FIG 2016: « Le monde va plus vite mais il se ferme : une approche au prisme de la géo-économie»

Compte-rendu de la conférence de François Bost, géographe, professeur à l’Université de Reims Champagne-Ardenne.

Une salle remplie, un conférencier habitué du FIG de St-Dié, co-auteur des Images Economiques du Monde 2017, avec Laurent Carroué, Sébastien Colin, Christian Girault, Olivier Sanmartin, Anne-Lise Humain-Lamoure et David Teurtrie, un intitulé qui donne envie… Bref votre serviteur dans de bonnes dispositions en cet après-midi ensoleillé à St-Dié.
Trop vite, trop loin dans la mondialisation ? D’emblée, F. Bost pose une question sous forme de problématique, est-on allé trop loin, trop vite dans la mondialisation ? On aurait dû laisser du temps (cf. l’Europe de l’Est depuis les années 1990). Un phénomène qui va s’amplifier, dégénérer ?
Après la 1ère Guerre Mondiale « plus jamais cela ! ». Mais le protectionnisme a joué en faveur des tensions et contribué au désastre de la 2ème Guerre Mondiale. Le protectionnisme est-il souhaitable, dangereux ? Selon la Banque mondiale l’Afrique du Sud produit chaque année plus de 400.000 voitures. Le protectionnisme peut avoir du bon….aussi, car ce pays bénéficie de la part de l’OMC de dispositions favorables précisément pour faire face à la concurrence et se renforcer, avant que ne soient un jour levées les barrières douanières qui protègent cette industrie clé. Les années 1980 furent celles de la dérèglementation et de la dérégulation. Résultat on est passé d’un commerce mondial de 58 milliards de $ en 1947 à plus de 18.000 milliards de $ en 2015 ! Même si le commerce mondial sera en 2016 en très légère croissance de 1,7% ! Oui cela a été très vite !
Des crises 2007/2008 : crise des Subprimes aux Etats-Unis. La crise de 1929 avait mis 1 an à traverser l’Océan Atlantique, celle des Subprimes a eu lieu instantanément, ou presque : oui le Monde va plus vite, les crises aussi…
En 1997, c’est la « crise du baht » en Thaïlande : tous les capitaux étrangers fuient et c’est l’effondrement d’une partie des bourses asiatiques… La prochaine crise pourrait être celle de l’endettement des étudiants aux Etats-Unis. Les entreprises s’adaptent pour être en réseau dans la finance. Tout est désormais géré par des algorithmes qui vont à la vitesse de la lumière. Logiques de l’intermodalité. Les classes moyennes représentent environ 400 millions de personnes en Chine, 180 millions en Inde !
Le cycle de vie des produits s’est considérablement raccourci. Votre portable est déjà dépassé quand vous l’achetez !
Un monde qui se ferme ?
Il existe depuis toujours des formes de retour au protectionnisme. En 1667, Colbert interdit l’importation de textiles anglais. Les Corn Laws encadraient sérieusement la libéralisation du commerce des céréales, notamment la dernière de 1815. Jules Méline en France fut très protectionniste à la fin du XIXème siècle.
Des astuces ont été mises en œuvre par certains Etats qui reviennent à des formes de protectionnisme déguisée : les Etats-Unis ont mis par exemple des barrières douanières lors de la crise automobile des années 1970. Les américains exigeaient toutes sortes de normes pour les voitures importées (européennes et américaines) pour décourager les éventuels exportateurs. Mais cela a produit l’effet inverse : les constructeurs japonais se sont en effet implantés industriellement aux Etats-Unis pour bénéficier du « made in US » et ne plus être inquiétés…
Un site est intéressant pour suivre la montée actuelle du protectionnisme : globaltradealert : http://www.globaltradealert.org/
A partir de quelle date a-t-on vu le démantèlement des droits de douanes ? C’est 1947. A l’époque ils étaient en moyenne à hauteur de 40 % environ pour les biens manufacturés. En 1994 l’OMC est créée, et remplace le GATT. En 8 rounds de négociations ardues, les tarifs douaniers sont passés finalement à 3,9% en 2001 ! Mais le cycle de DOHA entamé en 2001 a été et est un échec car depuis cette date le processus de désarmement douanier est au point mort.
Organisations régionales et barrières tarifaires
De plus, les zones d’intégration régionales sont en panne… Or la mondialisation y est apprise, et l’OMC pousse à l’abaissement encore des taxes douanières. Il existe aujourd’hui 240 organisations régionales dans le Monde. Chez celles-ci la tentation de remettre des tarifs douaniers en place est forte, parfois pour des arguments sanitaires : exemple des jouets chinois avec des peintures ou des produits toxiques utilisés pour ceux-ci (C’est bien un protectionnisme déguisé…). Autre exemple , en 2016 la Chine a fait l’objet de plus de 1000 mesures protectionnistes à son égard. Autre exemple, le Mercosur… L’ORD (Organe de règlement des différends), qui dépend de l’OMC, a pour mission de trouver des solutions entre les pays qui s’opposent sur les questions douanières.
Un bon exemple est celui de la plainte des pays d’Amérique centrale à l’égard de la France et l’UE au sujet de la préférence de la banane antillaise par rapport à celle du Costa Rica ou d’Equateur.

