Pascal Boniface, Laurent Chamontin, Jean François Drevet, Fabien Terpan

Géopolitique, le débat : quel avenir pour l’Europe ?

Festival de géopolitique - Grenoble école de management - RFI animée par Marie France Chatin

Géopolitique, le débat : quel avenir pour l’Europe ?
Marie-France Chatin. | RFI/Pierre René-Worms

Plusieurs questions se posent : 

Comment l’Europe démocrate-libérale a-t-elle engendré autant de mouvements populistes, souverainistes ?

Quelle politique avoir vis-à-vis  des Etats-Unis ?

Un premier constat :

1/La place de l’Europe dans le monde s’est réduite.

3 Éléments majeurs l’ayant déstabilisée :

  • Le Brexit, lié notamment à la montée des populismes.
  • l’alliance avec les Etats-Unis qui est remise en cause (Quid du bouclier américain ?)
  • La Russie mène une guerre de désinformation contre l’Europe (moyens cybers, informatiques, propagande)

Comment l’Europe en est-elle arrivée là ? Est-ce une erreur de sa part ou son déclin est-il dû au reflet des rapports mondiaux ?

5 points importants liés aux espoirs de l’après Guerre Froide déçus :

  • Une vague de régimes illibéraux s’installent en Europe
  • On a péché par naïveté, lors de la chute du mur, on a trop laissé les choses se dérouler par elles-mêmes sans avoir de réelle volonté politique.
  • Une mondialisation non-maîtrisée qui nous a pris de cours.
  • Un chômage de masse déjà présent avant la levée du rideau de fer, qui n’a fait que croître après et être révélé à l’Europe occidentale.
  • Les conflits se rapprochent :

6 ans d’engagement au Liban, aucune vague massive d’immigration, très peu médiatisé.

Conflits syrien, ukrainien, libyen surmédiatisés et quasiment à nos portes (Ukraine aurait du intégrer l’UE en 2013, vague d’immigration massive vraiment couverte par les médias à partir de 2015)

2 Idéologies s’affrontent :

Les démocrates libéraux pensent que l’on n’en a pas assez fait et les populistes pensent au contraire que l’on en a trop fait.

La Globalisation entraîne la complexité des échanges humains (réseaux sociaux, pandémies plus difficiles à contenir…). Elle a donc un rôle important dans la création de mouvements antisystèmes.

La crise de croissance a déjà bien commencé entre les années 1990 et 2000. Cela est aussi du à l’élargissement très rapide de l’Union Européenne en terme de compétences et de membres.

2/ Un tableau négatif à ne peindre qu’en demi-teinte :

Deux points positifs :

-Malgré une situation délicate l’Union Européenne continue à prendre des décisions, elle est donc encore force de proposition

-Le populisme est mondial, il n’est pas limité à l’Union Européenne.

Facteurs expliquant les faiblesses de l’Europe :

-Les institutions Européennes sont encore très jeunes donc plus fragiles que l’union américaine ou que le gouvernement fédérale russe car moins enracinées dans notre société.

-La crise bancaire et financière de 2008. La crise des réfugiés en 2015.

Constat : 7 faiblesses à combattre pour rendre à l’Europe sa place dans « le jeu des empires »

  • L’Union Européenne ne s’est pas adaptée assez rapidement à l’innovation àl’innovation est en panne, elle aurait dû être une autoroute de l’Information mondiale mais n’est qu’une route secondaire.
  • problème institutionnel « plus de commissaires européens aux pays Baltes qu’en France (problème de représentativité) »
  • Désaccords Européens sur les stratégies à mettre en place, traités européens (Maastricht, Amsterdam, Nice, Lisbonne) pas assez globaux (syndrome du scotch pour colmater les fuites).
  • Les Etats Membres, au nom de leur souveraineté, bloquent les décisions des institutions européennes. De plus le dumping fiscal et social n’est pas assez combattu (multinationales ne payent rien comparées aux citoyens). Il semble plus difficile de créer un espace de commerce que de créer la monnaie unique.
  • La diminution des Etats-Unis dans la défense de l’Union Européenne = transformation d’un allié acquis en concurrent, voir en rival. Le divorce avec les Etats-Unis  devrait être amorcé au plus vite.
  • La digestion de l’intégration trop rapide des Etats Centraux est très difficile.
  • Relation difficile avec Poutine (Russie souffre de la politique de sanction menée à son encontre suite à l’annexion de la Crimée), de plus, les intérêts russes divergents de ceux de l’Union Européenne pour le moment.
  • 3/ Une Union Européenne qui reste un acteur important des relations internationales :

3 points positifs : Elle fait preuve

De Volontarisme Politique,

De volonté de défendre sa souveraineté

De Vigilance Démocratique.

La Chine, les Etats-Unis et la Russie ont besoin d’une Europe divisée afin de traiter avec chaque pays séparément (pas de parité dans les négociations). Ainsi ils ont des avantages unilatéraux.

Malgré les difficultés, l’Union Européenne a une politique commune (économique, agricole…). Elle reste donc une actrice incontournable des négociations. De plus des tendances à long terme semblent s’installer (ex : séparation avec les Etats-Unis)

Bien choisir ses alliés reste une priorité. Ainsi la Turquie, malgré son histoire liée à celle de l’Europe, elle a souvent été une ennemie et semble se comporter comme tel actuellement (sans oublier que les pays de l’Est ont été les garants de la foi chrétienne contre l’Empire Ottoman et que cela est encore bien ancré dans les mentalités).

Pour affirmer sa puissance, l’Europe doit intrinsèquement prendre conscience de l’unité à avoir sur tous les fronts, internes et externes. Sinon elle restera une Europe à la carte (ou à Géométrie variable). Pourtant unie elle est une force de proposition d’à peu près 500 millions d’habitants.

Elle arrive à imposer sa voix et doit l’élever encore un peu plus pour dénoncer par exemple le scandale de l’extra-territorialité Américaine.

Elle est déjà une grande force normative (ex : Protection des données personnelles a obligé les multinationales américaines à s’aligner sur les normes européennes si elles veulent profiter du marché européen qui reste très important).

Le principal obstacle de construction durable en quelque chose de réaliste et crédible est le temps.

Il faut laisser à l’Union Européenne le temps d’accorder ces volontés la constituant.

Autre réussite, les réformes contre le Dumping social, qui ne faisait pas l’unanimité (Pologne, Hongrie opposées), ont quand même réussies à être mises en œuvre.

3 Ombres sur ce tableau :

-Tant que la France et l’Allemagne ne seront pas complètement alignées, le noyau Européen ne sera pas assez solide.

-Sensibiliser les populations européennes afin qu’elles différencient bien les enjeux des élections Européennes des enjeux des élections nationales.

-Tant que nous resterons dépendants des Etats-Unis militairement parlant, nous ne pourrons obtenir une indépendance de décision uniquement européenne.

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