Le FIG c’est aussi l’occasion de rencontrer des géographes. Georges Courade, chercheur à l’IRD a bien voulu répondre à quelques questions à l’issue de sa conférence: Les Afriques des fausses évidences [http://www.clionautes.org/?p=2808

Invité à plusieurs reprise à intervenir face à des enseignants, Cyril Froidure avait relaté en 2006 une conférence sur la faim en Afrique
http://clio-cr.clionautes.org/spip.php?article3591
il était tout naturel de l’interroger sur l’enseignement de l’Afrique.

Quels conseils donneriez-vous à des enseignants de collège ou de lycée?

Le principal est de faire dire aux élèves leurs représentations de l’Afrique.
Peut-être à partir d’une carte et de quelques objets: le continent, les pays.
Il faudra ensuite travailler sur ce qui est plutôt juste et ce qui est plutôt faux. Il y a une nécessité de sortir de l’image du bon sauvage, le bonhomme Banania. Souvent pour les enfants l’Afrique c’est un zoo avec tous les animaux, il y a aussi une image sous-jacente, presque raciste, “‘ils ne travaillent pas beaucoup”. Le mythe de la forêt vierge; la forêt primaire, en fait n’existe plus que de manière théorique, elle est souvent perçue comme menaçante et silencieuse alors que c’est un univers bruyant.

L’idée n’est pas d’avoir une attitude moralisatrice mais d’amener les jeunes vers la rencontre interculturelle.

Mais les enseignants aussi ont des représentations, comment faire?

Pour l’enseignant il y a 3 aspects à corriger:

  1. Aller contre une forme de raisonnement “totalitaire”, généralisateur mais aller vers une réalité de terrain, à localiser, donner en contre-point un ou deux exemples. Par exemples deux villes avec des facettes très variées et en montrant qu’ici aussi les généralisations ne représentent pas la réalité.
  2. Lutter contre des reçues qui relèvent de savoirs scolaires mal établis. Le savoir scientifique est en évolution d’autant que l’insécurité dans certains pays en rend l’accès aux géographes plus difficile.
  3. Approcher un champ à défricher, celui de l’histoire africaine, peu connue faute de traces écrites.

D’autre part il est très important de ne pas confondre corrélation et causalité. Par exemple: la ville est porteuse de développement, voilà une affirmation à démontrer, montrer aussi le contraire pour trouver les conditions nécessaires pour qu’elle soit vraie. Il faut douter de toute affirmation.

Penser, aussi, à utiliser en classe un médiateur, un témoin, un passeur qui pourra agir sur les représentations de l’enseignant comme des élèves.

Faut-il aider l’Afrique ?

La réponse n’est pas si simple. Il y a une nécessité absolue à tenir compte des savoirs locaux. De la même manière il faut beaucoup d’humilité dans les échanges de savoirs, observer l’environnement, raisonner.
Il faut faire raisonner les élèves: la technologie n’est pas la solution mais souvent le problème. C’est le contexte social qui est fondamental. Il faut tester la rigidité du social face à la technologie. Il y a la technologie et le savoir-faire pour l’utiliser, assurer la maintenance, la réparer, raisonner à 3 degrés: outil, savoir-faire et savoir. On peut s’appuyer pour le raisonnement sur des exemples français.