Premières villes, premiers États celtiques au nord des Alpes

Premières villes, premiers États celtiques au nord des Alpes

Premières villes, premiers États celtiques au nord des Alpes

Patrice Brun

Cela peut surprendre, mais il y a peu de temps que l’on n’a plus une image simpliste et primitiviste des Gaulois, une image de sociétés exagérément primitives qui dominait nos représentations. En résumé, nous avons l’image des Gaulois vivant selon un mode de vie du IVème millénaire avant notre ère, avec des comportements qu’ils ont perdus ensuite. En réalité, ce ne sont pas des gens misérables qui vivaient dans des huttes et ils n’ont pas découvert le progrès et l’ordre avec les Romains. L’image a été entretenue de façon sympathique par Astérix et Obélix. Cette vision caricaturale s’est retrouvée dans les manuels scolaires, avec la comparaison entre les Gaulois et les Romains (par exemple dans le manuel d’histoire de Bernard et Redon de 1955).

En fait, leur développement a été en dents de scie sur le long terme. Déjà, depuis l’âge du bronze, à la fin IIIème millénaire, les sociétés étaient hiérarchisées. Le développement a subi des oscillations. Au premier âge du fer (entre 800 et 500 avant J.-C.), on constate l’apparition de chefferies complexes, puis de chefferies simples et enfin l’apparition d’ États archaïques au début de notre ère.

On parle alors de sociétés princières, très hiérarchisées, avec des capitales fortifiées et des remparts de type grec, vers 500 av JC (par exemple, au centre de la Heuneburg en Allemagne vers -550, avec un rempart de type méditerranéen). On constate une évolution du guerrier au soldat avec l’uniformisation de la tenue et de la cote de maille. L’élite sociale se fait enterrer avec une panoplie guerrière, et même la population plus ordinaire appartient à cette société guerrière. Cette société est de plus en plus autoritaire. Cela s’accompagne de changements économiques : vers -250, le nombre de forges de fer augmente. Le fer n’est plus seulement pour les élites, il est aussi utilisé plus massivement. Des mines immenses se développent.

Ainsi, l’augmentation du nombre de sites de forges dans le Bassin parisien avec le cas de la mine de fer à La Bazoge, « Petites Rouilles » dans la Sarthe.

Le fer est utilisé par tous les paysans : l’outillage agricole est en fer (soc d’araire en fer, faux en fer). Cela favorise la croissance des rendements. En plus, pendant cette période, il y a une évolution des cultures : de la méture aux Ve-IIIe siècle (ensemencement de plusieurs espèces dans un champ), on va vers moins de variétés, vers l’essor de la monospécifité (IIe-Ier siècles) : s’ils prennent le risque de n’avoir qu’une seule espèce à cultiver, c’est que l’Etat a les moyens de pallier  une mauvaise récolte. Avec les prospections aériennes, on constate que ce sont des restes de fermes encloses dans de grands fossés, de plus en plus dans des zones de plateaux (BP), à distance des cours d’eau. Une révolution agricole qui permet l’augmentation de la productivité, de l’alimentation et donc une croissance forte de la démographie, avec commencement de regroupements en villages et fermes enclose et déforestation. Les unités de peuplement ne sont plus seulement des fermes, mais des villages de plus en plus gros dès le IIIème siècle av JC., avec le développement du parcellaire, l’expansion des surfaces agricoles sur les plateaux. Quelques agglomérations ouvertes, non fortifiées, se développent (mises en évidence en Europe centrale) : Roseldorf en Autriche sur plusieurs dizaines d’hectares, Lovosice (Bohême) sur 40-60ha, Asy-Romance (Ardennes), Manching (Bavière) qui, elle, a fini par se fortifier avec un portail monumental, quelques manoirs, des sanctuaires bâtis (Gournay/Aronde)… L’urbanisme est peu dense, mais elle compte plus de 5 000 habitants. Il y a des villages principalement occupés par des artisans (céramique, verre) et plus seulement des agriculteurs. La proportion d’activités est diverse. Et les villes sont connectées entre elles.

 

Ex : Paule en Bretagne

Carte des sites urbains

On assiste au développement d’une monnaie fiduciaire (sans valeur en tant que tel, de vil métal) : c’est le signe d’une société avancée avec un Etat qui a une administration, une puissance reconnue par la plupart des gens.

Par exemple, le « potin » en bronze (celui dit « à la grosse tête »). Il y a de larges aires de diffusion de deux types de potins, dépassant les petits Etats celtiques (grosso momo en Lotharingie). Les monnaies coulées sont peu à peu remplacées par des monnaies frappées. On assiste à l’essor de monnaies frappées avec, pour certaines, le nom d’un certain nombre de potentats. Des Gaulois savaient donc lire. L’écriture est donc parfaitement utilisée mais ils utilisaient des tablettes (qui n’ont pas laissé de trace) et un stylet : certains stylets ont été trouvés. Les Romains ont utilisé l’écriture pour écrire sur de la pierre, ce que ne faisaient pas les Gaulois.

Il y a donc une émergence de l’Etat.

Les sociétés répondent aussi au dernier critère de l’Etat : les Gaulois ont aussi instauré le monopole de la contrainte physique légitime avec l’apparition d’armées permanentes (chaudron de Gundestrup).

Ces États gaulois sont donc au sud. La romanisation s’installe sur ces Etats. Les territoires organisés avec des centres sont plus faciles à dominer que des territoires dispersés… Les Romains obligent les Gaulois à occuper des villes ouvertes.

Des sociétés qui ont évolué de façon très oscillatoire. Avec la fin de l’âge du fer, on assiste à un moment de croissance d’un système continental.

Vers 51 av JC, à la fin de la Guerre des Gaules, environ 1 million de Gaulois sont emmenés en esclavage en Italie.

Questions :

A-t-on des éléments sur une fiscalité?

On n’a rien de précis, que des idées générales. Chez les Gaulois, selon César, des élites ont augmenté leur fortune en s’occupant de la taxation des marchandises.

Quelle était la connexion entre les villes? Y avait-il un réseau routier gaulois?

On sait ce qu’on peut déduire de la guerre des Gaules : globalement, il n’y avait pas de difficulté à circuler.

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