Devant l’émotion suscitée par la mise en ligne sur le site de l’académie de Créteil d’une bibliographie mentionnant des ouvrages dont l’intérêt pour l’enseignement peut légitimement susciter un certain nombre de questions, il est bon que l’on rappelle un certain nombre de principes auxquels les Clionautes sont attachés.

Le premier est le nécessaire pluralisme en matière de sources, surtout lorsqu’elles sont destinées à venir à l’appui d’une formation en direction des élèves dans le cadre de l’école. Il serait sain que leur légitimité soit appréciée à la seule aune de leur qualité académique, critère moins polémique qu’un jugement a priori sur la personne de leurs auteurs.

Dès le 20 septembre, lorsque l’information à propos de la bibliographie publiée sur le site de l’académie de Créteil a été connue, la liste de diffusion ouverte des Clionautes a fait mention de différents points de vue à ce propos. (Y compris des communiqués de deux syndicats. Ce qui ne signifie pas pour autant une adhésion sur le fond à leurs prises de position.)

À aucun moment la prise de position des Clionautes n’a voulu incriminer quiconque, ni l’auteur de la bibliographie, ni le webmestre du site académique, ni l’inspecteur pédagogique régional Était-il informé de cette mise en ligne ?.
Les attaques ad hominem ne font pas partie de la culture des Clionautes qui sont issus de la galaxie de l’Internet et qui mesurent et depuis longtemps les conséquences de certaines de ces dérives.

Pour autant, les Clionautes peuvent être assez circonspects devant certaine confusion des genres, avec des exigences sur les contenus disciplinaires. Car si l’on peut légitimement considérer qu’il est de la responsabilité des associations de spécialistes, d’émettre un avis éclairé et pluraliste sur la pédagogie et sur les contenus, la question peut se poser pour les syndicats.

Demander au recteur la suppression d’une mise en ligne Nous vous demandons, Madame la Rectrice, la fermeture de cette page internet, le retrait des comptes rendus de lecture du webmestre, des liens y conduisant, le retrait des publications réactionnaires et partisanes et de veiller au respect des règles élémentaires de neutralité du service public. peut aussi ouvrir la porte à un certain nombre de précédents qui seraient pour le moins discutables et dangereux.
Que se passerait-il par exemple si, dans une publication en enseignement moral et civique, une bibliographie contenant le point de vue d’organisations humanitaires prenant fait et cause pour des réfugiés, suscitait de la part d’un «collectif» de parents d’élèves une réaction hostile ?

Voici le texte que j’ai publié, comme président des Clionautes le 20 septembre:
« Je ne vous cache pas que je suis assez perplexe devant le caractère très orienté de cette bibliographie qui cite tout de même trois ouvrages de Philippe de Villiers. Dont une biographie de Saint Louis et une de Jeanne d’Arc…

Colette Beaune par exemple qui est historienne ne méritait-elle pas d’être citée sur Jeanne d’Arc ?

“Jeanne d’Arc, vérités et légendes”, de Colette Beaune : Jeanne d’Arc libérée des “imposteurs”

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Le choix des ouvrages dans la rubrique “Nation et résilience” est assez sidérant également.

  • (Malika) SOREL, Le puzzle de l’intégration. Les pièces qui vous manquent : crise identitaire, violence, échec scolaire, discrimination positive, culpabilité des Français, droit du sol, Mille et une nuits, 2007, 269 p.
  • (Malika) SOREL-SUTTER, Immigration, intégration : le langage de vérité, Fayard/Mille et nuits, 2011, 288 p.
  • (Michèle) TRIBALA(?), Assimilation : la fin du modèle français, L’artilleur, 2013, 352 p.
  • (Philippe) de VILLIERS, Le roman de Jeanne d’Arc, Albin Michel, 2014, 450 p.
  • (Philippe) de VILLIERS, Le roman de Saint Louis​, Albin Michel, 2013, 448 p.
  • (Philippe) de VILLIERS, Le roman de Charette​, Albin Michel, 2012, 475.
  • (Hamid) ZANAZ, Islamisme. Comment l’Occident creuse sa tombe, Les éditions Paris-Max Chaleil, 2013, 88 p.

Bref, je suis assez sidéré surtout lorsque l’on voit dans le détail le lien vers l’auteur et sa production qui reçoit le label de l’institution (Ce lien a été rendu inactif depuis lundi après midi 21 septembre 2015)

Je crois que l’on ne peut pas réduire l’éducation à la défense, et j’en suis un fervent partisan, à un seul courant de pensée…

Si Charette le Vendéen dont Philippe de Villiers est un fan, peut-être cité on pourrait au moins mentionner les soldats de l’an 2 et Valmy, et la date d’aujourd’hui, le 20 septembre anniversaire de Valmy, me fait aussi penser à une forme de résilience…

Pour le reste, sans doute faudrait-il s’interroger sur le fond de cet enseignement, qui à mon sens est important, et qui mérite mieux que ce triste spectacle que la communication virale sur internet favorise.

Que l’on fasse confiance aux Clionautes, entre autres, pour émettre à ce propos des suggestions basées sur la réalité d’une présence sur le terrain qui devrait ramener les uns et les autres à plus de raison.

Bruno Modica – Président des Clionautes