Les 7 et 8 octobre, le Palais Neptune accueille la cinquième édition des Rencontres Stratégiques de la Méditerranée (RSMED) 2026. Deux jours pour lire un monde qui se défait, et une conviction qui nous tient depuis la première heure : penser le monde ne suffit pas, encore faut-il le transmettre.

 

RSMed 2026 : croiser les regards, transmettre le monde

Jamais nos sociétés n’ont produit autant d’analyse stratégique, et jamais elles n’ont aussi mal su la faire parvenir à ceux qui en hériteront. On empile les rapports, on multiplie les colloques savants, on affine des cartes du chaos, pendant qu’à trente kilomètres de l’amphithéâtre un élève de Terminale apprend la géopolitique dans le défilement d’un fil d’actualité, entre une intox virale et une indignation calibrée. C’est très exactement ce hiatus que les RSMed refusent. Sous la voûte du Palais Neptune, l’expertise la plus pointue accepte de se laisser regarder par des lycéens, et les lycéens acceptent de se laisser bousculer par elle. Croisons nos regards sur le Monde : le mot d’ordre de cette édition n’est pas un ornement, c’est un programme.

 

Un monde qui se dérobe à ceux qui en héritent

Quinze tables rondes, cinq cycles, plus de soixante-dix experts, chercheurs, militaires, diplomates et industriels : la cinquième édition prend la mesure d’une planète où les verrous sautent les uns après les autres. On y suivra les suites de la guerre déclenchée en février 2026 contre l’Iran, le détroit d’Ormuz transformé en robinet stratégique et la crise énergétique qui s’ensuit ; la Baltique sous pression et l’Arctique qui fond en s’armant ; l’Indopacifique où se joue la partie sino-américaine ; et jusqu’aux midterms américains, ce test dont dépend l’ordre du monde. Trois fils tendent l’ensemble : les recompositions géopolitiques, les ruptures technologiques, les défis sécuritaires qui ne connaissent plus de frontière. Pour en parler, la FMES a réuni un plateau qui se passe de superlatifs : Pierre Razoux, Christine Ockrent, Valérie Niquet, Olivier Poivre d’Arvor, Frédéric Pierucci, Bill Hayton, et bien d’autres voix venues de la FRS, de l’IFRI, de Chatham House ou du GCSP. Jean-Marc Jancovici y tiendra le rôle de grand témoin, l’amiral Pierre Vandier, commandant suprême allié Transformation de l’OTAN, celui de la parole stratégique qui engage, avant que les chefs d’état-major ne viennent nommer les nouvelles conflictualités dans un environnement contesté et que la ministre des Armées, Catherine Vautrin, ne referme ces deux jours. Clausewitz aurait reconnu là son intuition : la guerre est un caméléon, et Toulon en dresse le portrait le plus fidèle de l’année.

 

 

Le regard qui manquait

Reste que l’on peut réunir les meilleurs et ne rien croiser du tout. Un colloque, seul, ne croise aucun regard : il les juxtapose. Entre l’amphithéâtre où parle l’amiral et la salle de classe où doute l’élève, il y a une distance que personne ne franchit par magie, et c’est précisément cette distance que les Clionautes se sont donné pour métier d’abolir. Le Parcours géopolitique des lycéens, conduit avec la FMES et le magazine Diplomatie, en est la traduction la plus concrète. Ils étaient plus de quatre cents l’an dernier à s’y presser, attestation valorisable sur Parcoursup à la clé, preuve que la génération réputée captive de ses écrans a soif, dès qu’on lui en donne l’occasion, de comprendre le siècle qu’on lui lègue. Le Parcours ne teste pas des connaissances, il dépose une grammaire : une manière de lire une carte, de flairer un récit truqué, de distinguer le fait de sa mise en scène. Dans un monde où l’information est devenue une arme et le mensonge une industrie, armer un lycéen d’esprit critique n’est pas un supplément d’âme pédagogique, c’est déjà de la défense. C’est là un engagement que nous portons aussi hors les murs des Rencontres, aux côtés de ceux qui veillent sur notre espace informationnel, et sur lequel nous reviendrons bientôt. Hannah Arendt le savait : une démocratie ne meurt pas d’abord de ses ennemis, mais du jour où ses citoyens ne distinguent plus le vrai du vraisemblable.

 

Une seconde vie, puis une vie de classe

Voilà pourquoi notre présence ne s’arrête pas quand s’éteignent les projecteurs. Cette année encore, carnet à la main, les Clionautes rendront compte des tables rondes sur leur site, non pour en livrer un résumé pressé, mais pour en nourrir la réflexion et en tirer des pistes directement utilisables en classe. Nous ne couvrons pas les Rencontres, nous les prolongeons. Que l’on veuille mesurer ce que cela signifie, il suffit de rouvrir le compte-rendu de l’édition précédente consacré à l’espace comme terrain d’affrontement : une table ronde de quatre-vingt-dix minutes y devient une synthèse fidèle jusqu’à la citation, close sur une formule que l’on retient (« la guerre ne se gagnera pas dans l’espace, mais elle pourrait y être perdue »), puis se mue en séquence pédagogique clé en main pour la Terminale, ancrée dans l’objet conclusif du programme, jusqu’au pont tendu vers For All Mankind et L’Étoffe des héros. Un colloque d’un jour, une ressource pour toute une année. Le relais n’est pas une politesse, c’est une écologie : en amont le Parcours prépare l’élève et le fait entrer dans l’amphi, sur place nous écoutons, en aval la parole des experts trouve enfin le chemin de la salle de classe. Le regard, cette année encore, ne se croisera pas le temps d’un colloque. Il se croisera avant, pendant, et tout au long de l’année qui suit.

 

Ce qui nous attend à Toulon

Alors oui, rendez-vous les 7 et 8 octobre au Palais Neptune, entrée libre, comme il se doit pour une réflexion qui se veut affaire de citoyenneté avant d’être affaire d’experts. Nos collègues d’Histoire-Géographie, de HGGSP, y trouveront de quoi renouveler leurs cours ; leurs élèves, de quoi se penser acteurs et non spectateurs d’un monde qui les concerne. Et si nous mettons tant d’obstination dans cette aventure aux côtés de la FMES, c’est que nous partageons une certitude simple, qui vaut bien qu’on la répète d’une édition à la suivante : le monde que ces experts décryptent, ce sont nos élèves qui l’habiteront, autant donc qu’ils y entrent en l’ayant compris. La prochaine génération n’attendra pas que nous l’ayons formée pour hériter du siècle. Raison de plus pour commencer à Toulon.