La séance était présidée par Jean Robert Pitte en tant que président de la Société de Géographie. Elle devait être conclue par Boutros Boutros Ghali, qui n’est finalement pas venu.

Le nationalisme arabe est censé avoir été « lancé » lors de ce congrès qui s’était tenu en terrain neutre, justement dans les locaux de la Société de Géographie.

Je retiens ici ce qui m’a paru le moins connu en France (hors Clionautes bien entendu) : le côté « ottoman » du nationalisme arabe de cette époque.

Jusqu’alors, on était arabe si l’on descendait d’un Arabe d’Arabie, comme s’en vantent encore certains notables entre Casablanca et Bagdad. Et c’est seulement dans la 2e partie du XIXe siècle que l’on commence à parler d’une patrie arabe rassemblant les peuples parlant cette langue. Le mot Watan est alors lancé et est encore largement utilisé de nos jours dans les slogans politiques, les titres de journaux etc. Mais plutôt pour la « patrie locale ».

Pourquoi « ottoman » ? Ceux qui lancent cet idée sont en général des Syriens (au sens romain du terme alors encore en usage, et qui comprend la Jordanie, le Liban et la Palestine). Ils sont sujets de l’Empire Ottoman (empire, donc pluriethnique et non Turquie réservée aux Turcs, qui est une invention qui commence à peine à poindre avec les jeunes Turcs et qui sera concrétisée par Mustafa Kemal). Par ailleurs l’empereur est calife de fait depuis des siècles et de droit à partir de 1876. Les musulmans lui doivent donc fidélité.

Une conséquence pratique en est que les mouvements intellectuels suivent les évolutions institutionnelles de l’empire : libéralisation au milieu du XIXe siècle, dont suppression de la “dhimitude” (supériorité juridique – et fiscale- des musulmans sur leurs concitoyens chrétiens ou juifs) et expression de l’arabité, puis régime autoritaire, puis de nouveau assouplissement envers les Arabes, qui deviennent le principal peuple associé au fur et à mesure que les zones chrétiennes échappent à l’empire.

À l’extérieur, et notamment au centre intellectuel du monde arabe, l’Égypte, la plupart des intellectuels ne suivent pas le mouvement, étant d’abord des nationalistes de leur propre pays.

On sait que les chrétiens seront très actifs dans cette apparition du nationalisme arabe, les musulmans ayant déjà « leur » nation : l’oumma (la communauté des croyants). Les chrétiens seront ensuite parmi les créateurs des partis Baas, censés lancer une internationale socialiste arabe, mais qui ne sera au pouvoir que dans la Syrie des Assad et dans l’Irak de Saddam.

La révolte arabe de 1916 contre les Turcs, appuyée par les Anglais, trouve une de ses sources dans ce mouvement, mais on sait que le résultat en sera le partage du monde arabe entre les Français et les Anglais (et les futurs Israéliens). Le nationalisme arabe, appelé plus tard panarabisme à la suite d’une querelle d’auteurs, attendra Nasser, puis s’atténuera au profit des nationalismes de chaque État.

Je rajoute que le sentiment d’une certaine unité perdure néanmoins, et est entretenu par les médias « régionaux » ignorant les frontières, au premier rang desquels Al Jézira.

Yves Montenay