L’UE est-elle une passoire face aux flux importants en provenance de l’étranger
? En partie oui, mais les règles environnementales et sanitaires y sont respectées dans tous les domaines. Autre exemple : nombre d’appels d’offre internationaux chinois ne sont ouverts que quelques jours seulement avant leur clôture… pour décourager les entreprises étrangères (qui n’ont pas alors le temps matériel de concourir équitablement face aux entreprises chinoises, qui sont en revanche au courant très à l’amont de ces appels d’offre…), ce qui revient pour l’Etat chinois à réserver ces marchés aux seules entreprises chinoises. Cette forme très courante de protectionnisme en Chine est aussi une façon pour l’Etat de subventionner ses propres entreprises et de les préserver de la concurrence…
La Chine est entrée dans l’OMC en 2001. Elle devait se mettre en conformité avec les règles d’économie de marché, mais en 2016, elle n’en respecte qu’une seule ! 4 règles sur 5 ne sont pas respectées….
Autre exemple l’acier à froid. La Chine fait dans ce secteur du dumping et cela met en grandes difficultés les entreprises européennes et américaines. Différences ? Les Etats-Unis ont réagi de suite, les Européens ont lancé une enquête…. De quoi fermer des usines et perdre des milliers d’emplois… Nouveauté en Juillet 2016 : l’application de droits rétroactifs imposés par l’Union européenne, afin de dissuader les exportateurs chinois de pratiquer du dumping !
Pour F. Bost les dernières barrières douanières devraient rester et ne plus baisser durablement…

Le Brexit ? Des accords se multiplient entre Etats bilatéralement ou plus et non entre ensembles économiques. Donc il devrait avoir un impact limité sur l’activité économique.
Derniers points : les nouvelles générations d’accords transatlantique ou transpacifique négociés actuellement dans le plus grand secret et sans aucun débat public… De nombreux travaux montrent que ce sont « des escroqueries » (sic) car ils ne créeront pas de nouveaux emplois ! Pire les états seraient mis de côté par les FTN (ici rôle des lanceurs d’alerte). Les FTN pourraient intenter (et gagner !) des procès aux Etats si ceux-ci faisaient obstacle au développement de leurs activités, quelle qu’en soient la raison. Un bon exemple de ce cas de figure est l’actuel procès intenté par le groupe Philipp Morris, fabriquant des cigarettes, contre l’Australie qui tente d’imposer des paquets de cigarettes neutres afin de lutter contre le fléau de la consommation à des fins de santé publique.
Il existe contre ces accords toute une mobilisation citoyenne en France, en Allemagne, en Europe et même aux Etats-Unis ! La France s’y opposera comme l’Allemagne sans doute et des ONG.

Conclusion : un monde qui se ferme ? Non arguments fallacieux ; même si l’on voit des murs, des mesures protectionnistes sont prises parfois. Une gouvernance mondiale ? Elle n’est pas celle que l’on croit. Elle est très influencée aussi par les FTN, les banques, les fonds souverains,….

Questions : – Taille moyenne d’une usine nouvellement créée en France ? c’est 47 ouvriers en 2015 !
– Droits de douanes en Chine ? A l’entrée de l’UE ? (question posée par votre serviteur) 4% dans l’UE (voire 0% pour les Etats les plus pauvres) contre 10 à 25% en Chine !
Au total une conférence solide, riche, argumentée, plaisante par un universitaire maitrisant bien son sujet.

Pour les Clionautes, Pierre Jégo,
St-Dié-des-Vosges le vendredi 30 septembre 2016

À propos de l'auteur

Pierre Jego

Enseignant d'Histoire Géographie au Lycée de La Baule

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