300 sujets, tous types d’épreuves (tronc commun/spécialité) et de filières confondues. Cette banque devrait être accessible progressivement entre octobre et novembre 2019. Les sujets sont conçus en un bloc : il n’est pas possible de prendre une épreuve de question problématisée d’un côté et de l’associer avec une étude de document que l’on aurait trouvée dans un autre sujet. Toutefois, certaines études de document seront reliées à plusieurs questions problématisées différentes. La banque ne proposera pas de corrigés.

L’Éducation nationale n’a pas encore déterminé si cette banque serait accessible aux élèves ou bien si elle serait réservée aux seuls personnels de l’Éducation nationale.

3) Pourquoi avoir choisi ce format d’épreuve (deux heures, une question problématisée et une analyse de document pour le tronc commun, une composition en spécialité) ?

Le format de deux heures est une obligation pour l’ensemble des E3C (épreuve commune de contrôle continu). Il fallait maintenir l’équilibre entre l’Histoire et la Géographie. La composition de deux heures a été rejetée car cela aurait fait disparaître de nos enseignements l’étude de document et la cartographie. Il a fallu trouver des compromis. Pour l’épreuve de Spécialité en fin de Première pour ceux qui abandonnent la discipline, la composition s’est facilement imposée. Le format de l’épreuve de spécialité de Terminale est encore en discussion.

Les différentes E3C sur les deux dernières années du lycée devraient permettre de mobiliser plus longtemps l’attention des élèves et de favoriser la régularité du travail personnel.

4) Quels enseignements retirer des sujets 0 ?

Ces sujets sont un passage obligé mais ils doivent être maniés avec précaution.

Concernant la question problématisée, on doit s’attendre à des sujets sous forme de questions directes. Le plan n’est fourni qu’en Première. Le libellé doit englober une partie significative du chapitre, voire les deux chapitres du thème mais sans s’apparenter à un exercice de récitation stérile.

Concernant l’étude de document, si tableau il y a, il sera en noir et blanc. Toutefois, ces tableaux ne seront pas choisis au hasard : n’importe quel élève est supposé connaître La Liberté guidant le peuple dans la mesure où la révolution de 1830 est un point de passage du chapitre et où la renommée de l’œuvre est aussi incontestable. Les textes restent l’horizon principal de référence. Enfin, comme pour le sujet 0, la consigne explicitera toujours la nécessité de mobiliser ses connaissances.

5) L’Éducation nationale va déléguer un grand nombre de responsabilités aux équipes pédagogiques. Jusqu’à quel point ?

La réforme introduit une nouvelle culture de l’examen et il faut reconnaître que toutes les implications de la réforme ne sont pas encore mesurables et que des décisions sont encore à venir. Par exemple, on ne sait pas encore si les copies des E3C seront rendues aux élèves et la forme qu’aura l’harmonisation, inévitable et souhaitable, de la correction et de la notation assurées par l’équipe. Les sujets seront de toute façon sélectionnées sous la responsabilité du chef d’établissement. Les libertés nouvelles en matière de calendrier, de programmes à faire réviser ou de choix de sujet autorisent les enseignants à, par exemple, travailler prioritairement la cartographie pour telle E3C et à réserver l’étude de document pour telle autre. Par contre, il va de soi que les IPR et les chefs d’établissement resteront vigilants sur la bonne exécution de l’intégralité du programme, tout comme ils s’attacheront à préserver les enseignants des pressions éventuellement exercées par les familles.

L’avis des Clionautes :

Nous remercions M. Jérôme Grondeux pour le temps consacré à cet entretien et pour ces compléments d’information. Nous n’avons effectivement pas fini de mesurer l’impact considérable de cette réforme.

Indépendamment du mécontentement soulevé par le rabotage horaire de nos disciplines dans le tronc commun, les Clionautes regrettent que beaucoup de questions pratiques soient encore sans réponse en cette fin d’année et qu’un certain nombre de difficultés n’aient pas été suffisamment anticipées. Envisager une programmation, le choix d’un manuel et la rédaction des cours en l’absence d’un échantillon suffisant de sujets-types, de directives précises sur l’évaluation et l’organisation de l’examen pèse sur les conditions de travail des collègues.

Par exemple, à propos des E3C, nous avions depuis plus d’un an alerté la DGESCO et le CSP sur les problèmes matériels que cela allait soulever. Affirmer qu’une E3C de deux heures s’intégrera bien aux emplois du temps des élèves ne peut convaincre dans la mesure où les classes n’ont pas Histoire-Géographie en même temps. On ne peut décemment pas proposer le même sujet à une classe qui aura composé le lundi matin et à une autre qui ne le récupérera que le jeudi à 15h. L’option du samedi matin est envisageable pour les lycées ouverts sur ces créneaux mais avec quelle rémunération ? Reste évidemment l’organisation type-bac blanc qui coûtera au minimum trois semaines de cours sur le cycle terminal pour couvrir les E3C et les épreuves de spécialité. Mais alors comment boucler d’aussi copieux programmes ?

À propos de l'auteur

Déborah Caquet

Professeur agrégée au Lycée de la Vallée de Chevreuse (Gif-sur-Yvette, 91). Intervenante régulière dans le Supérieur (chargé de TD en L3 Géopolitique, jurys de concours, etc.) Présidente des Clionautes.  

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