Cette table ronde est animée par Catherine BIAGGI, Inspectrice générale et Présidente du CAPES externe d’Histoire-Géographie, avec les participations de Marie-Françoise FLEURY, MCF Université de Metz, Vice-Présidente Géographie du CAPES externe, et de Christophe MARCHAND, IA-IPR d’histoire-géographie, vice-président de l’oral 2.

La réforme du CAPES externe se place dans un contexte de réforme générale qui comprend également le concours de professeur des écoles et celui de CPE. Les agrégations externes sont hors de ces mouvements de réforme.

Sur la période 2020-2021 l’Inspection générale a été chargée de penser ce que serait la définition du futur CAPES externe d’histoire-géographie.

Un programme spécifique qui comprend 6 questions articulées aux programmes du secondaire

Dans le sens de la réforme, la préparation du concours du CAPES se déroule en M1 et en M2. Elle vise à redéfinir ou préciser la dimension professionnelle, où le candidat se projette dans le métier.

L’Inspection générale n’a pas souhaité se caler sur les questions du programme de secondaire. Il ne s’agit donc pas de se préparer sur toute l’Histoire et toute la Géographie.

Des questions spécifiques ont été retenues dans un calendrier décalé. Car l’une des difficultés est d’accompagner le mouvement du M1 au M2. On ne pouvait tout changer : des étudiants ont échoué au CAPES l’an passé et le repassent. D’autres étudiants vont arriver. Il a donc été décidé de maintenir à l’identique le programme 2020-2021 pour 2021-2022.

Il est conseillé de consulter le site « devenir enseignant » (site de la Direction Générale des Ressources Humaines de l’Éducation nationale). On y trouve les rapports des concours, les sujets 0, les programmes et les lettres de cadrage.

Les questions du programme 2022-2023 sont déjà annoncées afin que la préparation des étudiants passant le CAPES en M2, soit anticipée en M1.
Donc les étudiants disposent de 2 ans pour bien se préparer, tant dans la dimension académique, autrement dit scientifique, et dans que la dimension professionnelle.

Le maintien de ce programme spécifique (un programme défini) permet une rotation équilibrée des questions, maintenues 3 ans pour des raisons d’anticipation et de cohérence entre les différents concours.

Les évolutions du programme 2022-2023 sont significatives. Elles illustrent une triple volonté :

  • Maintenir la parité entre histoire et géographie
  • Articuler le scientifique et les objets d’enseignement
  • Équilibrer et rendre visible la rotation des questions qui sont inscrites au programme.

En Histoire, deux questions sont reconduites en 2022-2023 :

  • Religions et pouvoir dans le monde romain de 218 av. J.-C. à 250 ap. J.-C.
  • Le travail en Europe occidentale des années 1830 aux années 1930. Mains-d’œuvre artisanales et industrielles, pratiques et questions sociales.

Une question médiévalo-moderne, enjambant plusieurs périodes, est introduite :

  • La construction de l’État monarchique en France de 1380 à 1715

Cette question permet une articulation avec le secondaire, afin que toutes les périodes soient représentées. En effet, il n’était pas souhaitable, dans cette réforme du CAPES, de revenir à quatre questions qui correspondraient aux quatre périodes historiques.

En Géographie, la question thématique « Frontières » est conservée.

Deux nouvelles questions, complètement articulées avec l’agrégation de géographie :

  • Populations, peuplement et territoires en France
  • L’Amérique latine

Le MEEF1 et le MEEF2 comprennent des stages qui s’inscrivent dans la formation. On a une alternance sur 2 ans.

Épreuves 2022, des épreuves écrites renouvelées

Écrit 1 : épreuve disciplinaire : la composition [présentation par Marie-Françoise Fleury]

Des nouveautés notables :

  • L’épreuve dure 6 h (au lieu de 5 h), compte tenu que le concours se passe à la fin du M2 au lieu du M1,
  • Coefficient 2
  • Instauration d’une note éliminatoire égale ou inférieure à 5. On recherche, par cette disposition, une complémentarité entre les deux matières, afin d’avoir des professeurs bivalent, historiens et géographes. On vise à afficher le maintien de l’exigence académique.

Un sujet 0 proposé sur le site du ministère : Religions et citoyenneté dans le monde romain (218 av. J.‐C. – 250 apr. J.‐C.), avec une maîtrise des enjeux scientifiques, des attentes historiographiques et épistémologiques. On tient aussi à des développements problématisés, une véritable argumentation historique. On attend toujours dans une copie de concours une qualité rédactionnelle et d’expression.

