Le Triptyque de Moulins, réalisé vers 1498 par Jean Hey (appelé aussi le « Maître de Moulins »), et commandé par le duc Pierre II de Bourbon et la duchesse Anne de France, a fait l’objet d’une remarquable restauration. Il est de nouveau exposé, d’abord au Louvre (aile Richelieu, salle 831), du 26 novembre 2025 au 31 août 2026.

A l’origine de ce projet, la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes avait envisagé dans les années 2010 de valoriser ce chef d’œuvre et d’améliorer ses conditions de conservation et de présentation dans la sacristie des évêques de la cathédrale de Moulins.
L’œuvre a quitté son écrin pour les ateliers du C2RMF (Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France) à Paris en novembre 2022. La restauration, menée par l’atelier Arcanes pour la couche picturale et le groupement Tournillon pour le support, s’est prolongée jusqu’en septembre 2025. Elle a permis de redécouvrir, en autre, le décor original polychrome de l’encadrement. Un des objectifs de la restauration a été d’améliorer la lisibilité de la composition, mais aussi de mieux comprendre le travail des peintres du XVe siècle en France.

Après une itinérance entre 2025 et 2027 (au Louvre, puis au monastère royal de Brou et enfin au musée départemental Anne-de-Beaujeu à Moulins), le triptyque retrouvera son espace historique d’exposition dans la sacristie de la cathédrale en 2028, autour d’une scénographie et d’une muséographie ambitieuses.

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins, exposé au Louvre
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© Eric Joly

Cette œuvre essentielle dans l’histoire de la peinture française du XVe siècle, montre la transition entre l’art médiéval et la Renaissance, dans un contexte où Moulins fut un temps capitale du royaume sous la régence d’Anne de France, fille de Louis XI, et de son époux Pierre de Beaujeu, fait duc de Bourbon. Charles VIII n’a que treize ans quand son père Louis XI meurt en août 1483. Il est sacré à Reims en mai 1484 à sa majorité.

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Dimensions globales, avec le cadre, après restauration, volets ouverts : 189,5 x 332 cm
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© C2RMF / Thomas Clot

Le triptyque de la Vierge glorieuse, une œuvre du peintre flamand Jean Hey

Cette œuvre monumentale de dévotion, conçue comme un retable (retro tabula) devait orner l’autel principal de la collégiale de Moulins (avant de devenir plus tard cathédrale en 1823). A partir de 1879, elle est présentée dans la sacristie des évêques.
Elle représente la Vierge en majesté assise sur un trône (un siège curule) dans le ciel, au cœur d’un halo lumineux et portant l’Enfant. Elle est couronnée par des anges.

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins (détails)
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© Eric Joly

De part et d’autre de cette vision céleste de Marie, deux volets complètent le triptyque, où figurent les commanditaires. A gauche, le duc Pierre II de Bourbon (1438 ou 1439-1503), agenouillé sur un riche coussin, est présenté par saint Pierre en habit pontifical. A droite est figurée Anne de France (1461-1522), sœur du roi Charles VIII, épouse du duc. Elle est accompagnée par sainte Anne.
Suzanne de Bourbon (1491-1521), l’unique fille du couple, est peinte à côté de sa mère.
Comme dans la Vierge du chancelier Rolin de Jan van Eyck, la foi et la prière permettent d’accéder à la vision des figures divines. Mais les donateurs n’occupent pas ici le panneau central. Cependant ils sont pleinement associés à la gloire de la Vierge.

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins (détails des volets intérieurs)
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© Eric Joly

Le bord inférieur du cadre fait apparaître les initiales de Pierre et d’Anne de Bourbon (« P » et « A »), unies par la ceinture « Espérance », devise des ducs de Bourbon depuis la seconde moitié du XIVe siècle. Elle est inscrite aussi sur la chape de saint Pierre au volet intérieur gauche. Les décors textiles vert et rouge (sur les volets) constituent une autre forme de devise ducale.

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins (détails)
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© Eric Joly

Lorsque les volets sont fermés, on peut admirer une Annonciation en grisaille. Le triptyque était ouvert seulement lors de certaines fêtes. La plupart du temps, on ne voyait que les volets extérieurs décorés en « grisailles », qui devaient se fondre dans l’architecture de la collégiale.

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins (détails des volets extérieurs)
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© Eric Joly

Dans le panneau central, une banderole est déployée par deux anges, sur laquelle on peut lire :
HEC EST ILLA DEQVA SACRA CANVNT EVLOGIA : SOLE AMICTA LVNAM HABENS SVB PEDIBVS STELIS MERVIT CORONARI DVODENIS (« Voici celle que chantent les louanges sacrées. Enveloppée du soleil, la lune sous ses pieds, elle a mérité d’être couronnée de douze étoiles »).
Ce texte fait référence à la vision apocalyptique de la Vierge de l’Immaculée Conception (Apocalypse, chapitre XII, verset 1).

