Il y a des dates qui ne s’oublient pas et qu’il faut célébrer. Le 9 décembre 1905, la France adoptait la loi sur la séparation des Églises et de l’État, un texte qui visait à organiser, enfin, une cohabitation apaisée entre convictions spirituelles diverses et pouvoir politique ; une cohabitation recherchée depuis les guerres de Religion qui ont déchiré l’Europe à partir du XVIème siècle. Aujourd’hui encore, alors que la société bruisse de doutes, de crispations et parfois de tentations de repli, célébrer et commémorer cette loi, c’est se souvenir de ce pilier majeur de la République : la laïcité.

La loi de 1905 n’est pas seulement un texte juridique. Ce dernier affirme que l’État ne privilégiera aucune croyance, n’en combattra aucune, et garantira à chacun la liberté de croire — ou de ne pas croire. En rompant définitivement avec le régime des cultes reconnus et en rejetant le monopole de l’un d’entre eux sur la société, elle a posé un principe d’égalité et offert un cadre stable et durable aux croyances qui, depuis 1905, se sont diversifiées. Ses règles sont claires : neutralité de l’État, liberté de conscience individuelle, égalité des citoyens, quelle que soit leur croyance ou absence de croyance. Tous égaux, sans privilège accordé aux uns ou aux autres.
Mais cette loi n’a pas été accueillie dans l’unanimité. Dès son adoption, elle a suscité de vives contestations. Et pourtant, c’est précisément de cette confrontation qu’est née l’une des forces de la laïcité : sa capacité à être débattue, expliquée, amendée, en particulier en 2004, sans jamais perdre de vue ses objectifs.
Aujourd’hui, les contestations perdurent. Certains voudraient voir dans la laïcité un outil d’exclusion ; d’autres, à l’inverse, un principe trop permissif. Sa polysémie supposée fait les choux gras des controverses médiatiques. Mais, au milieu du bruit, le texte de 1905 rappelle une vérité simple : la laïcité n’est ni une arme ni une injonction identitaire ; c’est un cadre de liberté, destiné à protéger chacun de l’emprise de l’autre.
Ce cadre de liberté est avant tout celui de l’école. L’École de la République est le lieu où se transmettent les savoirs, mais aussi où se forge le vivre-ensemble, dans le respect de l’opinion de l’autre.
Sans neutralité, pas d’égalité.
Sans distance à l’égard des croyances, pas d’accès à la connaissance élargie du monde pour les élèves.
L’école laïque n’impose aucune vision du monde : elle ouvre la possibilité de toutes les comprendre. En cela, elle prolonge l’ambition de 1905, en formant des citoyens éclairés plutôt que des esprits assignés. Telle était la volonté des républicains comme Ferdinand Buisson, Aristide Briand, Jean Zay et de professeurs comme notre collègue Samuel Paty.
Célébrer les 120 ans de la loi de 1905, ce n’est pas sacraliser le passé ; c’est regarder lucidement le présent et assurer le futur. Dans une France plurielle, mouvante, traversée par des fractures entretenues par les extrêmes qui n’ont jamais véritablement renoncé à la faire abolir, la laïcité demeure une boussole indispensable que chacun peut s’approprier pour sa propre liberté.
C’est à ce titre que les Clionautes sont fiers de publier régulièrement des séquences et des textes à son sujet. Voici une sélection de nos ressources :
Les ressources sur Cliotexte :
Cliotexte dispose d’une section dédiée à la laïcité, voici une sélection de textes disponibles en libre accès :
L’abbé Grégoire plaide en faveur de l’émancipation des Juifs – 1789
Napoléon 1er affirme son autorité face au pape Pie VII – 1806
Que signifie attaquer la religion ?
Victor Hugo plaide pour une séparation de l’école et du religieux – 1850
La Laïcisation des cimetières 1881
Laïcité, émancipation de la femme et égalité des sexes, les combats de Maria Deraismes – 1882
Guerre scolaire dans le Gers – 1899
La laïcité scolaire vue par Ferdinand Buisson – 1903
La loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905
L’Église catholique en guerre contre les lois laïques -1925
La politisation des lycéens dans les années 30
Jean Zay et la neutralité politique dans les collèges et lycées – 1936-37
Laïcité : « Profs, ne capitulons pas! » – Novembre 1989
Les ressources sur Cliocollège et Cliolycée :
ATELIER : laïcité, de la religion et du vivre-ensemble dans la société française.
Quizz – Connaissez-vous la laïcité ?
Pluralisme des croyances et laïcité
Laïcité, liberté d’expression et liberté de culte – Hommage à Samuel Paty – Tous niveaux lycée
Les ressources de la Cliothèque :
Jean Baubérot, Les 7 laïcités françaises, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2015, 176 p.
Jean Baubérot, La loi de 1905, légendes et réalités, entretien avec l’auteur de La loi de 1905 n’aura pas lieu, paru en 2021.
Christophe Bellon, Aristide Briand : Parler pour agir CNRS Ed., 2016, 382 p.
Arnaud Bureau, Alexandre Franc, Laïcité, comment la loi de 1905 fut votée, Delcourt, coll Encrages, 2025, 120 p.
Séverine Fix-Lemaire, Laurent Klein, Mariannick Dubois-Lazzarotto La laïcité et l’enseignement des faits religieux, Nathan, Cycles 1, 2 et 3, 2018, 146 p.
Jacqueline Lalouette, L’identité républicaine de la France, Fayard, 2023, 351 p.
Arno Münster Jean Jaurès, Un combat pour la laïcité, la République, la justice sociale et la paix L’Harmattan, 2015, 120 p.
Amable Sablon du Corail, Jacques de Saint Victor (dir.) Sacrilège ! L’État, les religions et le sacré, Gallimard / Archives nationales, 2024, 192 p.
Ingrid Seithumer, Elodie Perrotin Pourquoi la laïcité ? Éditions du Ricochet, collection pocqq, 2022, 128 p.
Cliociné :
La séparation, réalisé par François Hanss, 2005, avec Pierre Ardity, Claude Rich, Michael Lonsdale, Jean-Claude Drouot. Le film est disponible sur Youtube.
Louise Violet, réalisé par Eric Besnard, 2024, avec Alexandra Lamy.
Conférence :
Jean Baubérot, Les trois seuils de laïcité, Université de Nantes – Cycle de conférences sur les politiques publiques – 23 mars 2022