Écrit 2 : épreuve disciplinaire appliquée

On retrouve les mêmes caractéristiques de l’écrit 1 : une durée de 6 h, un coefficient 2, et une note éliminatoire égale ou inférieure à 5. Un sujet 0, avec un dossier type sur les espaces de faible densité, est aussi proposé sur le site du ministère.  [Autre sujet 0, en Histoire]

On peut noter la présence de (moins de) documents à caractère scientifique et à caractère didactique. On attend donc une dimension professionnelle accrue dans la copie.
Au final, une heure de plus, des consignes davantage détaillées, et une attente de didactique et de pédagogie plus importante.

Le dossier est structuré en 3 parties, 4 à 6 documents scientifiques, mais aussi des documents et des outils didactiques (extraits de manuels scolaires à la fois du collège et du lycée par exemple).

Le processus de transposition est renforcé avec des évolutions : une consigne en 4 temps :

  • Analyse et contextualisation scientifiques et critique des documents proposés,
  • Objectifs de problématique d’une séquence, pour un niveau de classe de collège ou de lycée au choix, au regard des programmes d’enseignement,
  • Les contenus à transmettre, projet de mise en œuvre de cette séquence (et non plus une séance) pour le niveau de classe proposé.
  • En Géographie, une production graphique est obligatoire (fond de carte fourni).

Catherine BIAGGI revient sur certains points.

On sort de l’ambiguïté, avec une épreuve purement scientifique. L’écrit 1 est une composition au sens de dissertation : argumentation de savoir problématisé, exprimé dans un niveau de langue acceptable pour un futur professeur. On ne peut pas se présenter à un concours si on ne sait pas écrire (construction de phrases, logique du propos, capacité à argumenter, à tenir un raisonnement, à établir un plan équilibré). Il s’agit d’une épreuve académique sur du savoir scientifique.

Avec la deuxième épreuve, un futur professeur doit avoir une maîtrise du fonds scientifique, tout en étant capable de s’interroger sur les conditions de la transmission. L’épreuve est particulièrement ambitieuse et difficile.

On est à la fois sur de l’appréhension critique, scientifique d’un corpus documentaire et la capacité à réfléchir sur les apports de celui-ci dans un projet d’enseignement qui est une séquence (plusieurs heures de cours).

Questions de la salle :

Point commun avec la 3ème épreuve de l’agrégation interne

Christine Valdois (pour les Clionautes) demande si cette deuxième épreuve ne serait pas dans une certaine mesure semblable à la troisième épreuve de l’agrégation interne.
Catherine Biaggi répond qu’il n’est pas attendu un niveau d’exigence comparable à celui de l’agrégation interne dans cette compétence professionnelle déclinée sur un socle de connaissances et de réflexion sur les conditions de la transposition. On vise un niveau d’entrée dans le métier. Le curseur n’est donc pas le même.

Le barème

Une question de la salle porte sur le barème qui n’apparaît plus.

Catherine Biaggi indique qu’on est passé à un autre champ de l’évaluation, en abandonnant des épreuves corrigées avec des barèmes détaillés et une approche fondée sur la docimologie. On notait par rapport à un 20 idéal, et on retirait ensuite des points. Ce qui donnait un écrasement des notes vers le bas. On évalue désormais par rapport à des seuils d’attente, à partir d’échelles descriptives, reposant sur un ensemble de facteurs de connaissances, de compétences. Il ne s’agit plus de séparer le didactique du scientifique.

Dans notre discipline, pour penser les problématiques et l’enseignement du programme, il faut du fond scientifique solide et pérenne. L’Inspection générale a donc renoncé à proposer un barème pour une approche globale de la copie. Mais un travail d’harmonisation d’entente du jury a été mis en œuvre sur des critères très détaillés.
La correction dématérialisée (copie numérisée) permet de travailler sur des échantillons de copie-test, sur une mutualisation des corrections.

Les étudiants auront-ils aussi suffisamment de matière dans le corpus documentaire pour nourrir des propositions d’activité visant des apprentissages ?