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins (détails du panneau central)
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© Eric Joly

On peut s’étonner que le duc Pierre de Bourbon ne porte pas le collier de l’ordre de Saint-Michel. Ceci est contraire aux statuts de l’ordre qui oblige à porter cet attribut, reçu en 1484 (sous le règne de Charles VIII). L’hypothèse avancée pour expliquer ce manque dans la composition, serait que la commande du triptyque s’est effectuée après la mort du roi en 1498, car la sœur et le beau-frère de Charles VIII n’ont plus de liens privilégiés avec le monarque décédé.

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Le duc Pierre II de Bourbon (1438 ou 1439-1503), présenté par saint Pierre
(volet gauche d’un triptyque dont le panneau central est perdu)
Peinture sur bois (chêne), vers 1492
Paris, musée du Louvre
© Eric Joly

Jean Hey (actif en France de 1480 à 1500 environ) est un peintre reconnu à son époque, par sa maîtrise des portraits, du rendu de la lumière et des matières, particulièrement de la texture des vêtements. Sa formation flamande paraît dans ses productions. Il a très probablement été en apprentissage chez Hugo van der Goes (actif vers 1467-1483) à Gand. La manière de creuser les cernes et d’accentuer les rides des visages rappelle le maître. La façon d’utiliser les jaunes, violets et roses sont caractéristiques aussi du peintre flamand. Les yeux en amande, les pommettes étirées, le nez fin, ainsi que le front haut et large des visages féminins singularisent l’artiste.
Le goût des anciens Pays-Bas se constate dans le format d’un triptyque à volets mobiles.

Au revers des volets, on peut remarquer que les grisailles sont inachevées. Les anges de l’arrière-plan sont à peine ébauchés, tout comme la main gauche de la Vierge. Les hypothèses sont multiples : installation précipitée du triptyque liée à un impératif événementiel comme une fête religieuse ou la mort précoce de l’artiste ? En effet, il manque une couche de glacis bruns sur la matière picturale. L’absence de cuivre sur l’arc trilobé du panneau représentant l’ange de l’Annonciation le confirme.
Cet état d’inachèvement partiel permet d’appréhender quelque peu les étapes du processus créatif.

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins (détails des revers des volets)
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© Eric Joly

La tradition flamande se distingue dans la composition, particulièrement avec la disposition des donateurs, installés apparemment dans un petit oratoire décoré de larges rideaux rose et vert. Il pourrait s’agir d’une chapelle textile, comme en usage au XVe siècle. La vision céleste complète la réalité terrestre des commanditaires.

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins (détail des volets)
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© Eric Joly

Le cadre central du triptyque est d’inspiration italienne. Composé de pilastres creusés de cannelures et surmontés de chapiteaux à décor de végétaux, il joue un rôle significatif pour opposer la figuration du sacré (le panneau) et du profane (les volets).
Présent déjà dans les retables de Fra Angelico, ce dispositif affirme le goût de Pierre et d’Anne de Bourbon pour la Renaissance italienne, tant artistique qu’intellectuel.

Sculpteur anonyme
Cadre de baiser de paix
Italie, vers 1500, bronze
Paris, musée du Louvre, département des Objets d’art
© Eric Joly

La fabrique d’un chef-d’œuvre au XIXe siècle

Le triptyque de Moulins n’a pas connu une postérité immédiate. Démembré, redécouvert, et reconstitué matériellement, ce n’est que depuis cent cinquante ans qu’il fait figure de chef-d’œuvre artistique, sous l’impulsion de Prosper Mérimée, lors d’un passage à Moulins en 1837.
Dans une note, l’inspecteur général des Monuments historiques signale la présence des deux volets sur des piliers du chœur, et du panneau principal, la « Vierge et l’Enfant au milieu d’une gloire » placé dans la chapelle des fonts, le tout attribué à Ghirlandaio. Il évoque par ailleurs les grisailles des revers.
Le rapprochement des trois fragments s’effectue quelques années plus tard. Mais l’appréciation de Mérimée pour considérer qu’il s’agit d’une même composition et d’un même artiste, est contestée jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Prêté pour l’Exposition universelle de 1878 au palais du Trocadéro, le triptyque va être restauré peu de temps après, pour s’achever en mai 1879, avant son retour à Moulins en août de la même année.

