Le déclin de l’hégémonie financière US : mythe ou réalité ?

Introduction: Avec l’arrivée de Trump en janvier 2017, on met l’accent sur les relations commerciales, mais les transactions de monnaie sont 70 FOIS plus importantes à l’échelle de l’économie mondiale. Le $ a-t-il perdu son hégémonie ? Attention, ce n’est pas parce qu’il y a instabilité monétaire qu’il y a automatiquement perte d’hégémonie. Je vais vous démontrer qu’il n’y a PAS de déclin financier américain mais que c’est la nature de son HEGEMONIE qui s’est renouvelée !

I/ Définition de l’HEGEMON.
Dans la Grèce Antique, un Hégémon était un chef militaire, comme ici Alexandre le Grand (356 à 333 avant JC) pour les Grecs et les Macédoniens.

Un Hégémon structure les champs d’actions possibles des autres acteurs économiques sans fixer dans le détail les règles et les principes de l’économie mondiale. S’il y a asymétrie entre l’Hégémon et les autres, la contestation de l’Hégémon est toujours possible ! L’Hégémon est donc le leader de l’économie-monde comme le furent les Britanniques de 1815 à 1914 (ancien hégémon) et les Américains de 1944 à 2018 (nouvel hégémon).

On peut dresser une typologie de 3 notions :
1) Le leadership qui correspond à un bon maître et de mauvais élèves, c’est une économie internationalement dominante.
2) l’Hégémonie qui correspond à un bon maître et de bons élèves, c’est un Empire.
3) La Prédation qui correspond à un mauvais maître avec de bons élèves, c’est l’Impérialisme.

Il y a 3 manières de le voir :
1) La vision économique orthodoxe, c’est la puissance d’un Etat prépondérant à l’intérieur d’une constellation diplomatique. De 1944 à 1971, c’est l’ordre international stable de Bretton Woods et du $ monnaie mondiale triomphante.
2) La vision canadienne et gramscienne, c’est l’Emprise idéologique d’un groupe présentant sa vision du monde comme le » sens commun ». C’est le groupe financier anglo-saxon et la libéralisation des Années 80/90.
3) La vision anglaise, australienne et constructiviste, c’est l’autorité d’un Etat qui génère valeurs et pratiques. C’est un ensemble de pratiques légitimées par la puissance américaine.
Ces 3 approches convergent pour démontrer la résilience de la puissance US !

II/ Rappel de l’histoire économique et financière de 1944 à nos jours.
1) L’ordre financier de Bretton Woods de 1944 à 1971
Ses 2 négociateurs sont Keynes et White. Ses 3 principes fondateurs sont : l’étalon de change or, le système de parité fixe des monnaies et un ensemble de règles pilotées par le Fonds Monétaire International (FMI).
Il doit prendre en compte 2 objectifs contradictoires : avoir des politiques économiques nationales libres et gérer correctement les déficits commerciaux. Comme 95% de l’or mondial était aux Etats-unis, c’est la parité entre 35$ et une once d’or qui va s’imposer de 1944 à 1971. Le projet de Bretton Woods n’a pas fonctionné comme prévu car la diffusion du $ s’est accompagnée d’un déficit commercial de plus en plus important.

2) De la fin de Bretton Woods (Nixon en août 1971) à la crise des subprimes en 2008.
Quand Richard Nixon annonce la fin de la convertibilité £/or le 15 août 1971, il suit les recommandations d’un rapport de la CIA de 1966. Cela va libéraliser les flux financiers et libérer la finance new-yorkaise. En conséquence, pour garantir le système, il faut inventer les produits dérivés et déréguler la finance mondiale.
La Finance pèse alors 20% de l’économie mondiale soit autant que tous les autres services réunis ! Cela va favoriser l’accès à la finance des marchés et provoquer directement la crise des subprimes qui éclate en septembre 2008.

Cela augmente donc nettement l’accès aux plus pauvres du crédit, donc à des emprunteurs non solvables (en dessous du prime, emprunteur solvable, donc subprime) qui se verront envoyer l’huissier pour récupérer le bien immobilier et souvent la voiture achetée elle aussi à crédit !
La Diplomatie de la libéralisation américaine s’appuie sur le Royaume Uni et le Japon. C’est l’accord Yen/dollar de 1986 qui entraîne la libéralisation du système financier nippon. C’est la totale liberté de circulation du Capital. Dans les années 90, il y a déjà des crises financières répétées, on constate la libéralisation des taux d’intérêt et des taux de changes et l’intervention croissante des Banques Centrales (exemples : crise des Tigres asiatiques en 1998, crise argentine ou crise russe..)

3) Conséquence principale : le renforcement de l’hégémonie financière américaine de 2009 à 2018.
Benjamin Cohen reconnaît s’être trompé, l’Euro a renforcé le dollar et non le contraire.
Le $ est plus que jamais la monnaie internationale !Il représente 88% des transactions et 64% des réserves de change. C’est la TOP CURRENCY ( et plus la NEGOCIATED CURRENCY) qu’imposent spontanément les grandes banques et les grandes FMN mondiales.
Pour fonctionner, cet ordre monétaire a besoin du SYSTEME OFF SHORE (Paradis fiscaux) et amène une explosion des inégalités où les 0.01% des plus riches voit leur revenu augmenter de +6% par an alors que la moyenne est à +1.4%; et que les 30% les plus pauvres voient leurs revenus baisser. Apple a 253 milliards de $ dans les paradis fiscaux et a racheté 53 milliards de titres du Trésor US. 253 milliards, c’est la 11ème fortune du monde et l’équivalent des réserves de change du Brésil ! Rappelons que depuis 2014, Barack Obama a laissé se créer le plus grand paradis fiscal du monde dans le Delaware, classé au dessus de la Suisse !
Le processus de normalisation financière internationale et les agences de notation comme Standard and Poors et Moody’s consolident les pratiques financières américaines. Quand Moody’s dégrade la note des Etats-Unis en 2014, il y a encore plus d’achats de titres américains, c’est paradoxal !
Seuls le Japon et la Chine peuvent contester le système grâce à leur puissance financière, et, pour la Chine, continuer à sous-évaluer le yuan.

Conclusion :
L’instabilité financière et l’explosion du déficit commercial US ont forcé les Banques Centrales étrangères à financer les Etats-Unis, en particulier la Banque de Chine et la Banque du Japon. L’hégémonie américaine s’est donc accrue et non fragilisée. En 2018, le danger vient de Chine où 4 banques sont dans une situation catastrophique et où un assureur important a été mis sous tutelle. La Chine est au bord de l’explosion financière. Si cette explosion intervient, quelles en seront les conséquences ?? En finance le profit, c’est le risque; mais que se passerait-il si Japonais et Chinois voulaient se désendetter en vendant leurs bons du Trésor US ?

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