Catherine Biaggi répond qu’on ne sera pas dans une attente détaillée de chaque séance, compte tenu qu’il s’agit d’un projet de séquence. On distingue bien l’écrit 2 de l’oral 1 : choix de la séquence sur l’écrit 2 (l’épreuve disciplinaire appliquée), choix de la séance avec l’évaluation pour l’oral 1. On évalue dans l’admissibilité la capacité d’appréhension d’une question de programme (par la séquence), on évalue ensuite, dans l’admission, la capacité à conduire une séance d’enseignement plus précisément.

Quelle place accordée aux manuels dans les épreuves écrites ?

Les manuels sont des sources. L’Histoire et la Géographie sont des disciplines du document. La réflexion sur le document (et son approche critique) fait partie des attentes de l’évaluation du candidat. La validité du document, ce qu’il nous apprend, et la perspective du projet de la séquence sont à mettre en évidence. L’enjeu est de réfléchir aux usages du manuel.

Dans la première partie de l’écrit 1, l’analyse, la contextualisation scientifique et critique des documents proposés ne concerne pas les manuels. On peut cependant appeler des documents du corpus scientifique dans le projet de séquence.

Christophe Marchand précise qu’au moment de la proposition d’une séquence didactique et pédagogique, on peut émettre un certain nombre de réserves ou de critiques sur le manuel. On doit construire sa propre activité, sans se contenter d’utiliser la double page du manuel.

Jusqu’où doit-on aller dans la contextualisation scientifique ? Quelles en sont les limites raisonnables ? Quel contenu à transmettre ?

Dans la dimension scientifique, il y a la dimension historiographique et épistémologique. On ne doit pas faire d’anachronisme dans son enseignement. On ne peut pas enseigner adossé à un socle épistémologique qui date de plus trente ans. L’Histoire telle qu’elle s’écrit, qu’elle se conçoit, n’est pas celle d’il y a cinquante ans.
L’arrêté du 25 janvier 2021 pour l’épreuve définit bien ce qu’elle permet d’évaluer :

  • La maîtrise des savoirs scientifiques permettant l’analyse critique des sources, avec la dimension de la contextualisation, épistémologique et historiographique
  • La capacité à formuler un projet et à le concevoir pour les élèves.

Quels sont les attendus dans la production graphique ?

Le croquis était déjà présent au concours, avant la réforme. Il n’existe pas de nouveauté. On ouvre sur les échelles, autrement dit on peut choisir l’échelle que l’on juge la plus adaptée. Un fond de carte est fourni, mais le candidat peut en produire un par lui même.

3 – Les épreuves d’admission (oral)

Oral 1 : Mise en situation professionnelle (MSP) : la leçon [présentation par Marie-Françoise Fleury]

Tirage au sort entre l’Histoire ou la Géographie.

  • Durée de préparation : 5 h
  • Durée de l’épreuve : 1 h = 30 mn d’exposé + 30 mn de questions par les membres du jury.
  • La nouveauté coefficient 5 !
  • La note 0 est éliminatoire
  • L’épreuve a pour objet la conception et l’animation d’une séance d’enseignement (une leçon scientifique accompagnée d’une transposition didactique et pédagogique)
  • L’épreuve apprécie la maîtrise de compétences disciplinaires et de compétences pédagogiques
  • Les attendus : exposé des enjeux scientifiques et didactiques du sujet ; présentation d’un projet de séance intégrant une réflexion en matière d’évaluation ; présentation d’un projet de séance avec document(s) qui justifiera une approche critique et une proposition d’utilisation avec les élèves.

Catherine Biaggi précise que l’Inspection générale n’était pas favorable au tirage au sort. La leçon va être « redoutable » avec son coefficient 5. Aucune discipline n’est à négliger dans sa préparation (la bivalence est à défendre). Toutefois les attendus sont modestes sur le plan professionnel, car c’est un concours sans élève. Il ne s’agit pas de faire un « pseudo-cours ». On est seulement sur du projet.

La composition du jury dans la réforme

Continuité dans le jury, avec la règle des quatre ans, un équilibre d’hommes et de femmes, de profils, de régions.

Oral 2 : Entretien avec le jury [présentation par Christophe Marchand]

  • Épreuve commune à l’ensemble des CAPES.
  • Pas de temps de préparation, mais une logique d’entretien. On réagit, on échange en direct avec le jury. On est mis en situation. Entretien sur les bases d’une motivation.
  • Vérification de la manière dont se projette le candidat dans le métier, de sa connaissance du système éducatif.
  • Coefficient 3.
  • Déroulement de l’épreuve d’entretien en deux temps : 35 mn au total :

La première partie dure 15 mn : l’exposé initial du candidat.

