Lundi 26 janvier, lors du procès en appel de l’assassinat de Samuel Paty, Me Francis Vuillemin, avocat du prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui, a affirmé à l’audience que l’enseignant aurait « procédé à la discrimination des élèves musulmans » lors de son cours sur la liberté d’expression.

Ces propos ont été publiquement dénoncés par Mickaëlle Paty, sœur de Samuel Paty, qui a dit les avoir vécus comme un « coup de poing », parlant d’« un procès dans le procès ».

Il y a quelque chose de profondément indécent dans cette stratégie.

Indécent parce qu’elle s’attaque à un homme assassiné.

Indécent surtout parce qu’elle tord les faits, pourtant largement établis lors du procès en première instance.

La déformation de l’information, nous la connaissons bien.

Nous y sommes confrontés quotidiennement, en tant que professeurs d’histoire-géographie et d’EMC. Apprendre à la repérer, à la déconstruire, à la confronter aux faits fait partie de notre métier.

L’ironie est tragique : voir ces procédés utilisés contre un professeur d’histoire, assassiné précisément pour l’avoir enseigné, constitue une violence supplémentaire.

(D’ailleurs, à l’heure où l’on débat de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans, il serait peut-être temps de s’interroger plus largement sur ces espaces où la rumeur, la désignation et la haine circulent sans filtre, jusqu’à produire une violence bien réelle.)

Le procès en première instance, que notre association avait couvert avait pourtant montré des éléments clairs.

L’assassinat de Samuel Paty n’est ni le résultat d’un cours mal conduit, ni celui d’une prétendue discrimination. Il s’inscrit dans un enchaînement de mensonges, d’emballements et de prises de parole publiques, amplifiées par les réseaux sociaux. C’est cette mécanique-là qui a conduit au pire, pas le travail d’un enseignant.

Qu’un avocat défende son client est une évidence dans un État de droit. Jacques Vergès, qui fut sans doute l’un des plus lucides « avocats du diable », le rappelait en 2012 :

« Défendre un accusé ne signifie pas qu’on est d’accord avec lui. (…) On doit essayer de comprendre ce qui s’est passé, comprendre comment des êtres humains en arrivent à commettre de telles atrocités. »

Mais comprendre ne signifie pas déformer, et défendre n’autorise pas à réécrire les faits.

Nous exprimons enfin notre soutien total et sans réserve à la famille de Samuel Paty.