L’exposition Simone Veil. Mes sœurs et moi prend place au premier étage du Mémorial de la Shoah, 17 rue Geoffroy l’Asnier à Paris. Cette exposition exclusive est consacrée à la famille Jacob dans laquelle a grandit Simone Veil, et plus particulièrement à ses sœurs, Denise et Madeleine Jacob. La famille voit son destin bouleversé par les événements de la Seconde Guerre mondiale. David Teboul, commissaire de l’exposition, offre aux visiteurs une plongée dans l’intimité de la famille Jacob autour d’archives personnelles et familiales. Au-delà de son caractère historique, l’exposition Simone Veil. Mes sœurs et moi se présente comme un réel travail de mémoire et de transmission, essentiel pour lutter contre l’oubli. 

La genèse de l’exposition Simone Veil. Mes sœurs et moi

Le commissaire de l’exposition, David Teboul, est un réalisateur et auteur français ayant fait la connaissance de Simone Veil au début des années 2000. Une rencontre qui a durablement marqué David Teboul. Pour construire son exposition, il a effectué un véritable travail mémoriel à partir de la correspondance épistolaire des trois sœurs Jacob et de leurs souvenirs familiaux. En effet, cette exposition est inspirée par le livre Mes sœurs et moi écrit par Simone Veil, édité par David Teboul, qui paraît en 2023 à titre posthume. Dans le texte original, Simone Veil raconte le destin de ses deux sœurs, Denis et Madeleine Jacob, surnommée Milou. Pour accompagner l’exposition, David Teboul a mis en scène un film donnant vie aux lettres écrites par les trois sœurs Jacob. Dans son film, Isabelle Huppert, Marina Foïs et Dominique Reymon partagent une lecture de la correspondance entre les trois sœurs. Tout au long de l’exposition, des extraits du film sont diffusés en direct dans différentes salles offrant ainsi une immersion sonore et visuelle au sein de la fratrie Jacob. 

Une exposition fondée sur l’intimité de la famille Jacob

Simone Veil. Mes sœurs et moi est construit comme un voyage dans le temps permettant de retracer les souvenirs de la famille Jacob, et plus particulièrement du lien qui unit Simone, Denise et Milou. L’exposition s’ouvre sur l’enfance des sœurs Jacob sur la Côte d’Azur avec une vie rythmée par le chant des cigales et le bruit des vagues de la Méditerranée. Milou est née en 1923, elle est l’aînée de la fratrie. Denise est née en 1925, et Simone en 1927.

Au mois d’avril 1944, le destin de la famille Jacob, de culture juive, bascule. Toute la famille est arrêtée et déportée par les nazis. Simone, Milou et leur mère, Yvonne, sont déportées au camp d’Auschwitz Birkenau. André, leur père, et Jean, leur frère, sont déportés avec le convoi 73 dans lequel ils trouvent la mort. Denise est entrée en résistance avant l’arrestation de sa famille. Elle est finalement déportée en juillet 1944 à Ravensbrück, puis à Mauthausen en mars 1945. Simone et Milou entretiennent une relation particulière du fait qu’elles ont vécu ensemble le traumatisme des camps de concentration et celui de la mort de leur mère qui survit à une marche de la mort avant de mourir du typhus en mars 1945.

Une tragédie nouvelle frappe la famille Jacob lorsque Milou décède brutalement d’un accident de voiture en 1952 à l’âge de 29 ans, emportant avec elle son fils d’un an. Simone et Denise vieillissent ensemble. Une partie de l’exposition est consacrée à la relation entre les deux sœurs devenues adultes, avec des extraits du film de David Teboul où les deux femmes se font face avec des traits vieillissants et se remémorent leur enfance avant que la guerre n’éclate. 

La vie des sœurs Jacob est racontée à partir de lettres, mais aussi de nombreuses photographies issues de la collection personnelle de la famille. Nombre de ces photos ont été prises par Jean Jacob et sont exposées pour la première fois au grand public. À partir des archives de la famille Jacob, l’exposition permet d’appréhender les événements de la Shoah à partir de l’intimité et de la construction des sœurs Jacob, portant toutes les trois les cicatrices de la déportation. La transmission mémorielle s’effectue ici par un récit humain à travers le témoignage indirect des sœurs Jacob. Cela rejoint la thèse d’Annette Wierviorka, historienne française, selon qui la mémoire passe également par le récit personnel et le témoignage.