Il présente en 5 mn des éléments de son parcours et de ses expériences pour montrer son aspiration à devenir professeur d’Histoire et de Géographie. Il s’agit de sélectionner, d’avoir réfléchi, d’avoir pris du recul sur son parcours et pouvoir le mettre en perspective.

Le candidat à la possibilité de se baser sur une fiche individuelle de renseignements transmise préalablement au jury à l’admissibilité. Cette fiche informative est très normée : on y trouve des éléments sur le parcours du candidat, sur les enseignements qu’il a suivi, sur les stages éventuellement effectués, sur des éléments d’engagement… Le candidat choisit donc dans son parcours des éléments qu’il souhaite valoriser. Cette fiche n’est pas centrale, elle n’est pas évaluée en tant que telle. C’est simplement une manière d’entrée dans cet entretien.

Après ces 5 mn de présentation succèdent les questions du jury pendant 10 mn. Elles portent sur le parcours du candidat et sa motivation.

La seconde partie dure 20 mn, avec deux mises en situation professionnelle :

  • Une mise en situation d’enseignement (le contexte de la classe)
  • Une mise en situation relative à la vie scolaire.

Le jury apprécie l’aptitude du candidat à s’approprier les valeurs de la République, dont la laïcité et les exigences du service public (droits et obligations du fonctionnaire, dont la neutralité, la lutte contre les discriminations et les stéréotypes, la promotion de l’égalité notamment entre les filles et les garçons). Il convient aussi d’apprécier l’aptitude du candidat à faire connaître et faire partager ces valeurs.

Les deux mises en situation professionnelle sont libellées de manière simple : « vous êtes professeur en classe de … ».

Il est fait appel à l’expérience directe (stage) ou indirecte (observation de cours) du candidat, à sa capacité à se projeter, à sa réflexion, et à la mobilisation de connaissances (juridiques, historiques, géographiques…), à sa capacité à prendre du recul.

Chaque mise en situation fait l’objet de deux grands champs de questionnement (questions structurantes) :

  • Quelles sont les valeurs et principes de la République qui sont en jeu dans la situation proposée ?
  • Comment le candidat analyse-t-il cette situation ? Quelles pistes de solution envisage-t-il ?

Il est demandé au candidat de penser les situations d’enseignement, en lien avec la vie scolaire… sans réciter des contenus appris par cœur. On attend qu’il puisse se saisir d’un large éventail de situations en lien avec la matière, autour de questions ou de remises en question d’élèves ou de parents concernant la discipline ; par exemple des contenus d’enseignement ou activités proposées ; des situations qui mettent en jeu le devoir de réserve ou l’obligation de neutralité du professeur ; concernant la vie scolaire. Sur quelles ressources (juridiques, humaines) peut-on s’appuyer ?

Il faut donc réfléchir à une épistémologie républicaine : quelle(s) posture(s) ? quelle(s) notions ? quel(s) concept(s) ? quelle(s) ressource(s) mobiliser ?

Des ressources sont disponibles pour se préparer au concours :

Le guide républicain réunit trois ouvrages qui sont téléchargeables sur le site Eduscol (envoyé aussi dans les établissements sous la forme d’un coffret) :

  • Le recueil « L’idée républicaine » (316 pages)
  • Le vademecum « La laïcité à l’école » (112 pages)
  • « La République à l’école » (196 pages), travail piloté par l’Inspection générale qui s’adresse à toutes les disciplines

Ces outils sont à considérer comme de la réflexion étayée par des contenus. Il s’agit de comprendre la logique de ces ressources, pour essayer de se saisir de la manière dont on peut répondre à une situation tant sur le plan juridique, qu’éducatif ou pédagogique. Comment peut-on analyser la situation ? Quelles pistes de solutions peut-on envisager ?

L’ancrage dans l’établissement dans lequel on fait son stage est nécessaire. Une grande part des formations sera consacrée à des études de cas concrets (réponses-analyses…).

En conclusion :

Être professeur, c’est accueillir la parole effervescente. Que fait-on alors de cette parole dans le cadre de l’école républicaine et laïque ? C’est donc un positionnement, mais outillé par tout l’apport culturel, professionnel, intellectuel, et républicain. Confrontés à toutes ces ressources, les étudiants doivent être accompagnés par les formateurs. Il faut habituer les étudiants à des gestes professionnels.

Eric Joly et Christine Valdois, pour les Clionautes