Une panthéonisation symbolique… et une date qui interroge

La nouvelle de la panthéonisation de Marc Bloch avait été annoncée par le Président de la République à Strasbourg, le 23 novembre 2024. La cérémonie et l’hommage national étaient prévus pour le 16 juin 2026, soit 82 ans jour pour jour après l’assassinat de Marc Bloch par les nazis. Ce sera finalement le 23 juin 2026. Donald Trump, qui compte fêter dignement son 79e anniversaire, le 14 juin 2026, a obtenu le report de la réunion du G7 au 16 juin. Dans un monde qui s’éloigne chaque jour davantage des valeurs auxquelles croyait Marc Bloch, il était somme toute logique que l’hommage rendu au grand historien cédât la place devant le combat de boxe organisé pour célébrer dignement l’anniversaire du 47e président des États-Unis.

Une unanimité médiatique qui pose question

La nouvelle a donc été annoncée par tous les journaux de France et de Navarre, dimanche soir 8 février 2026, ceux-ci faisant preuve, pour une fois, d’une belle unanimité. Du quotidien Le Monde au Figaro, du Parisien à Libération en passant par Ouest-France, partout le même titre : “l’historien et résistant juif entrera au Panthéon le 23 juin 2026” (avec une variante : Marc Bloch, l’historien et résistant juif, entrera au Panthéon le 23 juin 2026). Cette unanimité interroge. S’agit-il de la reprise pure et simple du titre d’une dépêche de l’AFP ? Ou bien les journalistes stagiaires chargés de garder la boutique le dimanche soir se sont-ils passés le mot ?

Marc Bloch, sa judéité, ses mots

Marc Bloch, issu d’une famille juive originaire d’Alsace et dont les ascendants ont choisi la France en 1871, n’a jamais fait mystère de sa judéité, sujet qu’il aborde clairement à deux reprises (au minimum) dans ses écrits : en 1940 dans L’étrange défaite et, en 1942 pressentant peut-être que sa mort était proche, dans son testament. Dans ses deux textes, Marc Bloch trace clairement les contours et les limites de sa judéité :

Je suis Juif, sinon par la religion, que je ne pratique point, non plus que nulle autre, du moins par la naissance. Je n’en tire ni orgueil ni honte, étant, je l’espère, assez bon historien pour n’ignorer point que les prédispositions raciales sont un mythe et la notion même de race pure une absurdité particulièrement flagrante”.

Son testament contient une véritable déclaration d’amour à la France sa patrie :

“Je l’ai beaucoup aimée et servie de toutes mes forces; […] je meurs comme j’ai vécu, en bon Français”.

Plus près de nous, les descendants de Marc Bloch ont rendu publique une lettre exprimant leurs souhaits quant à la cérémonie de panthéonisation de leur aïeul, rappelant que Marc Bloch athée n’avait foi qu’en une seule idée, la République”.

Un historien, un résistant, un républicain

Ancien combattant de la guerre 14-18, Marc Bloch s’est porté volontaire en 1939. Il a payé de sa vie son engagement dans la Résistance pour défendre sa patrie et la République, et rien d’autre.

Le 23 juin 2026, avec Marc Bloch, c’est donc un immense historien, résistant patriote et républicain, qui entrera au Panthéon. Cela laisse aux journalistes chargés de couvrir l’événement 4 bons mois pour lire Marc Bloch. Mais peut-être préféreront-ils se contenter des articles que les Clionautes ne manqueront pas de publier lors de cet hommage national auquel nous nous associerons avec une émotion particulière.