Classé au titre des monuments historiques en 1898, le chef-d’œuvre est de retour à Paris pour l’Exposition universelle de 1900, à l’occasion de « l’exposition de la rétrospective de l’art français, des origines à 1800 » qui se tient au Petit Palais. Nous précisons qu’à la page 240 du catalogue illustré publié à l’occasion de cet événement, il n’est pas fait mention d’un artiste pour le triptyque.

Enfin, il est présenté au Louvre en 1904 à l’exposition des Primitifs français, avec cette fois-ci, l’attribution au « peintre des Bourbons, dit le Maître de Moulins ».

Extrait du catalogue de l’exposition Primitifs français, 1904
Source : Gallica.fr

L’œuvre est mise à l’abri à l’abbaye de Souvigny pendant la Seconde Guerre mondiale.

Études et enjeux de la restauration

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins
Avant et après restauration
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© C2RMF / Alexis Komenda et Thomas Clot

Les objectifs sont de déterminer les supports, les matériaux et les procédés utilisés par Jean Hey.

L’analyse dendrochronologique révèle que les sept planches du panneau central et les huit planches des volets proviennent d’une même forêt de chêne (mais d’arbres distincts), de faible altitude, sous un climat océanique altéré. Ces planches sont assemblées à plat-joint (bord à bord), à l’aide de chevilles en bois et collées. La date de coupe des arbres est située entre 1490 et 1503.

Raccourci de quelques centimètres, le format actuel des volets n’est pas celui d’origine. Cela explique le léger défaut d’alignement des éléments d’architecture peints.

La radiographie permet d’analyser les couches picturales. Plusieurs couches de préparation blanche ont été identifiées, reprenant ici la tradition flamande.
Le panneau central a été peint dans son cadre puisque des touches de couleurs ont débordé sur la face intérieure de l’encadrement.
Des traces d’incisions ont été observées sur le pourtour de la Vierge et de l’Enfant, ce qui suppose l’emploi d’un carton préparatoire à l’échelle et d’un stylet pour effectuer le contour des figures.

La réflectographie infrarouge met en évidence le dessin sous-jacent (parfois encore visible à l’œil nu sur les grisailles, compte tenu de la fine couche picturale apposée dans les revers de volet). Dans le panneau central, les traits des visages, les plis des vêtements, et le contour des figures (main droite de la Vierge) ont été réalisés vraisemblablement à la pierre noire, avec des reprises au pinceau (exemple, la robe de la Vierge).
L’usage du fusain apparaît pour esquisser les mains des donateurs et des saints patrons.
Des dessins préparatoires ont dû servir pour exécuter les portraits des commanditaires. Le visage de saint Pierre a une apparence plus schématique (dessin au pinceau).

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins
Réflectographie infrarouge
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© C2RMF / Alexis Komenda

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins (détail du visage de saint Pierre)
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© Eric Joly

Les grisailles recourent à la technique de dessin au pinceau (Vierge de l’Annonciation et éléments d’architecture) et au fusain (l’archange).
Le traitement des modelés se traduit par des hachures parallèles simples ou croisées, variant ainsi le rendu des volumes.

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins (détail du visage d’Anne de France)
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© Eric Joly

Des repentirs, signes d’ajustements en cours de travail, sont visibles sur le visage de saint Pierre, ainsi que sur les mains des commanditaires et de leurs saints patrons. Le bonnet de Suzanne, initialement esquissé, a été remplacé par une couronne.

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins (détail)
Volet intérieur droit, réflectographie infrarouge
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© C2RMF

Jean Hey a certainement réutilisé des dessins préparatoires lorsque l’on compare les visages d’autres vierges Marie peintes (tableaux conservés au MRBAB de Bruxelles et au musée de Cluny). On retrouve les yeux en amande, la forme du visage avec menton en pointe, et la même inclinaison de la tête. Pour conforter cette hypothèse, l’ouvrage propose un relevé superposant en calque les trois tableaux.
Les deux volets d’un retable antérieur représentant le duc et la duchesse, conservés au Louvre, ont peut-être servi de portrait de référence (réalisé à la pierre noire).

