Déjouant tous les pronostics, la 23e édition des Rendez-vous de l’Histoire de Blois (RDVH) a pu se dérouler sans encombres le week-end dernier. Malgré le Covid-19, les passionnés d’Histoire ont eu droit à leur festival, tout comme les amoureux de la Géographie la semaine dernière au Festival international de Géographie de Saint-Dié (FIG).

Quelle victoire !

Le mot n’est pas trop fort. Quotidiennement, on nous annonce des annulations, des restrictions de circulation, le retour prochain du confinement. Quelle chance avaient nos festivals disciplinaires de résister à la valse des abandons ?

Certes, aussi bien Saint-Dié que Blois ne sont pas situées dans des zones rouges mais que dire des intervenants ? L’Ile-de-France fournit un gros bataillon et le Sud n’est pas en reste. Certes, jusqu’au bout les organisateurs  sont restés optimistes et constructifs, mais nous savons depuis mars que, du jour au lendemain, tout peut être remis en cause. Certes, la visioconférence peut ponctuellement remplacer un “présentiel” mais les affres de l’Éducation nationale et de manière générale de la Fonction publique depuis six mois, avaient de quoi faire craindre un éventuel basculement au numérique. Et puis venaient toutes les interrogations pratiques, une fois dépassées les objections du principe de précaution.

Comment assurer le respect des normes sanitaires dans des rassemblements de ce type ? Pour rappel, rien qu’à Blois, sur cinq jours, ce sont 1 000 historiens, intellectuels et journalistes arrivés par voiture ou par train, un Salon du Livre de plusieurs centaines d’exposants (éditeurs, associations, musées, etc.), une bonne dizaine de sites de conférence éparpillés dans tout le centre-ville et …45 000 visiteurs ! Les festivals nous ont administré une splendide leçon de résilience. J’ai moi-même été plusieurs fois ébahie devant le sérieux des petites mains qui désinfectaient un siège après l’autre entre chaque conférence. La conférence inaugurale donna le ton avec humour avec petite musique d’ambiance jazzy entre deux intervenants.

Depuis 2015, il a fallu s’adapter au risque des attentats avec ouverture des sacs, encagement des lieux de rencontre et patrouilles armées. L’édition 2020 alourdit encore la charge avec le contrôle sanitaire mais à l’arrivée, la mission est parfaitement remplie. Et avec quel brio !

L’acharnement de la réussite

Bien sûr, nous avons déploré des annulations totales de conférences et, à un niveau plus important encore, des absences ponctuelles de conférenciers dans les tables rondes. Nous avons aussi pu regretter que notre groupe d’adhérents soit moins nombreux que prévu. On ne va pas se mentir, un festival avec masque, c’est comme un cours avec masque. On est mieux sans.

Mais, ce qu’on retient, c’est l’énergie, voire l’acharnement, à ce que tout se passe bien, manifesté par tous les participants. Petite anecdote, nous avons craint, la semaine passée, que les jauges dans les services de restauration ne compliquent nos pauses déjeuner entre deux conférences. Nous en étions à envisager la préparation improvisée de paquets pique-nique à l’aube… C’était mal connaître les organisateurs ou restaurateurs qui ont bien su étaler les services, étendre les terrasses et autoriser davantage de food-trucks dans l’artère principale. Comme quoi, rien ne résiste à un collectif.

Des thèmes en résonnance avec l’actualité

Ainsi, Saint-Dié a parlé climat à peu près au moment des intempéries catastrophiques dans les Alpes maritimes. Blois s’est intéressé à l’art de gouverner en pleine crise quasi généralisée de la gouvernance. Les différents Clionautes présents qui ont filmé et pris des notes, sont en train de préparer les mises en ligne, autant pour le FIG que pour les RDVH. Certains ont déjà commencé à publier. Nous sommes le 12 octobre et doit-on rappeler qu’une grande partie d’entre eux sont des professeurs en activité à temps complet ? Cela aussi, cela fait plaisir à voir. Nous sommes des professionnels mais nous sommes au départ des passionnés. Oui, il faut demander des autorisations d’absence, oui il faut s’organiser avec son conjoint, ses amis voire ses collègues, oui il faut prendre du temps pour faire vivre nos disciplines.

Pour soi, d’abord. Nous lisons de moins en moins. Nos formations académiques se réduisent comme peau de chagrin ou se révèlent inadaptées. Nos charges professionnelles sont plus lourdes. Les festivals permettent de renouer avec nos disciplines, d’aborder un sujet avec un œil neuf, de rencontrer des collègues passionnés en conférence, au Salon du Livre ou au gîte. Tous les participants vous le diront. Un festival, c’est de la fatigue physique mais quel coup de fouet moral et intellectuel ! Par les temps qui courent, cela ne se refuse pas.

Nous vous attendons nombreux pour les éditions 2021 ! Nous commencerons sous peu la campagne de recrutement des conférenciers proposés par les Clionautes pour nos deux rencontres annuelles.