Une exposition mémorielle immersive et multisensorielle

Simone Veil. Mes sœurs et moi s’inscrit dans le concept de mémoire communicative théorisé par Jean Assmann, professeur allemand. La mémoire communicative désigne une forme de mémoire sociale reposant sur le quotidien vécu, transmise dans des échanges entre individus. Ici, les souvenirs des sœurs Jacob sont partagés dans leurs écrits intimes, leurs lettres et leurs poèmes. Cette mémoire première, entre témoins, est ensuite transformée en mémoire culturelle par l’exposition de David Teboul.

Au-delà des textes, l’exposition amène également une dimension visuelle forte avec de nombreuses photographies qui illustrent les récits des sœurs Jacob. Ces photographies représentent des souvenirs imagés de l’enfance de la fratrie Jacob à leur vie adulte. Grâce à ces éléments visuels, les visiteurs bénéficient d’une certaine proximité avec la famille Jacob, dont ils découvrent le passé comme s’ils avaient ouvert un album de famille. La transmission mémorielle passe également ici par les arts visuels. En effet, David Teboul a ajouté à l’exposition des planches dessinées issues de la bande dessinée Les sœurs Jacob de Marie Desplechin et Fred Bernard parue en 2025. Ces dessins renforcent la dimension visuelle de l’exposition. 

Aux images s’ajoutent les sons. Dans différentes salles de l’exposition, les extraits du film de David Teboul sont diffusés et font résonner les voix des actrices interprétant les sœurs Jacob. Elles lisent les lettres écrites par la fratrie Jacob, ce qui offre une impression d’échange et de partage avec les sœurs Jacob. Tout au long de l’exposition, des fonds sonores immergent les visiteurs dans les souvenirs d’enfance de la famille Jacob, avec le son du chant des cigales et de la mer amenant ici une certaine nostalgie. 

Pour Paul Connerton, anthropologue britannique, la mémoire collective passe par les expériences sensorielles. Ici, Simone Veil. Mes sœurs et moi permet la reconstitution d’une mémoire vécue en immergeant les visiteurs dans les souvenirs des sœurs Jacob tout en sollicitant leurs différents sens. 

Lien avec la spécialité HGGSP

En lien avec le thème Histoire et Mémoires de la classe de Terminale, l’exposition permet d’aborder la mémoire de la Shoah et de la déportation au cours de la Seconde Guerre mondiale. Simone Veil. Mes sœurs et moi représente ce que Pierre Nora, historien français, appelle un « lieu de mémoire » car elle est un support à la mémoire. En effet, l’exposition amène à appréhender le passé et l’histoire du point de vue de l’intime et de la construction personnelle qui en découle. Cela suit l’idée selon laquelle la mémoire vivante, qui est individuelle et directe, disparait avec le temps et qu’il est ainsi nécessaire de la cristalliser dans des lieux dédiés pour la transformer en mémoire collective. 

Simone Veil. Mes sœurs et moi amène à réfléchir sur la place du récit intime et personnel dans la construction et la transmission d’une mémoire collective sur les violences de masse du XXe siècle. Elle est une exposition qui marque durablement les visiteurs du fait qu’elle les implique directement en sollicitant leurs sens. L’exposition fait de l’histoire personnelle des sœurs Jacob une source d’humanisation et une illustration de faits et de chiffres historiques froids présents dans les manuels scolaires. Pour Paul Ricoeur, philosophe français, la transmission mémorielle passe aussi par une mise en récit de faits vécus, ce qui vient alors former une certaine mémoire humaine transmissible dès lors qu’elle est racontée. 

Commissariat

David Teboul, cinéaste, artiste et auteur, est le réalisateur du documentaire Simone Veil et ses sœurs, il est également l’auteur du livre Simone Veil – Mes sœurs et moi issu de l’exposition. 

Partenaires 

Agence Eva Albaran : Tatiana Titli, Louise Riou

Mémorial de la Shoah: Clara Lainé, Sophie Nagiscarde

Scénographie : Cécile Degos

Graphisme : Eric Pillaut

Programmation autour de l’exposition : Julie Maeck, Pauline Dubuisson, Louise Gurman-Dessauce

Informations pratiques

Dates : 10 février 2026 au 15 octobre 2026

Durée de la visite : entre 1h et 1h30

Plus d’informations sur la page officielle du Mémorial de la Shoah : https://www.memorialdelashoah.org/simone-veil-mes-soeurs-et-moi.html  

 

Liens Cliothèques

https://clio-cr.clionautes.org/simone-et-ses-soeurs.html

https://clio-cr.clionautes.org/simone-veil-et-ses-soeurs-les-inseparables.html

https://clio-cr.clionautes.org/les-soeurs-jacob.html