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Comparaison du visage de la Vierge du Triptyque de Moulins (à gauche) avec celui de la Vierge allaitant l’Enfant, dite Vierge Bacri du musée de Cluny (à droite)
© Eric Joly

La fluorescence X permet de comprendre les étapes exécutées par le peintre pour réaliser le halo représenté derrière la Vierge. Cette technique analyse les éléments chimiques (et leur répartition) contenus dans la peinture. D’abord on distingue une dorure à la mixtion utilisant une feuille d’or dans la partie centrale et une feuille d’or parti (feuille métallique avec un côté doré et un côté argenté) pour les cercles périphériques. Puis un glacis rouge-violet recouvre l’ensemble pour laisser transparaître l’or. Ensuite une nouvelle dorure est appliquée. Les cercles figurant les couleurs de l’arc-en-ciel ont certainement été peints à ce moment-là.
Une feuille d’argent a servi à réaliser le croissant de lune sur lequel la Vierge pose ses pieds.

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins (détail)
Panneau central, analyse fluorescence X
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© C2RMF / Bastian Viscaino

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins (détail)
Panneau central, relevé de la répartition des feuilles d’or et d’or parti du halo
à partir de la réflectographie infrarouge,
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© C2RMF / Laurence Clivet & Dominique Martos-Levif

La couche picturale a été peinte à l’huile.
La superposition des couleurs et des glacis permet la variation et les nuances des tons.
Les ombres du drapé du manteau de la Vierge sont conçues en appliquant de fines couches transparentes, légèrement colorées de glacis de laque rouge, par-dessus la couche de rouge vermillon.
Le rendu soyeux du revers du manteau de la Vierge s’obtient par la superposition de hachures réalisées au pinceau avec des glacis de laque rouge sur la couche de lapis-lazuli.

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins (détail des vêtements de la Vierge)
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© Eric Joly

Une restauration structurelle et picturale pour une présentation renouvelée

Les différentes couches de vernis et de repeints accumulées sur la surface picturale lors des restaurations passées ont été allégées ou retirées, dans le but de corriger la perception de la composition et ainsi obtenir une meilleure intensité et harmonie chromatique. En effet, du fait des matériaux utilisés, ces repeints avaient progressivement assombri ou dégradé quelques parties de la surface peinte au fil des années.
Les feuilles d’or parti (dans les cercles extérieurs du halo), qui contenaient de l’argent, se sont altérées avec le temps. L’intervention a consisté à retrouver une meilleure homogénéité dans le passage du halo central doré aux cercles périphériques colorés, car le glacis de laque rouge qui produit un aspect rouge translucide à l’or, avait globalement disparu.

Afin d’améliorer la perception des couleurs et la continuité de l’image, les lacunes et les usures ont été comblées par une réintégration de la couche picturale, autrement dit par des retouches. Il a été procédé à la pose d’une couche de vernis intermédiaire sur la surface peinte, dans la perspective de garantir la réversibilité de ces retouches.

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins (détails)
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© Eric Joly

Le cadre original a retrouvé son décor d’origine, avec sa dorure et sa polychromie, en retirant les strates du XIXe siècle, et en rétablissant la cohérence chromatique avec le panneau central.

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins (détail du cadre original, panneau central, partie inférieure, avec les armoiries de Pierre II de Bourbon : d’azur à trois fleurs de lis d’or chargé d’une bande de gueules brochant)
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© Eric Joly

Les volets ayant été amputés de quelques centimètres, en haut et en bas, de façon asymétrique, dans une période antérieure, l’alignement et les relations entre les figures ne se faisaient plus. La Vierge paraissait placée trop haute par rapport à l’ange de l’Annonciation. Il a donc été décidé de rétablir une cohérence visuelle. Des alèses (éléments mobiles) en chêne de cinq centimètres (sur les quinze manquants) ont été ajoutées. Puis une restitution des décors a été menée, en prolongeant et complétant les motifs existants, de manière illusionniste.
Les cadres des volets en sapin du XIXe siècle ont été remplacés après ce redimensionnement de l’œuvre.
Pour finir, une couche de vernis a été appliquée sur l’ensemble des surfaces peintes pour donner un aspect plus homogène de l’œuvre, et la protéger.

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins
Face et revers des volets avant et après restauration
© C2RMF / Thomas Clot et Alexis Komenda

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins (détails, vue des éléments mobiles ajoutés sur les volets)
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© Eric Joly

 

L’exposition permet de redécouvrir une œuvre majeure du XVe siècle, au croisement des influences flamandes et italiennes, qui participe à l’invention d’une Renaissance française.
Nous sommes face à une éblouissante peinture, minutieusement et magnifiquement restaurée par le C2RMF. Une visite sur place s’impose pour apprécier cet exceptionnel travail. Quel chef-d’œuvre !

Jean Hey (dit aussi le Maître de Moulins)
Triptyque de la Vierge glorieuse dit Triptyque de Moulins (détail)
Peinture sur bois (chêne), vers 1498
Moulins, cathédrale Notre-Dame
© Eric Joly